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Les enfants de la "génération Tchernobyl", 29 ans après, certains se confient


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Les enfants de la "génération Tchernobyl", 29 ans après, certains se confient

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose. 30 personnes meurent sur le coup. Plus de 4 000 liquidateurs vont succomber aux terribles radiations de ce qui constitue le pire accident dans l’histoire du nucléaire civil. 29 ans après, plus de 100 000 personnes vivent encore dans les zones contaminées. Nés en avril 1986, les enfants de la “génération Tchernobyl” sont aujourd’hui des adultes. Kateryna Khinkulova, journaliste ukrainienne à Euronews en a rencontré quelqu’uns. Ils se confient et expliquent pourquoi ils se sentent “différents”.

Olga Zakrevska est une photographe professionnelle, elle a son propre studio à Kiev. Elle est née le 11 Avril 1986 à Prypiat, une ville proche de la centrale de Tchernobyl, où la plupart des employés vivaient. Son père était un jeune expert en énergie nucléaire. Elle raconte.

Olga Zakrevska : “j’ai vécu à Prypiat durant les 15 premiers jours de ma vie. Nous sommes partis le 26 Avril 1986 et nous avons passé environ un an chez des amis et dans la famille à Kiev. J‘étais petite à l‘époque et on peut dire que j’ai absorbé les angoisses et les inquiétudes de ma mère quant à l’avenir. Un an plus tard, on nous a donné notre propre appartement, nous étions très reconnaissants. Mon père a continué à se rendre à Tchernobyl et à y travailler. Tchernobyl a toujours fait partie de l’histoire de ma famille aussi longtemps que je m’en souvienne. Nos voisins ont également travaillé à l’usine. C‘était une partie de notre vie quotidienne, une partie de notre relation avec l‘État. Tchernobyl est revenu aussi à chaque fois, lors des bilans de santé réguliers que nous devions avoir, lorsque nous devions aussi déposer des documents pour une assistance et de l’aide.

Olga Zakrevska : “en ce moment je suis en train d‘évaluer pleinement ce que signifie Tchernobyl pour moi. Quand j’ai eu 25 ans, j’ai soudainement été frappé par le fait que j’ai grandi dans l’ombre de cet événement. C’est pourquoi maintenant, je cherche d’autres familles de Tchernobyl. Je les invite à mon studio photos. Je les photographie, nous parlons. Beaucoup de gens de ma génération ont leurs propres familles et des enfants maintenant. Nous nous inquiétons pour leur santé, bien sur. Quand j‘étais jeune, les médecins ne cessaient de dire: “nous ne savons pas comment les radiations vont vous affecter. Certaines choses sont prévisibles mais beaucoup d’autres ne le sont pas”. Je pense que les gens, y compris ceux qui sont nés à Prypiat, ne sont pas encore prêts à réfléchir, à analyser à ce que Tchernobyl signifie pour eux. Certains préfèrent oublier, le mettre dans un coin de leur tête. Personnellement, je crois qu’il est préférable d’essayer de comprendre ce qui s’est passé. Tchernobyl nous a traumatisé et en traitant ce traumatisme, je pense que nous pouvons mener une vie meilleure à l’avenir”.

Olga Zakrevska : “le temps peut atténuer les douleurs mais il ne les guérit pas complètement. Mais je crois aussi que certaines blessures peuvent vous rendre plus fort. Je pense que ceux de ma génération sont des êtres forts, peut-être plus forts et mieux préparés pour faire face aux difficultés de la vie que d’autres. Un jour, nos parents ont dû se lever et partir sans savoir qu’ils ne reviendraient jamais. Ensuite, mon frère et moi, nous avons dû affronter des situations terribles notamment lorsque d’autres parents ont empêché leurs enfants de jouer avec nous car ils prétendaient que nous étions
radioactifs et contagieux.

Olga Zakrevska : “je photographie les familles de Tchernobyl depuis un certain temps et j’aimerais exposer mon projet un jour. C’est important pour moi, très important de retrouver des amis et des collègues de mes parents, ceux qui ont travaillé à Tchernobyl en 1986, ça serait comme renouer, une sorte d’obligation”.


