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Cap sur l’Amérique : L’Hermione repart plus de deux siècles plus tard

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Cap sur l’Amérique : L’Hermione repart plus de deux siècles plus tard

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C’était un rêve fou d’Amérique ! Il s’est réalisé lentement mais sûrement, et après presque 18 ans d’efforts, le jour du grand départ est enfin arrivé. Le samedi 18 avril 2015 – date qui va s’inscrire dans les annales de la marine française – L’Hermione a repris la mer et a mis le cap sur la côte américaine 235 ans plus tard. Bon, ce n’est pas la frégate d’origine (la pauvre a coulé en 1793 au large de la Bretagne) qui permit au marquis de La Fayette de voler au secours des indépendantistes américains. L’exploit est d’autant plus méritoire que le trois-mâts a été reconstruit à l’identique, à partir de deux documents seulement, comme au bon vieux temps de la navigation du XVIIIe siècle.

Le projet est né à Rochefort-sur-Mer, en Charente-Maritime, là même où L’Hermione, première du nom, fut construite en 1778. Une dizaine de “doux dingues” l’a imaginé, sans croire une seconde à cet aboutissement qui dépasse toutes les espérances. “Mais par un prompt renfort, ils se virent sept mille en arrivant au port”, 7 000 membres (pour le moment) de l’association qui dirige la manoeuvre depuis le début des années 90. En guise de frégate, cela a plutôt été une galère pour trouver les moyens financiers. Les visites du chantier par plus de quatre millions de personnes, la vente de produits dérivés et les dons n’ont pas suffi…alors, la ville de Rochefort, le département, la région, l’Etat et même l’Europe ont bien voulu mettre la main au portefeuille.

Tous avouent maintenant que cela valait vraiment le coup. Tout comme La Fayette mais de manière plus modeste, les passionnés de L’Hermione pourraient de nouveau faire entrer la frégate dans l’Histoire de France.

De L’Hermione… à L’Hermione

1780 2015

La frégate qui part ce 18 avril n’est pas une copie 100% conforme à son modèle :

– Sur l’originale, les membres d‘équipage étaient 200, cette fois-ci, ils ne sont que 79 à bord.
– Les gréements sont différents. Si les deux navires sont des trois mâts – 54 mètres pour le plus haut de la réplique – leur voilure n’est pas la même. Au XVIIIe siècle, L’Hermione disposait de 1 500 m2 de surface contre 2 200 m2 aujourd’hui avec 17 voiles en lin. Il y a deux siècles, du chanvre avait été utilisé pour concevoir les voiles.


Les dimensions n’ont guère évolué, soit pratiquement 45 mètres de long (65 mètres hors tout), pour 11 mètres de large et plus de 1 000 tonnes.

Les 26 canons sont des reproductions des originaux, tirant des boulets de 6 et 12 livres.

Des ajustements ont été nécessaires pour respecter les réglementations en vigueur en 2015. Des moteurs et des instruments de navigation modernes (cartographie, radar, radio VHF ainsi qu’une alarme incendie) ont été installés sur le bateau. Le confort de l’équipage n’a pas été oublié. L’Hermione « 2015 » est équipée de douches, de toilettes, de plusieurs machines à laver et d’une chambre froide. Chanceux les nouveaux marins !

Il était une fois une petite ville portuaire située au bord de l’océan Atlantique et le long du fleuve Charente. Arsenal maritime royal au temps de sa splendeur, à partir du XVIIe siècle, elle s’était profondément endormie…quand le fantôme d’un marquis la réveilla.

Rochefort-sur-Mer, l’arsenal du Roi Soleil


Pour Louis XIV et Colbert, la toute-puissance de la marine anglaise sur les océans a assez duré. En 1666, le site de Rochefort-sur-Mer est ainsi choisi pour implanter un nouvel arsenal royal d’où sortiront les fleurons de la marine française. L’emplacement retenu n’est pas directement relié à l’océan, mais se trouve sur les rives de la Charente, dans une zone marécageuse, à quelques dizaines de kilomètres du rivage. Le choix de cette implantation en retrait ne doit rien au hasard, un vaste méandre du fleuve offre une protection naturelle à l’arsenal. De plus, la baie de la Charente sera rapidement hérissée de nombreux forts, afin d’assurer la protection des nouvelles unités de la marine royale. La ville se développe très vite autour de son chantier naval. En 1671, Rochefort compte déjà pratiquement 20 000 habitants, soit quasiment la même population qu’aujourd’hui (environ 25 000). Concernant L’Hermione, avec La Courageuse, La Concorde et La Fée, elle faisait partie d’une série de quatre « frégates de 12 », en raison du calibre des boulets, mises en chantier à Rochefort. Jusqu’à sa fermeture en 1926, des centaines de navires seront construits, réparés et entretenus dans l’actuelle sous-préfecture de Charente-Maritime.

