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Le référendum grec en six questions


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Le référendum grec en six questions

Voilà des mois que la dette grecque fait les gros titres de l’actualité. Une longévité dont la seule conséquence positive est peut-être d’avoir épuisé les jeux de mots journalistiques associant “ Grecs “ et “ tragédie “.

Et bien que le sujet fasse l’objet de nombreux articles, combien en maîtrisent les tenants et aboutissants ? En fait, combien comprennent ce qui va se jouer lors du référendum du 5 juillet ? Décryptage.

Pourquoi un référendum en Grèce ?

C’est une question que les créanciers internationaux d’Athènes se sont probablement posée le week-end dernier, quand le premier ministre grec, Alexis Tsipras a pris tout le monde de court en annonçant un référendum.

Athènes avance que cette consultation a pour but de donner l’opportunité aux Grecs de se prononcer sur les conditions imposées par Bruxelles et le FMI à un nouveau plan de sauvetage. Les dirigeants de Siriza, la gauche dure actuellement au pouvoir, qualifient les termes de l’accord d’inacceptables, mais estiment que les Grecs ont leur mot à dire. Après tout, la Grèce n’est-elle pas le berceau de la démocratie ?

La question posée est-elle claire?

Pour les Grecs diplômés en macroéconomie, oui, mais pour tous les autres...

Cette question, la voici :
“ Devrions-nous accepter l’accord proposé par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international lors de la réunion de l’Eurogroupe du 25 juin 2015 et qui consiste en deux parties composant leur offre conjointe. Le premier document s’intitule ‘Reforms for the Completion of the Current Program and Beyond’ et le deuxième ‘‘Preliminary Debt Sustainability Analysis’.”

Les intitulés en anglais sont restitués… En anglais. Certes, une petite traduction est donnée entre parenthèses. Clair pour tout le monde ?

D’autre part, on peut se demander si les bulletins de vote ne visent pas à influencer les électeurs dans un sens plutôt qu’un autre. En effet, la case “ non “ a été placée au-dessus de la case “ oui “, elles ne sont pas côte à côte.

Quelles conséquences aura le résultat pour la Grèce ?

Si la Grèce vote “ non “, il est difficile de prédire l’avenir au-delà de la faillite et de la sortie du pays de la zone euro, écrit The Economist. Mais, ajoute l’hebdomadaire, ce scénario n’irait pas sans son lot de difficultés, que les Grecs ne manqueraient pas d’imputer à Alexis Tsipras, faisant planer un doute sur son avenir politique.

Reste que le même Alexis Tsipras se retrouve actuellement pris au piège entre le marteau et l’enclume. Car une victoire du “ oui “ se traduirait par davantage d’austérité pour les Grecs. Là encore, le Premier ministre en ferait les frais.

Alors certes, il se peut encore que le référendum de dimanche n’ait jamais lieu. Certains y voient un instrument visant à peser sur les négociations, tandis que d’autres se réfèrent à l’histoire : en 2011, le premier ministre d’alors, George Papandreou, avait convoqué un référendum sur le plan de sauvetage, mais son gouvernement s‘était effondré avant même la date du scrutin.

Comment la Grèce en est-elle arrivée là ?

Pendant des années, bien avant qu’elle rejoignent la zone euro en 2001, la Grèce a sous-évalué voire sciemment minimisé sa dette, reconnaît le nouveau premier ministre Papandreou en 2009.

Le pays a aussi été accusé ne n’avoir jamais rempli les critères de convergence exigés pour entrer dans la zone euro.

Les problèmes d’argent de la Grèce ont été accentués par la crise financière mondiale, amenant le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission européenne à prêter 110 milliards d’euros dans le cadre d’un plan de sauvetage en 2010. Une somme qui devait ensuite gonfler jusqu‘à 240 milliards d’euros. Mais les termes de ce plan de sauvetage ont obligé Athènes à imposer un régime drastique d’austérité à la population. L‘économie grecque s’est contractée d’un quart ces dernières années et le chômage flamble à 25 %.

Alexis Tsipras et son parti Syriza sont arrivés au pouvoir en janvier 2015 avec pour mandat d’en finir avec l’austérité.

Pourquoi l’impasse actuelle ?

Prolongé de quatre mois, le plan de sauvetage international à la Grèce expire ce mardi 30 juin, le jour-même justement où le gouvernement Tsipras est censé rembourser un milliard et demi d’euros au FMI.

Athènes négocie depuis janvier avec ses créanciers pour obtenir que lui soit versée la dernière tranche d’aide d’un montant de 7,2 milliards d’euros. L’Union européenne et le FMI exigent notamment en contrepartie que la Grèce élargisse l’assiette fiscale de la TVA et limite le nombre d’ayants droit à la retraite anticipée. Des mois de négociations n’ont pas permis de parvenir à un accord.

Que serait l’impact d’un “ Grexit “?

Si la Grèce devait quitter la zone euro, la première conséquence risque d‘être une nouvelle crise financière. Une fois fermés les robinets monétaires de Bruxelles et du FMI, estime The Economist, le pays ferait faillite. et ne pourrait plus se financer sur les marchés.

Qui plus est, il lui faudrait revenir à la drachme, dont la valeur serait bien inférieure à celle de l’euro. Une dévaluation qui se traduirait, pour les Grecs, par une nouvelle chute du niveau de vie. Certes, cela rendrait les exportations grecques meilleur marché et doperait le tourisme.

Par ailleurs, les marchés financiers risquent d’en conclure qu’“être membre de la zone euro n’est pas irréversible”:http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKBN0MD22X20150317. Certains investisseurs pourraient ainsi spéculer sur la sortie d’autres maillons faibles comme l’Espagne ou le Portugal.

Difficile cependant d‘évaluer l’effet de contagion d’un éventuel Grexit. Dans la mesure où ce scénario est évoqué depuis longtemps maintenant, il est possible que les investisseurs l’aient déjà intégré dans leurs stratégies, afin de s’en prémunir.

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