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Syrie : les Assyriens bien décidés à se défendre face au groupe Etat islamique


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Syrie : les Assyriens bien décidés à se défendre face au groupe Etat islamique

Tenter de libérer les chrétiens aux mains de l’Etat Islamique est une nouvelle priorité pour le Conseil militaire Syriaque. Gabriel Kino, membre du commandement, a accordé une interview à Euronews suite à l’enlèvement de centaines de civils assyriens en moins d’une semaine près d’Hassake en Syrie. Dimanche dernier, une vingtaine d’entre eux auraient été libérés contre rançon, selon l’Observatoire syriens des Droits de l’Homme.

« Notre priorité est de contrôler les villages du Khabour et de libérer les otages. Quand les frappes aériennes de la coalition internationale tombent, elles aident car elles ralentissent les forces de l’EI et les empêchent de bouger leurs armes lourdes. Mais aller au sol est le seul moyen de libérer les otages et les populations. »

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Fondé en janvier 2013 à Qamishli dans la province d’Hassake en Syrie, le Conseil militaire syriaque est aujourd’hui composé de trois bataillons, de chacun 300 à 350 combattants, certains d’entre eux venus d’Europe. De confession chrétienne, alliés des forces kurdes YPG et de forces tribales sunnites locales, ils combattent les djihadistes et souhaitent avant tout sauver leur culture et leur présence sur ces territoires. Ils affirment lutter pour la démocratie et la paix entre les différentes religions et ethnies.

“Ce n’est pas parce que nous sommes chrétiens et qu’ils se disent musulmans qu’il faut parler d’une guerre de religion”

« Cela fait des centaines d’années que nous [syriaques ou assyriens] nous faisons massacrer ou qu’on nous force à partir de Syrie, de Turquie, d’Irak ou du Liban. Ce n’est pas nouveau. Le scénario est le même mais les acteurs sont différents. Ils souhaitent nous faire perdre nos vies, notre culture et notre langage. »

Une culture transfrontalière menacée jusque dans ses musées, puisqu’après la destruction de pièces inestimables au musée de Mossoul en Irak, une cité historique de l’empire assyrien, Nimrod, a été détruite par l’EI à coup de bulldozers. Cette cité avait été fondée au 13ème siècle avant Jésus-Christ. L’UNESCO a qualifié cet acte de “crime de guerre”.

« Aujourd’hui, c’est notre droit et même notre devoir de nous défendre, ainsi que les autres populations civiles de la région. Ce n’est pas parce que nous sommes chrétiens et qu’ils se disent musulmans qu’il faut parler d’une guerre de religion. Pour le moment, plus de musulmans ont été tués par ISIS que de chrétiens. C’est plutôt le combat de la démocratie face à la dictature et à la barbarie. Mais ces questions de religion affectent les relations dans les villages ; les gens n’ont plus confiance en personne. »

Depuis son intrusion sur le théâtre syrien, l’EI applique la même stratégie déjà éprouvée en Irak : diviser, conquérir, puis soumettre par la violence. « Depuis plusieurs mois, ils font payer les chrétiens et les forcent à enlever les croix des villages. Ils essayent de nous faire fuir ou de nous éliminer, comme ils l’ont déjà fait à Mossoul et dans le Sinjar. Notre peuple doit rester et trouver la force de se battre .»

Sur le terrain, le Conseil Militaire Syriaque a dû rapidement apprendre à combattre un ennemi supérieur en nombre, et bien mieux équipé. D’une milice de défense, le groupe s’est adapté pour devenir une force capable de mener des raids sur les positions djihadistes.

« Une de leur tactique est d’envoyer d’abord des voitures piégées. Aller à l’offensive nous donnera de meilleures chances de défendre notre terre ensuite. Nous espérons aussi avancer pour négocier le sort de nos otages. »

Et qu’en est-il de l’Armée syrienne de Bachar Al-Assad ?

« L’armée syrienne ne fait pas grand chose et c’est peut être mieux comme ça. Nous ne pensons pas qu’ils puissent nous aider dans notre cause ».

Photo : Johan Cosar (à gauche), l’un des fondateurs du Conseil Militaire Syriaque, est un ancien sous-officier de l’armée suisse, de parents assyriens. Photo par Johan Cosar.

Qui sont les Assyriens ?

Les Assyriens (ou syriaques, ou encore chaldéens) sont souvent qualifiés par leur appartenance à la religion chrétienne dans un territoire d’Orient. Ils sont pourtant un groupe ethnique à part entière. Leur terre ancestrale se trouve entre le Tigre et l’Euphrate, dans l'ancienne Mésopotamie. Ils appellent leur terre « bethnahrin », littéralement, le pays des deux fleuves.
Des divergences existent quant à leur filiation directe avec l'Empire Assyrien, qui s'étendait, dès le premier millénaire avant Jésus-Christ, sur une zone comprenant des parties des actuels pays d'Irak, de Syrie, du Liban, de la Turquie ou encore de l'Iran. Ils utilisent des dialectes issus de l'araméen ancien, langue commune à tout le Proche-Orient à l'époque du Christ.
Aujourd'hui, ils sont minoritaires, suites aux différentes invasions qu'ils subirent pendant l'Histoire. Leur nombre n'a fait que décroître car ils sont souvent les premières victimes des vagues fondamentalistes ou nationalistes comme en 1915 en Turquie ou au fil des différentes guerres du Golfe en Irak. Aujourd'hui, ils sont menacés plus que jamais par le groupe Etat islamique. Ce dernier a pour dessein d'éradiquer toute communauté chrétienne au Moyen-Orient.

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