Il était une fois un jeune marquis, militaire intrépide, issu d’une riche famille mais prêt à aider les autres à conquérir la liberté. Il avait un nom à rallonge Marie-Joseph-Yves-Roch-Gilbert du Motier…les Américains retinrent avant tout son titre, marquis de La Fayette.


La Fayette

La Fayette a seulement 19 ans quand il embarque sur le vaisseau La Victoire en avril 1777. Sa mission, assurer les indépendantistes américains en guerre contre la couronne d’Angleterre du soutien de la France. Le 1er août, il rencontre le général George Washington à Boston et le courant passe tout de suite. Le marquis reste à ses côtés et se bat si bien qu’il obtient le grade de major-général. A son retour en France, le roi Louis XVI le charge de repartir pour annoncer aux insurgés d’Amérique l’envoi de troupes françaises. Le 20 mars 1780, La Fayette monte à bord de L’Hermione pour traverser l’Atlantique une nouvelle fois. On connaît la suite…il est devenu un héros de l’Indépendance, il a sa statue près de la Maison Blanche à Washington.



Il était une fois un homme de lettres qui aimait les courants, socialistes puis marins. Très vite, il prit la mer comme maîtresse, et celle-ci l’emmena en croisière à travers le monde… lors d’une escale, il tomba amoureux de la ville de Rochefort et resta toujours à ses côtés.


Erik Orsenna

Erik Orsenna, 68 ans, a beaucoup de cartes en mains mais celles qu’il préfère, sans aucun doute, lui servent à voyager. Il connaît bien la finance internationale, il a été conseiller au ministère de la Coopération puis conseiller culturel durant le premier mandat du président socialiste François Mitterrand, il a aussi travaillé au Conseil d’Etat. Ecrivain, il a reçu le prix Goncourt en 1988, il a été élu à l’Académie française dix ans plus tard. Son “Grand Amour”, il le réserve à la mer, et il a fait le maximum pour que lui soient restitués deux bijoux, la Corderie royale de Rochefort qui a été restaurée et L’Hermione qui a été ressuscitée.



Il était une fois un homme, symbole des liens franco-américains dès sa naissance grâce à l’histoire d’amour de ses parents au coeur de la grande Histoire. Chargé en plus de mettre en valeur le littoral français, il était le candidat idéal…pour présider l’association L’Hermione – La Fayette.


Benedict Donnelly

Benedict Donnelly, 60 ans, est le fruit d’une union romantique entre un soldat américain ayant débarqué sur les plages de Normandie en juin 1944 et une jeune Française; ils se rencontrèrent en pleine Libération de Paris. C’est plus bas que les côtes normandes, en Bretagne, que le Franco-Américain a fait connaissance avec Jean-Yves Le Drian, à l’époque maire de Lorient, désormais ministre de la Défense. Ce dernier lui a ensuite confié une mission, trouver des projets intéressants à soutenir sur le littoral français. Et c’est encore plus bas, en Charente-Maritime, que Benedict Donnelly a déniché l’oiseau rare, encore dans l’oeuf, L’Hermione. Il est président de l’association depuis 1993.



Il était une fois un Breton pur beurre qui avançait dans la vie contre vents et marées afin de relever des défis. Qu’elle soit nationale ou marchande, il était fait pour la marine, il aimait par dessus tout dompter les grands voiliers. Tout naturellement, il se retrouve à la barre de L’Hermione.


Yann Cariou

Yann Cariou, bientôt 54 ans, a passé son baptême de la mer dès cinq ans, à bord d’un petit bateau de pêche. Sa vocation s’est dessinée à l’Ecole des mousses. Il a roulé sa bosse pendant une trentaine d’années dans la marine nationale puis durant six ans dans la marine marchande. En 2004, gros écueil, on lui donne peu de chances de guérir d’un cancer mais il remporte le combat. Profitant de sa rage de vivre, il prend les commandes du Belem. Mais après, quoi de mieux ? Il accepte de reprendre le rôle de Latouche-Tréville, qui commandait L’Hermione en 1780. Dans sa cabine, il y a un perroquet empaillé qu’il appelle déjà Latouche !



Les dates clés de l‘épopée de L’Hermione :