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L'entretien complet avec Antoine Daniel

Pour les plus curieux d’entre vous, voici la retranscription complète de l’entretien avec le vidéaste, père de l‘émission What The Cut !. Antoine

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L'entretien complet avec Antoine Daniel

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Pour les plus curieux d’entre vous, voici la retranscription complète de l’entretien avec le vidéaste, père de l‘émission What The Cut !.

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J’ai l’impression que les gens ne se rendent pas compte qu’on a un Eldorado. Et on construit des McDonalds dessus.

Antoine, merci d’avoir répondu à la sollicitation d’euronews. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter rapidement ?

J’ai 26 ans, je vis à côté de Paris. J’ai une formation principalement autodidacte, même si j’ai fait deux ans à l’ESRA, une école d’audiovisuel. C’était un apprentissage un peu global qui ne m’a pas appris grand-chose. Il m’a surtout appris ce qu’il ne fallait pas que je fasse en fait,malgré les très bons profs de l‘école. Puis, je me suis réorienté vers un BTS d’ingénieur du son que j’aiobtenu. Au début j’étais donc ingénieur du son et compositeur de musique. Maintenant, je fais l’émission “What the Cut !” sur YouTube. C’est devenu mon travail.

Comment en êtes-vous venu à YouTube ?

J’ai toujours fait de la vidéo. J’ai commencé à 10 ans. Dès que j’ai eu internet en 2001, j’ai fait des vidéos que j’envoyais à mes potes puisqu‘à l’époque YouTube, Dailymotion etc. n’existaient pas. Dès qu’il y a eu les sites de streaming, j’ai commencé à les mettre en ligne dessus. J’ai commencé “What The Cut !” là où il y avait le plus de vidéos, donc YouTube.

Pouvez-vous expliquer le concept de votre émission phare, “What the Cut !” ?

Il y a un concept de base qui a beaucoup évolué. Il est calqué sur l’émission américaine “Equals Three” présentée par Ray William Johnson. Elle n’existe plus maintenant. Enfin, elle existe toujours mais elle est présentée par d’autres personnes.
Le principe est donc de prendre des vidéos sur internet et d’en faire des analyses humoristiques et de monter des sketchs sur ces vidéos. Mais j’ai beaucoup évolué, et désormais, j’ajoute énormément de scènes illustrées et surtout des introductions scénarisées très poussées. La dernière dure quasiment quinze minutes. J’essaie d’avoir un format assez hybride qui mélange la fiction et l’émission.

Vous montrez des vidéos qui viennent du tréfonds du web. Comment faites-vous pour trouver ces vidéos ?

Il y a des mots clés particuliers, beaucoup de sites de référencements – je pense à Koreus par exemple – des sites américains. Je fouille un peu partout, y compris dans les mails qu’on m’envoie avec des suggestions de vidéos.

Combien de temps votre travail de recherche vous prend-il en moyenne ?

C’est très compliqué car désormais j’essaie de faire attention. Par exemple, si je prends une vidéo francophone, je ne vais pas choisir celle d’un gamin de 16 ans qui va se faire emmerder au lycée toute sa vie après. Je prends rarement des vidéos francophones, et lorsque j’en prends ce sont des cas très particuliers où je sais que cela ne va pas déranger les auteurs. Avec Alexandre 3003 et Sylvain Durif, je sais que ça ne va pas les déranger, bien au contraire : ils sont ravis que l’on parle d’eux. J’évite d’être méchant aussi. Au début je l’étais plus que maintenant.
Ce travail devient très difficile car j’ai déjà traité pas mal de vidéos et j’ai peur, parfois, de me répéter. Pour l’épisode 37, j’avais trouvé une vidéo excellente. J’avais commencé à écrire l‘épisode autour. Puis, je me suis dit « mais ça ressemble vraiment à ce que j’ai déjà écrit avant ».

N’avez-vous pas peur de tomber à court un jour ?

