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L'espace Schengen sous pression

Entrés illégalement sur son territoire, l’Allemagne vient de les expulser … Depuis le mois de décembre dernier, entre 50 mille et 100 mille Kosovars

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L'espace Schengen sous pression

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Entrés illégalement sur son territoire, l’Allemagne vient de les expulser …

Depuis le mois de décembre dernier, entre 50 mille et 100 mille Kosovars auraient ainsi fui leur pays dans l’espoir de rejoindre l’Union européenne.

Débordée par cet afflux massif de migrants, l’Allemagne puis l’Autriche et la Hongrie ont décidé, en février, de les renvoyer dans leur pays, comme nous l’explique Xilaje Isaku :

“D’abord, on a pris le car jusqu’en Hongrie et de là, on s’est rendu en Allemagne.”

euronews : “pensez-vous repartir ?”

Xilaje Isaku: “pensez-vous repartir ?”

Gafurr Kabashi a lui aussi été expulsé. Il a vécu plus de 18 mois avec sa famille à Ingolstadt, en Bavière avant de voir sa demande d’asile rejetée. Mais, il a bien l’intention de retenter sa chance : “oui, je retournerai là-bas. J’ai passé 18 mois en Allemagne et les gens ont été gentils avec nous. Les conditions de vie étaient bonnes. Mais, ils ont fini par nous renvoyer chez nous.”

Les Kabashi partent s’installer chez le père de Gafurr qui habite à une soixantaine de kilomètres de la capitale Pristina. En tout, douze personnes vont habiter sous le même toit, avec pour tout revenu : 100 euros par mois. Tout est à refaire.

Pour arriver jusqu’en Allemagne, Gafurr a dû débourser 1.700 euros. Mais d’abord, il lui a fallu trouver un passeur et traverser clandestinement la frontière serbo-hongroise.

Arrêtés par la police hongroise, Gafurr et sa famille ont passé plusieurs jours dans un centre de rétention : “la vie était très dure dans le camp de réfugiés en Hongrie. On a dû partir parce qu’il y avait toujours des bagarres. Il y a même eu des morts. Des gens de couleur ont été tués. Alors, on a été obligé de quitter la Hongrie pour l’Allemagne à cause du danger.”

Gaffur a beau être rentré sain et sauf au Kosovo, quelles perspectives d’avenir a-t-il vraiment ici ?

Gafurr Kabashi :
“L’avenir ? Catastrophique ! Sans argent, sans salaire, sans travail, comment je vais nourrir mes enfants ? Ça s’annonce très mal !”

S’il a de la chance, Gafurr trouvera peut-être du travail à Pestova. Cette usine spécialisée dans la pomme de terre emploie 150 personnes qui gagnent entre 350 et 450 euros par mois. Pas de quoi, pourtant, empêcher certains employés de prendre la route de l’exil.

Bedri Kosumi, propriétaire de la société Pestova :
“Sur les 8 employés qui sont partis, 2 sont revenus. Plusieurs raisons expliquent cette émigration, mais la raison principale, c’est que des gens racontent que l’Ouest, c’est le paradis.”

Le Kosovo compte 1,8 million d’habitants environ. Avec le départ d’au moins 50 mille habitants au cours des derniers mois, certaines villes sont désormais désertes ou presque. C’est le cas notamment de Vushtrri. Naim Jetullahu y tient un salon de coiffure et se désole de la situation : “cette émigration de masse m’a fait perdre 30 % de ma clientèle.”

