DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Argentine : mort étrange du procureur Nisman, qui accusait la présidente

Vous lisez:

Argentine : mort étrange du procureur Nisman, qui accusait la présidente

Taille du texte Aa Aa

L’histoire est digne d’un bon film d’espionnage. Elle se déroule à Buenos Aires, la capitale de l’Argentine, où un magistrat a été retrouvé mort à son domicile au cours de la nuit de dimanche à lundi. Le corps de Natalio Alberto Nisman gisait dans les toilettes de son appartement, dans le quartier huppé de Puerto Madero. Sa mère, inquiète de ne pas réussir à le joindre par téléphone pendant toute la journée de dimanche, s’est rendue à la résidence Le Parc dans la soirée. Elle est montée au 13ème étage, a frappé à sa porte, aucune réponse !

La police est intervenue après minuit. Un pistolet de calibre 22 se trouvait près du corps, arme qui appartiendrait à la victime. “La mort est due à un tir d’arme à feu”, a indiqué la procureur Viviana Fein. Elle a appelé à la prudence, déclarant “Je ne vais pas m’aventurer en proposant une hypothèse, suicide ou non”. En revanche, le secrétaire à la Sécurité, Sergio Berni, a affirmé sans précaution “Tous les chemins conduisent au suicide”. La mort d’Alberto Nisman pourrait arranger les autorités argentines, en premier lieu la présidente Cristina Kirchner.

Alberto Nisman était le procureur argentin en charge de l’enquête sur le sanglant attentat à la bombe du 18 juillet 1994 contre le siège d’une mutuelle juive à Buenos Aires; l’explosion avait fait 85 morts et 300 blessés. Et, pas plus tard que la semaine dernière, dans ce cadre, le magistrat avait demandé l’ouverture d’une enquête à l’encontre de la présidente Kirchner pour entrave. Il la soupçonnait d’avoir freiné les investigations au profit de l’Iran, qui est directement accusé par la justice argentine d’être impliqué dans l’attentat contre la mutuelle AMIA.

Alberto Nisman, tragique coïncidence, est mort quelques heures avant d’être entendu par les parlementaires. Lundi après-midi, le procureur avait promis d’exposer devant le Congrès des preuves de l’entrave exercée par le pouvoir dans cette affaire; il affirmait détenir notamment des enregistrements d’écoutes téléphoniques qui prouvaient, selon lui, que les autorités avaient mis en oeuvre “un plan d’impunité pour protéger les fugitifs iraniens”. L’Argentine réclame depuis longtemps l’extradition de huit Iraniens, dont certains hauts responsables comme l’ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani et un ex-ministre de la Défense. Cinq des suspects, anciens fonctionnaires iraniens, sont recherchés par Interpol.

Le procureur décédé affirmait que le pouvoir de Buenos Aires avait cédé à l’appât du gain commercial, afin de pouvoir acheter du pétrole à l’Iran et lui vendre des armes et des céréales. Le gouvernement argentin dénonçait une manoeuvre de “déstabilisation” à neuf mois de l’élection présidentielle. Alberto Nisman, mort à 51 ans, n’a pas eu le temps de présenter ses preuves…Il y a quelques jours, il avait confié au journal Clarin : “Ma vie a changé et j’ai dû expliquer à ma fille qu’elle allait maintenant entendre des choses terribles à mon encontre. Je peux sortir mort de tout cela !”

Première réaction de Cristina (Fernandez de) Kirchner : la présidente argentine a fait part ce mardi “d’interrogations” de sa part après la mort du procureur, et de la volonté de son gouvernement de poursuivre l’enquête sur l’attentat contre la mutuelle juive AMIA à Buenos Aires.