Non, je ne pense pas. Si j’arrête “What The Cut !” un jour ce ne sera pas par manque de vidéo mais parce que j’en aurai marre. Il y aura toujours des vidéos ; il faut juste les chercher un peu plus loin. Il faut toujours chercher la limite entre ce qui est montrable sur YouTube et ce qu’il ne l’est pas. Je déteste tout ce qui est trash, gore ; ça ne me fait pas du tout rire. Or, je fais des émissions humoristiques. Des fois je montre des trucs qui peuvent paraître borderline mais c’est toujours dans un cadre humoristique.

Vous avez commencé avec des vidéos très courtes. Aujourd’hui, elles durent autour de 45 minutes, avec des introductions qui s’apparentent à des courts-métrages. Cette évolution était-elle prévue ?

Non, pas du tout. J’ai toujours voulu faire de la fiction et à partir de l’épisode 30, j’ai commencé à faire des pré-génériques, des petites scènes illustrées très courtes. Puis à partir du 34, on a commencé, avec mon pote Nyo qui apparaît beaucoup dans les vidéos, à réfléchir à une scénarisation du kidnapping de Samuel. On s’est rendu compte que c’était possible de le faire. On l’a fait un peu rapidement, mais on l’a fait. Je me suis dit que c’était génial, moi qui voulais faire de la fiction depuis toujours ! Cela me donnait plein de possibilités. Du coup j’ai commencé à tourner ces introductions de plus en plus scénarisées, de plus en plus mises en scène. Pour progresser, m’entraîner, montrer aussi que « je viens vraiment de nulle part et je fais ça maintenant ; vous pouvez le faire vous aussi si vous en avez l’envie». Mes vidéos sont entièrement auto-produites. Je n’ai pas vendu mon âme au diable ; je n’ai pas fait de partenariat avec des marques… Vous pouvez faire ça, vous aussi, en totale indépendance.

Dans “Le 29 avec Antoine Daniel”, vous parlez d’autres sujets, face caméra, de façon plus posée. Vous expliquez vos avancées ; vous faites de la publicité pour d’autres chaînes … C’est une attitude rare sur YouTube. Qu’est ce qui vous pousse à partager d’autres chaînes et à être transparent ainsi ?

Je suis transparent dans la limite du raisonnable. Je ne leur dis pas tout ; certains des choses relèvent de la vie privée et je n’ai pas envie de les partager avec des millions de personnes. Mais j’estime quand même que c’est sympa d’en savoir un petit peu plus sur ce qu’il se passe derrière. Je trouve ça intéressant.
Pour les chaînes, j’aurais bien voulu avoir un coup de pouce quand j’ai commencé alors… Il s’agit de chaînes assez hétérogènes que j’aimerais faire connaître. J’essaie de dire « regardez il y a ça aussi sur internet ; c’est intéressant ». J’essaie de montrer des chaînes différentes les unes des autres pour montrer que, sur internet, plein de choses sont possibles.

Avez-vous conscience de l’impact que cela peut avoir pour certaines chaînes ?

Bien sûr. Le Fossoyeur de Films, Axolot… C’est super ce qu’il leur est arrivé.

Les avez-vous rencontrés suite à cela ?

Bien sûr ! On s’est vu un milliard de fois. D’ailleurs, la plupart des derniers épisodes de “What The Cut !” sont uploadés depuis le logement de Bruce de e-penser car il a la fibre optique alors que j’ai une connexion pourrie. On est potes.

Vous avez commencé à tourner vos vidéos dans votre chambre, avec votre webcam : les moyens du bord. De quels moyens techniques et humains disposez-vous aujourd’hui ?

Pour me filmer dans ma chambre je tourne avec l’appareil 6D. J’ai aussi beaucoup tourné avec un 600D. Tout est éclairé. Par contre, j’ai le même micro qu’au début un AKG dont j’ai oublié le numéro ; je l’ai depuis des années.
Pour l’introduction, par contre, j’utilise des moyens très poussés. La plupart du matériel ne m’appartient pas ; on le loue ou on l’emprunte. La grue ne m’appartient pas ; les drones ne m’appartiennent pas ; les travellings ne m’appartiennent pas, mis à part un petit “slide”. J’ai un fond vert et des softs box. Ce sont des lumières pour éclairer le fond vert.
Côté humain, une équipe se constitue petit à petit. Des membres reviennent, d’autres qui ne le peuvent pas, du coup j’en prends d’autres etc. Aux effets spéciaux, ce sont les mêmes personnes depuis l’épisode 35. Mais il existe un noyau dur composé de deux personnes : mon assistant réalisateur Thomas Olland et moi. Thomas s’occupe surtout de l’organisation des tournages : contacter les lieux qui m’intéressent, en négocier le prix, le matériel, l’équipe technique… Tout ce qui est administratif, un peu pénible, ou technique, c’est lui qui s’en occupe. Moi, je m’occupe de la réalisation, de diriger les acteurs et les équipes sur le tournage.

