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Afghanistan : une femme dénonce le harcèlement sexuel en portant une armure

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Afghanistan : une femme dénonce le harcèlement sexuel en portant une armure

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Il fallait avoir du cran et du culot, presque de l’inconscience, pour défier ainsi le macho “de base” afghan. Une jeune femme afghane a osé sortir dans les rues de Kaboul, la capitale, après s‘être harnachée d’une armure véritable, pas la tenue complète mais le plastron afin de protéger sa poitrine et son ventre. Une tenue de combat pour dénoncer le harcèlement sexuel quotidien dont sont victimes les femmes de ce pays, une action spectaculaire destinée à faire réfléchir une grande partie des hommes sur leur comportement. Comme on pouvait s’y attendre, l’expérience a duré moins de dix minutes et a failli mal se terminer. La téméraire Afghane a dû bondir dans une voiture pour s’enfuir avant de se faire lyncher.

Cette histoire pourrait paraître anecdotique mais elle confirme au contraire le malaise profond qui règne dans la société patriarcale en Afghanistan. Les organisations mondiales de défense des droits de l’Homme – de la femme en l’occurrence – ne cessent pas de dénoncer le harcèlement sexuel systématique qui empêche même les femmes de trouver ou garder un emploi et de s’insérer dans la vie publique. C’est pour cette raison que de nombreux militants afghans d’ONG ont relayé l’information sur les réseaux sociaux. Le Kabul Pressistan, un média indépendant en ligne basé à Kaboul, a aussi fait part de l’initiative risquée de la jeune Afghane. Elle se prénomme Kubra et, pour la cause, elle assume courageusement.

Kubra est une artiste et elle a vécu cela comme une “performance”. Excédée, lassée par les attouchements qu’elle dit subir tous les jours de la part d’hommes inconnus, par les insultes qui fusent sur son passage, elle a décidé de passer à l’action vendredi dernier 27 février. Revêtue d’une cuirasse, elle a traversé l’un des quartiers les plus peuplés de Kaboul, en prenant toutefois la précaution de se faire suivre par un groupe d’amis protecteurs. Des hommes et des adolescents ont commencé à la suivre, au début en riant, en se moquant, mais ensuite, rapidement, en l’insultant, témoigne-t-elle, et même en lui lançant des pierres. Au bout d’environ huit minutes, terminé, le groupe l’a bloqué…Ses amis l’ont arraché aux griffes des hommes les plus furieux avant de la mettre à l’abri dans une voiture prête à accélérer.

Pour Kubra, le comportement d’une majorité d’hommes afghans est “indécent” et c‘était une manière de “leur faire comprendre le calvaire que vivent les femmes au quotidien”. Opération totalement ratée ! Ce qui lui paraît spécialement grave et incompréhensible, c’est que ce ne sont pas seulement des incultes, des puissants et riches qui pratiquent le harcèlement sexuel mais aussi des gens pauvres et des étudiants diplômés. “Ce dont raffolent certains, raconte-t-elle, c’est de pincer. Ils nous pincent tellement fort qu’ils nous laissent des bleus”. Le gouvernement afghan affirme qu’il prend le sujet au sérieux, que des harceleurs sont arrêtés chaque jour…Il y a un seul hic, c’est qu’ils sont aussitôt remis en liberté car aucune loi n’existe pour les condamner.