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Le « double paradoxe » entre l'UE et la Turquie face aux réfugiés

L’Union européenne et la Turquie ont signé en novembre dernier un plan d’action commun pour limiter l’arrivée de réfugiés vers l’Europe. La

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Le « double paradoxe » entre l'UE et la Turquie face aux réfugiés

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L’Union européenne et la Turquie ont signé en novembre dernier un plan d’action commun pour limiter l’arrivée de réfugiés vers l’Europe. La Commission présente mercredi un rapport sur l‘état des lieux de cet accord. Euronews a interrogé Marc Pierini, chercheur pour Carnegie Europe et ancien ambassadeur de l’Union européenne en Turquie.
 
Euronews:
“Est-ce un accord réaliste ? Est-ce que cela peut marcher ?”
 
Marc Pierini:
“L’Union européenne s’est engagée dans une diplomatie marchande avec la Turquie qui avait peu de chance de marcher ou en tout cas qui aurait de très grandes difficultés. Et c’est exactement là où nous sommes. Les difficultés sont inhérentes à la conception parce que l’on échange des promesses sur les visas, sur la négociation d’adhésion contre une aide pour les réfugiés qui sont des choses qui n’ont rien à voir entre elles.”
 
Euronews:
“Comment est-ce que la Turquie peut gérer ce flux de réfugiés en constante augmentation et éviter qu’ils se dirigent vers les portes de l’Union européenne?”
 
Marc Pierini:
“Le problème c’est qu’il y a sur la côte égéenne des mafias qui empochent des sommes astronomiques, un milliard, deux milliards d’euro sur l’année 2015 pour envoyer des gens à la mort. Il suffit que la gendarmerie turque et la police turque, qui sont parfaitement équipées, agissent pour attraper ces gens que l’on voit sur internet, sur des caméras sur les places d’Izmir ou de Bodrum.”
 
Euronews:
“C’est aussi si simple que ça ?”
 
Marc Pierini:
“Ce n’est pas forcément si simple mais c’est un sujet qui n’est pas traité. Par ailleurs sur le nouvel afflux de réfugiés, tout ceci était tout à fait prévisible. On est là dans le double paradoxe. La Turquie dit : on ne les laisse pas entrer pour le moment mais on les laissera rentrer si nécessaire, premier paradoxe. L’Union européenne dit : vous devez les laisser rentrer mais devez les garder, deuxième paradoxe.”
 
Euronews:
“Est-ce qu’il y a un manque de confiance entre les parties ? Quel est le blocage ?”
 
Marc Pierini:
“Le problème c’est celui que vous soulignez, c’est le manque de confiance. Le seul quotidien anglophone pro-gouvernemental ce matin parle de la perversité de l’Union Européenne, ce n’est pas vraiment un climat de coopération. C’est un climat de méfiance. Et c’est la même chose du côté européen.”
 
Euronews:
“La Turquie accueille à elle seule presque trois millions de réfugiés.”
 
Marc Pierini:
“Moins le million qui est parti en Europe. Les chiffres sont très fluctuants mais elle en accueille beaucoup, elle a été très généreuse. Les 15 % qui sont dans les camps sont très bien traités. Les autres ils essayent de faire avec leur épargne. L’Europe inévitablement doit parler à la Turquie de l’aspect policier de la chose. C’est à dire, il n’est pas acceptable de demander aux contribuables turcs et aux contribuables européens d’aligner des milliards pour aider des malheureux, qui est une bonne chose, alors que des trafiquants, des mafias parfaitement connus empochent eux-mêmes des milliards.”