A vos débuts, vous publiiez fréquemment. Aujourd’hui, vous êtes connu pour être le YouTuber qui fait languir et ne publie quasiment qu’une vidéo par an… Est-ce pour mieux construire vos vidéos ou un besoin personnel de prendre du recul ?

Quand j’ai commencé à faire l’émission, je publiais une vidéo par semaine. Puis une tous les quinze jours. Puis une par mois, ou tous les deux mois. Maintenant si je prends plus le temps, c’est surtout afin de mieux travailler les vidéos. Une vidéo, si elle est mauvaise, elle est mauvaise pour toujours. Il faut faire attention à ça.
Paradoxalement et d’un point de vue purement statistique, “What the Cut !” n’a jamais aussi bien marché que depuis que je publie moins. Je n’ai de toute façon pas de craintes car même si le nombre de vues baisse, je pourrai toujours en vivre. Ce qui compte c’est que j’aime ce que je fais, que mes proches aiment ce que je fais et que la majorité apprécient.

Vous avez aujourd’hui presque 2 400 000 abonnements sur votre chaîne YouTube et chaque vidéos passe aisément le million de vues. Cela fait de toi un des plus gros YouTubers français. Comment abordez-vous cette notoriété ?

Cela dépend. Au début, c’était compliqué. Ça me faisait peur et je n’osais plus trop sortir. Je n’avais pas envie qu’on me regarde du coin de l’œil dans la rue ou qu’on vienne me parler. La chaîne a mis beaucoup de temps à monter, mais à partir du moment où elle a décollé, cela s’est fait à une vitesse pas possible. Je suis passé en un mois et demi du parfait inconnu au mec qui se fait reconnaître dans la rue, un peu comme un interrupteur passé sur “on” sans prévenir. Maintenant, je le vis plutôt bien. Bon évidemment il y a un peu moins de quinze jours dix personnes se sont pointées devant chez moi. Ça, par exemple, c’est moins agréable quand ça arrive. D’une manière générale, j’essaie d’être toujours aimable, même si c’est parfois plus difficile. Evidemment en trois ans, il y a nécessairement eu des moments où ça n’allait pas dans ma vie privée, où on m’a reconnu et je n’ai pas été forcément agréable. Mis à part ces cas-là, quand on vient me parler, qu’on me demande une photo, je dis toujours oui. Je préfère mille fois qu’on vienne me demander une photo plutôt que d‘être scruté du coin de l’œil pendant un long moment. Se sentir observé est vraiment pesant et horrible. Je n’ai pas vraiment changé mon mode de vie, mais j’évite de passer devant les lycées !
Finalement les conventions sont les meilleurs lieux pour rencontrer les gens “IRL” [In Real Life – dans la vraie vie – NDR]. Dans un bar, par exemple, si je parlais aux gens, cela créerait une émeute, je mourrais sûrement ! Les conventions permet de cadrer les rencontres, de poser des horaires et de faire en sorte que je sois entouré voire protéger parfois.
Cette notoriété – je pense qu’il faudrait que beaucoup de gens connus en prennent conscience – apporte surtout une certaine forme de liberté plutôt que de la supprimer. Si je n’étais pas connu, je ne pourrais jamais faire ce que je fais, sous cette forme-là. Comme j’ai beaucoup de vues pour mes vidéos, je peux me permettre de prendre le temps de bosser la suivante, voire de faire quelque chose de différent, elle sera quand même regardée. Peut-être moins que mes vidéos habituelles, mais elle sera regardée quand même. Et cette liberté-là, c’est vraiment génial.