En 2008, le Kosovo proclamait unilatéralement son indépendance de la Serbie. Sept ans après, l’euphorie n’est plus la même, plombée par une économie qui peine à décoller et un taux de chômage qui avoisine les 50 % dans certaines régions du pays. Selon le journaliste Avni Ahmetaj, partir n’est pas forcément la panacée :
“J’ai discuté avec de nombreuses personnes désireuses de quitter le Kosovo. Toutes m’ont dit qu’elles partaient en quête d’une vie meilleure. Mais elles n’ont aucune idée de ce qui les attend dans l’Union européenne. Parce qu’elles n’y sont jamais allées. On est resté isolé du reste de l’Europe. Beaucoup de Kosovars voient l’espace ou le régime Schengen comme un frein à leur entrée dans l’Union européenne, et c’est très triste. Je me sens humilié d’avoir à présenter une dizaine de documents et d’avoir à faire la queue pendant des heures devant une ambassade pour obtenir un visa. En plus, rien ne dit qu’on m’en délivrera un.”

Après le Kosovo, notre équipe a pris la direction de Subotica en Serbie en empruntant le chemin que suivent généralement les migrants.

La ville se trouve à une dizaine de kilomètres de la frontière européenne et a vu arriver un très grand nombre de candidats à l’exil au cours des 3 ou 4 dernières années. La plupart en provenance du Kosovo, d’Afghanistan, mais aussi de Syrie et d’Irak comme Naji Hajji Issa pour qui le plus difficile a d’abord été de rejoindre la Bulgarie : “j’ai passé 2 jours dans une forêt en Bulgarie sans nourriture, ni eau. Il y avait de barrages de police partout. On ne pouvait aller nulle part. Au bout d’un moment, j’ai pu reprendre mon périple et deux jours plus tard, j’arrivais en Serbie. On s’est installé dans ce bâtiment et ce soir, nous partirons pour la Hongrie, puis l’Autriche et enfin l’Allemagne.”

Aider des clandestins est puni par la loi serbe. Tibor Varga prend donc de gros risques en s’occupant d’eux. Chaque jour, il apporte à boire et à manger aux plus démunis d’entre eux et nous raconte que les plus “chanceux” si l’on peut dire bénéficient des services de passeurs expérimentés.

Tibor Varga, travailleur social, Eastern Europe :
“Ceux qui passent la frontière, de façon organisée ne passent généralement pas par ici. Les seuls à venir, ici, sont ceux qui n’ont pas d’argent, ni de contacts. Ou bien, c’est parce qu’ils ont été lâchés par leurs passeurs, alors, ils attendent ici.”

À quelques kilomètres de là, juste de l’autre côté de cette petite rivière, le rêve européen semble à portée de main. Sur la berge, des traces de pas encore fraîches prouvent que des migrants ont tout récemment tenté de franchir la dernière frontière les séparant de l’Union européenne. Mais, les autorités hongroises veillent et les coups de filet sont fréquents. En février, la police a interpellé 1.700 personnes en une seule journée.

Imre Körömi, agriculteur :
“Certains jours, ils arrivaient vraiment en très grand nombre. Mais la police était là. Les groupes comptaient entre 35 et 70 migrants. Quand les chiens se mettaient à aboyer, on savait qu’un groupe arrivait.”

Pour Imre, cela ne fait aucun doute, les autorités doivent stopper cette vague de migrants : “on ne devrait pas les laisser entrer. S’ils franchissent la frontière, il faut les renvoyer d’où ils viennent.”

Selon le droit européen, les migrants peuvent, en principe, circuler librement dans leur pays d’arrivée après avoir rempli un dossier de demande d’asile. Le point avec Gizella Vas, colonel de la police hongroise :

“Après leur arrestation, ces gens veulent généralement déposer une demande d’asile en Hongrie. Après quoi, nous les remettons à l’Office de l’Immigration. Et à partir de là, ils sont autorisés à circuler à l’intérieur du pays. Certains d’entre eux en profitent pour rejoindre un autre État membre plus à l’Ouest en se déplaçant au sein de l’espace Schengen.”

En 2014, la Hongrie a enregistré 42 mille demandes d’asile, soit 20 fois plus qu’en 2012. Avec l’Allemagne, elle envisage aujourd’hui de durcir sa politique migratoire.