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Roger Hanin est de retour à Alger, sa ville natale...pour l'éternité

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Roger Hanin est de retour à Alger, sa ville natale...pour l'éternité

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Le pied-noir le plus célèbre de la télévision et du cinéma français, Roger Hanin, a été enterré ce vendredi dans sa ville natale d’Alger. Il repose près de la tombe de son père au cimetière israélite de Bologhine (ex-Saint-Eugène). La dépouille de l’acteur, décédé mercredi dernier à l‘âge de 89 ans, est arrivée tôt le matin dans la capitale algérienne à bord d’un avion de la compagnie Air Algérie. Les obsèques se sont déroulées dans l’intimité en présence d’une vingtaine de personnes, dont son ami, le réalisateur Alexandre Arcady, l’ambassadeur de France en Algérie et le wali, autrement dit le préfet, d’Alger.

Roger Hanin est mort à la suite d’un grave problème respiratoire. Il avait été admis à l’hôpital Georges Pompidou à Paris. A l’annonce de sa mort, les hommages au comédien et à l’homme sont arrivés de toute part, y compris du sommet de l’Etat. Le président français, François Hollande, a évoqué “un acteur populaire, à la faconde familière à des générations de Français qu’il a su toucher tout au long de sa carrière”. Le Premier ministre, Manuel Valls, a déclaré : “Une figure du cinéma français, un homme de gauche et de convictions nous quitte”.

Roger Hanin, de son vrai nom Lévy, se définissait ainsi en quelques mots : “Je suis 100% casher sur le plan génétique. Je me sens très juif”. L’acteur, né au cœur de la casbah d’Alger, avait un grand-père rabbin. Il avait souffert des lois antisémites imposées par le régime de Vichy en Algérie dès 1941. Il avait été expulsé de son lycée simplement parce qu’il était juif. Il s’était toutefois converti au catholicisme à l’occasion de son mariage avec la productrice Christine Gouze-Renal, la sœur de Danielle Mitterrand, en 1959. Roger Hanin était ainsi devenu le beau-frère par alliance de François Mitterrand, l’ancien président de la République, ce qui n’avait échappé à personne en France. Il faisait partie du cercle des intimes du chef de l’Etat, et à la mort de ce dernier, il s’était fâché avec plusieurs dirigeants du Parti socialiste. Il avait ensuite adhéré au Parti communiste, comme l’avait fait son père avant lui.

Réaction de Jack Lang, ancien ministre socialiste de la Culture :
“Roger était un ami intime, affectueux et fidèle au-delà de la politique, de l’art et de la culture. Il était à la fois profondément libre, s’affranchissant de toutes les tutelles, et en même temps un homme d’une fidélité à nulle autre pareille, indestructible et inoxydable. Roger Hanin a été le premier soutien et défenseur de François Mitterrand bien avant 1981. Il a quitté le PS parce qu’il estimait que le PS avait quitté Mitterrand. Plus tard, il est revenu à ses amours premières : le Parti communiste”.

Le truculent commissaire Navarro restera le rôle le plus populaire de Roger Hanin à la télévision. La série a fait la joie de ses admirateurs pendant plus de 18 ans, de fin 1989 à 2008. A ses débuts au cinéma, l’acteur a joué les “durs”, notamment dans la série du “Tigre”. Ensuite, il a pris du galon avec des réalisateurs prestigieux comme Luchino Visconti, Jean-Luc Godard ou Claude Chabrol. Au début des années 80, il pu affirmer son identité de pied-noir, grâce à Alexandre Arcady, dans les films “Le coup de Sirocco” et “Le Grand pardon”. En novembre 2008, Roger Hanin avait annoncé qu’il mettait fin volontairement à sa carrière. “Il n’y a ni amertume, ni nostalgie, avait-il précisé, j’ai fait mon tour, comme on dit”.

Réaction du réalisateur Alexandre Arcady qui dit avoir perdu “un deuxième père” :
“Le public ne se trompe pas, Roger Hanin était de la même trempe que Gabin et Belmondo, de cette trempe populaire avec une vraie identification : il était devenu dans les familles le copain, le frère, le père (…) Ce que je regrette, c’est qu’il n’a pas eu dans le monde du cinéma la reconnaissance qu’il méritait. Il n’a eu aucune nomination aux César”.