En 2007-2008, vous teniez le site « Le paon qui gueule » avec des amis. Il référençait des vidéos délirantes. Ce site est-il l’ancêtre de “What the Cut !” ?

Non, pas du tout. Le « paon qui gueule » était un site, monté avec deux amis, qui répertoriait des vidéos complètement “random” qui nous faisaient rire. Mais ce n‘était pas des vidéos dont je pourrais traiter dans “What The Cut !” tellement c‘était n’importe quoi. Il y avait des vidéos de trois secondes sur Dailymotion. C’était vraiment des vidéos idiotes !

Pourquoi avoir créé une seconde chaîne, La Mezzanine, et non avoir ajouté une autre playlist ?

J’avais envie de scinder les deux. Je poste sur La Mezzanine des choses que je n’aurais jamais pu sortir sur la chaîne principale. Par exemple ma vidéo de chatons trop mignons postée sur La Mezzanine : elle s’est faite défoncer ; je n’imagine pas sur la chaîne principale. Je ne sors finalement presque pas de vidéos sur La Mezzanine, mais je sais que si à un moment j’ai envie de sortir une vidéo vraiment “random”, j’ai l’endroit pour la poster. C’est pour me faire plaisir. Ça peut être tout et n’importe quoi, du délirant comme du sérieux. Ma vidéo 20 conseils pour Youtubers] est très sérieuse. J’y donne vingt conseils que j’estime vraiment importants si on veut se lancer dans de la création de vidéos sur internet. Certains postent des vidéos politisées mais, même si j’ai des opinions évidemment, ils le font mieux que moi. Certains vidéos sur La Mezzanine auront des messages « politisés » mais ce sera surtout sur la liberté sur internet, la création sur internet… C’est plutôt sur ces thèmes que je m’engage dans mes vidéos.

“le ‘YouTube game’ n’existe pas”

Il semble exister une sorte de profil-type à avoir pour réussir sur YouTube. Or, vous cassez ces codes, et paraissez détester cette mode, comme vous l’expliquez dans l’introduction du dernier “What the Cut !”. Quel regard portez-vous sur l’univers des vidéastes YouTube ?

J’en parlais tout le temps à mes proches ; j’en avais vraiment ras-le-bol. Il y a plein de choses qui ne vont pas. Cette introduction est métaphorique mais porte, sous couvert d’humour et de légèreté, un vrai message qui, j’espère, a poussé certains à la réflexion.
Il existe une course à l’argent, une course à la célébrité. Je suis persuadé que si les compteurs YouTube n’étaient pas visibles, si le nombre de vues et d’abonnés étaient invisibles, on aurait pas du tout les mêmes vidéos actuellement. Il faut rester critique : critiquer ce qui est critiquable et féliciter ce qui peut l’être.
Juste une parenthèse : je déteste le terme YouTuber. Je trouve que c’est un coup marketing de génie de la part de Google d’avoir réussi à faire entrer un néologisme du nom de leur entreprise dans le langage courant, terme que les utilisateurs eux-mêmes sont ravis d’utiliser. Encore une fois – j’utilise souvent cette formule – un mec qui poste sur France 3 on ne dit pas que c’est un FranceTroiser. On dit que c’est un réalisateur, un acteur, un cadreur, un présentateur, ce qu’on veut, mais pas un FranceTroiser. Je ne vois pas pourquoi on ferait ça pour YouTube. Le vrai terme est vidéaste. Il y a une différence à faire. Oui je poste mes trucs sur YouTube mais je ne suis pas attaché à cette plateforme. Je m’en fous de YouTube. Si ça s’effondre et qu’un autre site prend sa place, je n’arrêterai pas de faire des vidéos, j’irai sur l’autre site. Est-ce qu’on m’appellera encore YouTuber ? Ça n’a aucun sens…

Pensez-vous qu’internet s’est aseptisé ?

