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Merkel à Bruxelles : l'Allemagne veut continuer à donner le la


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Merkel à Bruxelles : l'Allemagne veut continuer à donner le la

Mieux vaut tard que jamais. Quatre mois après l’entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne, Angela Merkel lui a rendu visite. Au menu, surtout la Grèce et l’Ukraine. Interrogée par un journaliste sur la possibilité d’un troisième plan d’aide à la Grèce, la chancelière allemande a botté en touche.

“ Pour l’instant, il s’agit de mettre en oeuvre le document qui a été convenu au sein de l’Eurogroupe. Les trois institutions – la troïka – procèderont à son évaluation, et je pense que nous avons beaucoup à faire pour que cela fonctionne. “

Pourtant, l’actuel plan d’aide n’a été prolongé que de quatre mois en échange d’une liste de réformes et la question du financement de la Grèce ne manquera pas de resurgirg.
De son côté, le président de la Commission européenne a jugé utile de mettre les points sur les i : ses rapports avec la chancelière, assure-t-il, n’ont rien de conflictuels.

“ J’admire l’opiniâtreté de certains journalistes des médias allemands lorsqu’ils parlent de conflits sérieux entre la chancelière et le président de la Commission. Personnellement, je n’ai pas remarqué de tels conflits “, a ironisé Jean-Claude Juncker.

Tous deux seraient notamment opposés sur la souplesse à accorder aux pays européens dont les déficits ne respectent pas les limites du pacte de stabilité.

Pour évoquer plus en détail cette visite d’Angela Merkel et ses enjeux, euronews a interviewé Jan Techau. Il est le directeur du think tank Carnegie Europe à Bruxelles.

euronews : “ Quelle est le dossier le plus important pour Angela Merkel ? “

Jan Techau : “ Le dossier le plus important sera toujours l’euro et toutes les questions qui y sont liées. Il y a un désaccord sur la question de savoir à quel point on doit être ferme avec les pays en déficit, avec les pays qui ont besoin d’aide. Et puis, il y a la question sous-jacente qui est en train d‘être négociée : la question de l‘équilibre des pouvoirs entre la Commission européenne et les Etats membres. La Commission a perdu beaucoup de terrain ces dernières années, durant la crise, et Jean-Claude Juncker tente de regagner une partie de ce pouvoir perdu par la Commission, or cela ne plaît pas à la chancelière. “

euronews : “ A quel point les opinions sont-elles divergentes entre Berlin et Bruxelles à propos du Pacte de stabilité ? “

Jan Techau : “ Le fait que la position de Jean-Claude Juncker soit plus souple n’est pas un secret. Il donne toujours comme argument le fait qu’il y a une perte de confiance dans les Etats membres et les institutions et que l’on doit changer de ton, être plus accommodant. Lorsque Mme Merkle entend cela, elle comprend que l’on veut assouplir les critères et faire des concessions à ces pays. Je ne pense pas que tous deux aient des opinions si fondamentalement différentes sur ce que devrait être l’Europe, mais sur la question de savoir comment faire évoluer l’euro et comment consolider les économies de la zone euro, il y a de vraies différences. “

euronews : “ La participation de l’Allemagne aux plans d’aide à la Grèce atteint environ 65 milliards d’euros. Mais à Athènes, beaucoup accusent l’Allemagne d‘être partiellement responsable de la crise… “

Jan Techau : “ La plupart des tentatives grecques pour renverser l’ancien système et convaincre l’eurogroupe de choisir une voie plus souple ont échoué. Les diverses tentatives n’ont pas donné de résultats et au final, nous sommes toujours dans le cadre d’un plan d’aide. Or la prochaine épreuve de force est toute proche. Il est clair que la Grèce aura encore besoin d’argent, durant l‘été au plus tard. Le gouvernement grec ne peut pas se permettre de demander l’aumône une nouvelle fois, car c’est ainsi qu’il voit les choses. Dans le même temps, il ne peut pas prendre le risque de faire la Grèce un Etat failli. “

euronews : “ En recherchant une issue pacifique pour l’Ukraine, Angela Merkel a pris l’initiative. Pourquoi ? “

Jan Techau : “ La raison pour laquelle Mme Merkel occupe sur ce dossier une position de premier plan en Europe a à voir avec deux choses : tout d’abord, il y a une relation forte entre l’Allemagne et la Russie. Il ne s’agit pas seulement des liens personnels de Mme Merkel. Il s’agit surtout du rôle de l’Allemagne envers la Russie. C’est son principal partenaire économique, le volume des échanges est très important. Aucun autre pays européen n’a autant d’influence en Russie. C’est la première raison. La seconde, c’est la faiblesse des deux autres grandes puissances diplomatiques en Europe – à savoir le Royaume-Uni et la France – sur la question russe. “

euronews : “ Ne serait-ce pas pour l’Europe l’opportunité de redevenir un acteur important sur la scène internationale ? “

Jan Techau : “ Bien sûr. C’est le plus grand test de politique étrangère pour l’Union européenne depuis qu’elle en a une. La question est de savoir si l’Union européenne sera capable de le faire. Saura-t-elle jouer ce jeu ? Et il ne s’agit pas seulement de résoudre la crise actuelle, de réagir aux derniers développements. Il s’agit en fait de savoir si l’Union européenne peut tenir une position sur 10 ou 15 ans avec des objectifs stratégiques. “

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