Olexiy Starynets est né le 26 Avril 1986 dans une petite ville à quelques kilomètres au sud de la capitale ukrainienne. Aujourd’hui, il est journaliste sportif à Kiev. Même si son anniversaire a toujours été une source de commentaires comme celui d‘être un “bébé de Tchernobyl”, il est optimiste quant à l’avenir et croit au fait de l’aller de l’avant.

Olexiy Starynets : “mon premier souvenir de Tchernobyl? Mon anniversaire, bien sûr ! Les gens m’en ont toujours parlé, à la maison et à l‘école, car je suis né le jour de l’explosion. Ma mère et ma grand-mère m’ont dit qu’elles avaient entendu parlé de la catastrophe dès le premier jour. A la maternité où ma mère m’a donné naissance, ils ont fermé les fenêtres pour se protéger des radiations et ils ont lavé les sols plus souvent. L’explosion s’est produite dans les premières heures du 26 avril. Moi je suis né vers 18h ce jour-là”.

Olexiy Starynets : “quand j‘étais petit, on nous a déplacés
plusieurs fois et à chaque nouvelle école, je faisais un bilan de santé. J’ai toujours été le plus sain ! Bien sûr, mes parents n’ont jamais cessé de penser et de s’inquiéter des effets de Tchernobyl puisque nous vivions à seulement 250 km de là et parfois on a même été plus près !”

Olexiy Starynets : “non, je ne me considère pas comme un enfant de Tchernobyl. Il n’a pas affecté ma santé de près ou de loin. Je me sens tout à fait normal. Je n’ai pas été à Prypiat, ni à la centrale de Tchernobyl. Je suis sûr
d’y aller un jour car je veux voir, me rendre compte sur place. J’ai une opinion positive sur l‘énergie nucléaire, si
elle est traitée correctement, de manière sécurisée, rationnelle et écologique. Mais d’après ce que j’ai pu comprendre, l’accident de Tchernobyl a été causé par une erreur humaine. Oui, bien sûr Tchernobyl est une partie de notre histoire mais je n’y pense pas trop. Et puis, mes amis se souviennent toujours de mon anniversaire quand même!”


Yuri Vyshnevsky est lui aussi journaliste. Il vit à Kiev. Il est né le 1er Avril 1986. Son père a travaillé dans la zone d’exclusion dans les mois qui ont suivi l’accident.

Yuri Vyshnevsky : “ma mère est allée vivre avec ma grand-mère en Moldavie après l’accident et mon père est venu nous rendre visite quand il le pouvait. Nous avons mentionné Tchernobyl occasionnellement, mais heureusement cela n’a pas vraiment affecté notre famille. Nous sommes tous en bonne santé même si l’environnement en Ukraine est très pollué.

Yuri Vyshnevsky : “Tchernobyl représente une partie majeure de notre histoire. L’Ukraine est connue en Europe de la pire des manières, nous ne pouvons pas l’oublier. Mais il y a eu beaucoup d’autres événements qui me rendent fier d‘être Ukrainien : la déclaration d’indépendance, les victoires sportives de mes compatriotes comme les footballeurs du Kiev Dynamo, les champions de boxe : les frères Klitschko. Cependant, toutes ces choses positives ne peuvent pas faire oublier cette énorme catastrophe écologique, qui a porté atteinte non seulement à l’Ukraine, mais aussi à d’autres pays européens.

Yuri Vyshnevsky : “je ne me considère pas vraiment comme un enfant de Tchernobyl. Cela n’a pas affecté ma santé, heureusement. Mais grâce à mon travail, je vois des enfants dont les parents ont été malades ou qui sont malades eux-mêmes. C’est très triste.

Yuri Vyshnevsky : “je n’ai jamais été dans la zone d’exclusion, mais beaucoup de mes amis y sont allés. Aujourd’hui, c’est très facile d’y aller pour une visite guidée, le mot “exclusion” est vraiment très limité.

Yuri Vyshnevsky : “l‘énergie nucléaire est-elle une bonne idée? Comme beaucoup de pays n’ont pas suffisamment de ressources naturelles au 21ème siècle, je pense que l‘énergie nucléaire est nécessaire. Il est important d‘être responsable avec elle pour prévenir les catastrophes qui blessent non seulement les hommes mais aussi la nature”.

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