Oui, on retrouve beaucoup la même chose. Les gens ont compris que c’était un business, qu’on pouvait en vivre. J’arrive à correctement en vivre et à financer un épisode comme What The Cut ! 37 tout en ne sortant pas de vidéos pendant six mois, alors imaginez si j’en sortais une par semaine !
Il y a beaucoup d’argent sur YouTube, et les gens s’en rendent compte. Du coup ils se lancent sur YouTube non pas parce qu’ils aiment faire des vidéos, mais parce qu’ils ont un plan de carrière. Ils se disent « je veux être connu », « je veux gagner de l’argent, côtoyer des gens célèbres » et je trouve ça horrible. Quel dommage ! Tout le côté publicitaire, les placements de produits, les opérations spéciales, les vidéos dédiées ! Franchement, j’ai l’impression que les gens ne se rendent pas compte qu’on a un Eldorado. Et on construit des McDonalds dessus. C’est un truc de fou !
Pour reprendre la formule de Dany Caligula dans sa dernière vidéo sur l’argent et YouTube, vidéo que je conseille énormément : « ce n’est pas grave s’il y a des placements de produits ou pas, ça ne changera pas grand-chose, mais c’est profondément triste ». Je suis tout à fait d’accord avec lui.
D’autres part, je suis pour un internet totalement libre, où on essaie des choses, où la vie privée est respectée, où il y a beaucoup de choses en open source, où la neutralité du net est respectée… Hadopi c’est du pipi de chat ; d’autres lois sont bien plus liberticides : l’état d’urgence, la loi de la programmation militaire… Je n’accepte pas forcément les lois, mais que je ne les accepte ou pas, je les vis. Si certains ont envie de réfléchir à ces questions, voire de s’engager, je leur conseille d’aller voir des sites comme la Quadrature du Net, ou Framasoft. Ces sites très intéressants peuvent être une porte d’entrée pour réfléchir collectivement à des modèles alternatifs, et dénoncer des pratiques qui ne vont pas.

En parlant de contrôler, YouTube semble de plus en plus surveiller les vidéos. A lancer des insultes à l’intention des spectateurs en début d‘épisode, à choisir des vidéos parfois dérangeantes, ne craignez-vous pas que Google se dise que vous en faites un peu trop ?

Non. je respecte toujours plus au moins les règles. Je censure ce qu’il faut censurer. Il n’y a pas de propos raciste ou qui incite à la haine … Les gens voient bien que c’est du second degré. J’ai vraiment de façon rarissime eu quelqu’un qui s’est senti outré de l’insulte de début de vidéo. Puis s’ils ne comprennent pas c’est que cette chaîne-là n’est pas faite pour eux… qu’ils ne restent pas pas là !

Pourtant pas mal de YouTubers ont eu des soucis ces derniers temps, devant parfois re-uploader leurs vidéos. Ce n’est pas votre cas ?

Non, je suis très protégé. Les problèmes que j’ai sont plutôt des problèmes de droits d’auteurs, sur les musiques ou les extraits de vidéos utilisés. Treize de mes vidéos sont démonétisées, dont la plus vue, la spéciale Russie. Je ne touche plus d’argent dessus depuis qu’elle a passé les 15 millions de vues. A cause des droits d’auteurs.

YouTube, est-ce un petit monde ou un univers illimité de chaînes toutes différentes ?

J’ai rencontré quasiment tout le monde ou les ai croisés à différents événements ou sur Skype. Le monde des créateurs sur internet peut être assez petit, mais il est très hétérogène. Je trouve que ça n’a aucun sens de comparer un créateur à un autre. Ce sont des personnalités différentes, avec des histoires différentes, des approches, des valeurs différentes. Donc pour moi ce qu’on appelle le “YouTube game” n’existe pas.
On retrouve quand même des motifs tacites qui sont identiques à pleins de choses déjà existantes. A une époque, Norman et Cyprien ont popularisés le podcast et les sketchs sur des choses du quotidien en face caméra. Ça beaucoup marché. Comme ça a beaucoup marché, énormément de personnes se sont lancées là-dedans. Récemment, on a vu des chaînes scientifiques de vulgarisation comme e-penser, axolot ou Dirty Biology qui marchaient bien et d’un seul coup bam, explosion de chaînes de vulgarisation. J’ai envie de dire : “vous étiez où ? C’est étrange, non ? Non, le truc c’est que vous avez] vu que ça marchait et du coup vous vous êtes dit : je vais faire de la vulgarisation parce que c’est ce qui marche en ce moment”. C’est le problème avec les compteurs visibles. Ça nous influe sur nos propres créations. Quand untel fait 1 million de vue sur tel type de vidéo, tu te dis “je vais faire un truc un peu pareil”. Il faut donc garder un regard critique – quand je dis critique ce n’est pas mauvais, c’est avoir l’esprit critique – par rapport à tout ça

