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L'Iran en première ligne dans la reconquête du nord de l'Irak

En Irak, la bataille de Tikrit fait toujours rage. Mais dans la reconquête de cette ville stratégique, car sur la route de Mossoul, les forces

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L'Iran en première ligne dans la reconquête du nord de l'Irak

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En Irak, la bataille de Tikrit fait toujours rage. Mais dans la reconquête de cette ville stratégique, car sur la route de Mossoul, les forces irakiennes ne sont pas seules face à Etat Islamique. Des milices chiites sont en effet mobilisées sur le terrain, milices armées et encadrées par l’Iran, dont des hauts-responsables militaires sont sur place.

Une implication de Téhéran constatée et soulignée par l’Etat-major américain, mais aussi par les monarchies du Golfe, dont l’inquiétude grandit.

Le question se pose désormais du contrôle de Tikrit une fois la ville tombée, la question aussi de l’assaut de Mossoul, probablement le mois prochain, qui pourrait carrément être mené par des combattants iraniens. La population locale enfin, qui est sunnite, craint déjà de vivre dans la soumission.

Afin de comprendre cette participation militaire de l’Iran, nous avons parlé, via Skype, au Dr. Houchang Hassaan-Yari, professeur de Sciences politiques au Collège militaire royal du Canada.

Euronews:
Même pendant la guerre de huit ans avec l’Irak (1980-1988), l’Iran n’aurait sans doute jamais imaginé aller si près de la ville natale de Saddam Hussein, Tikrit. Maintenant, l’Iran rejoint les forces irakiennes dans une opération visant à reprendre Tikrit. Quelle est la présence militaire de l’Iran en Irak, en particulier, pour cette opération?

Houchang Hassaan-Yari:
On n’a pas d’informations exactes concernant le nombre de soldats, mais ce qui est important et évident, c’est que les Iraniens commandent une grande partie de cette opération. C’est dû à la présence du commandant Ghassem Soleimani ou d’autres commandants et membres du corps des Gardiens de la Révolution islamique. Nous pouvons dire que ce sont surtout les Gardiens de la Révolution qui mènent cette opération.

Euronews:
Maintenant que cette force est mise en place, a t-elle la capacité de pousser l’EI hors de Tikrit?

Houchang Hassaan-Yari:
En terme de chiffres, c’est possible. Il y aurait quelque 30 000 soldats engagés, ce chiffre de 30 000 est très important et, en plus, il y a ceux qui sont venus pour aider, que ce soit le Hezbollah libanais, le GRI, etc. Par conséquent, en nombre, ils devraient pouvoir l’emporter. Mais il faut voir si ces forces sont aptes au combat ou non. Pour beaucoup, ce sont des soldats mobilisés, des forces civiles non formées et d’autres qui sont entrés dans cette guerre en raison de leurs croyances. Reste à voir qui va gagner cette guerre qui est idéologique, et où l’EI est très impliqué aussi. Il faut attendre, et voir comment ces deux forces vont se battre et qui gagnera la bataille.

Euronews:
Et si elle se transforme en guerre d’usure?

Houchang Hassaan-Yari:
Si ça devient une guerre d’usure, ça signifie qu’il y a aura plus de pertes du côté des forces irakiennes. Car ils sont plus nombreux que l’EI. Et leur capacité de reconquérir ou non Tikrit sera un signe très clair pour la suite des événements, à Mossoul.

Euronews:
Le Commandement général américain qui supervise les forces américaines au Moyen-Orient a assuré que ses forces n‘étaient pas coordonnées avec Téhéran, mais les Américains disent qu’ils suivent les activités de l’Iran. Peut-on en conclure que, dans un accord tacite, les Etats-Unis ont pratiquement délégué cette partie du problème, ou les opérations au sol, à l’Iran?

Houchang Hassaan-Yari:
C’est certainement le cas. Ce qui est important, c’est qu’il n’y a pas d’affrontement entre l’Iran et les forces américaines. Ce qui sous-tend qu’une coordination existe. La deuxième partie de votre question est très importante: les États-Unis ont-ils délégué les opérations au sol à l’Iran? Oui, certainement. Les États-Unis ne sont pas prêts à impliquer des troupes au sol en Irak et en Syrie. Et ils se réjouissent que toutes les autres forces, iraniennes, irakiennes ou combattants Peshmarga, grâce à leur participation, soutiennent les États-Unis dans leur stratégie ultime pour vaincre l’EI.