Est-ce que vous aimeriez vous exporter ailleurs que sur le web, comme les vidéastes Norman, Cyprien ou Rémy Gaillard ?

Je ne suis pas comédien. Enfin si, mais ce n’est pas mon activité principale. Je m’intéresse plus à la réalisation, au montage, à l’écriture, qu’à la comédie en elle-même. J’aime bien jouer bien sûr, mais ce n’est pas ce que je préfère donc non, je ne monterai pas sur les planches. La télévision ? C’est totalement hors de question ! Pourquoi abandonner la liberté que j’ai sur internet pour aller sur la télévision ? Un média archaïque, totalement obsolète. Le seul médium qui pourrait m’intéresser est le cinéma. Si je devais faire un long métrage je pense que je le ferais à la façon des Suricates et leur film les Dissociés avec une sortie sur le web et des projections ponctuelles dans des salles de cinéma à droite à gauche. Mais je resterais sur internet, parce qu’une fois que tu as goûté à cette liberté tu ne peux plus t’en passer.

Vous avez souvent dit que votre vidéaste préféré était Tomska. Vous aviez même avoué avoir projeté de faire des vidéos dans la même veine que la star anglaise. Est-ce toujours d’actualité ?

C‘était un point de référence ; ça ne serait pas vraiment la même chose mais avec cette touche d’humour absurde.
Je suis très fan des Britanniques. C’est mon peuple préféré ! Vidéo sur internet, cinéma, série musique… J’aime beaucoup de choses qui sortent de là-bas. Sur le web, ceux que je connais font partie des meilleurs. Ils ont des séries d’une qualité incroyable, et nous on peine ! En termes de créateurs, on est tout aussi bons qu’en Angleterre ou aux Etats-Unis, ce sont les producteurs qui sont tellement frileux… C’est fou à quel point on manque de variété ; on nous ressert tout le temps la même soupe. Mimi Mathy fait partie des acteurs les mieux payés au monde pour Joséphine Ange Gardien. C’est-à-dire qu’elle est mieux payé pour un épisode que n’importe quel acteur de Games of Thrones, c’est incroyable de se dire ça.

Quelle est votre dernière chaîne YouTube coup de cœur ?

Parmi les chaînes anglophones, je ne saurais que conseiller Every frame a painting", une chaîne qui parle de cinéma, mais sous la forme d’analyse de séquences de film ou toute la carrière d’un réalisateur, ses techniques de réalisation et sa façon de s’exprimer à travers la cinématographique. Cette chaîne fait prendre conscience de pleins de choses. Elle rappelle que l’on peut communiquer de mille façons différentes rien qu’avec la façon dont tu positionnes ta caméra, le moment où tu coupes dans un plan, un mouvement de caméra, avec la scénographie…
Parmi les chaînes francophones, je ne vais pas parler de celles que j’ai sélectionnées dans “Le 29 avec Antoine Daniel” donc… je vais en choisir une drôle, une dont je voulais parler depuis longtemps : Turfu Gaming. C’est ma chaîne de gaming préférée sur YouTube.

Quelle est la prochaine convention à laquelle vous participez ?

La prochaine que je fais est Neocast à Strasbourg. Je serai ensuite au GeekFaeris dans le Centre.

Question obligatoire : avez-vous déjà la date de sortie de votre prochaine vidéo ?

Je ne donne pas de date tant que je ne suis pas sûr pour “What the Cut !” En attendant, il y aura “Le 29 avec Antoine Daniel” le prochain 29 du mois.