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Et si votre médicament était une contrefaçon ?


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Et si votre médicament était une contrefaçon ?

Sirop contre la toux contenant de l’antigel, faux contraceptifs, sirops contre les poussées dentaires fabriqués à partir de liquide de batterie pour voitures, fausses lentilles de contact ou encore produits expirés ou volés…

La contrefaçon de médicaments est 20 fois plus rentable que la vente de drogue, et c’est un phénomène en constante augmentation.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, chaque année entre 100 000 et 1 million de personnes sont victimes de la contrefaçon de médicaments. Difficile d’avoir une fourchette plus précise étant donné qu’on parle d‘économie souterraine.

Contre ce phénomène en progression constante, depuis le 1er janvier 2016, la Convention Médricrime a été lancée pour lutter contre la contrefaçon de médicaments en ligne sur internet.

Selon Bernard Leroy, président de l’IRACM, 62 % des médicaments achetés en ligne dans le monde sont frauduleux.

Mais pour l’heure, seuls cinq pays sur 47 ont ratifiée cette convention européenne. Et l’IRACM appelle les autres à la mettre en application.

Cette pratique inquiétante sur le net concerne les médicaments les plus courants, mais aussi ceux destinés aux pathologies lourdes telles que les cancers ou les maladies cardiovasculaires.

Les médicaments contrefaits peuvent contenir des principes actifs en sur- ou sous-dosage ou encore des substances toxiques.

Selon l’OMS, sur un million de décès annuels dû au paludisme, 200 000 auraient pu être évités avec des médicaments de bonne qualité.

En 2009, par exemple, 84 décès ont été enregistrés au Nigeria à cause de sirop contre la toux à l’antigel.

Selon une enquête menée en 2005, au Kenya, 30 % des médicaments étaient contrefaits, certains ne contenaient rien de plus que de l’eau et de la craie.

Comment évaluer en termes financiers la mort d’un enfant qui succombe durant une intervention chirurgicale parce que l’injection qui devait réanimer son cœur ne contenait pas de l’adrénaline mais de l’eau ? Le prix de la corruption dans le secteur de la santé se traduit par de la souffrance humaine“ déclarait la Canadienne Huguette Labelle, lorsqu’elle était présidente de Transparency International (2005-2014), qui se décrit comme la principale organisation de la société civile qui se consacre à la transparence et à l’intégrité de la vie publique et économique.

Plus rentable que la vente de drogue

La contrefaçon de médicaments permet de gagner très vite beaucoup d’argent sans prendre trop de risques. Elle rapporte 10 à 25 fois plus que la fausse monnaie et 20 fois plus que le trafic de drogue, tout en étant plus facile, plus rapide (voie postale) et moins risquée (corruption généralisée, sanctions très faibles).

Quelles sanctions contre les trafiquants ?

Dans la plupart des pays, les peines encourues pour la falsification de médicaments sont équivalentes à celles auxquelles un délinquant s’expose pour contrefaçon de T-shirts, de DVD ou de sacs à main de marques par exemple, et les risques pénaux sont inférieurs à ceux encourus pour trafic de cocaïne, de crack ou d’héroïne, selon l’IRACM, l’Institut internationale de recherche anti contrefaçon de médicaments.

Un exemple, à Bogota, en 2001, suite à une saisie de 20 000 médicaments contrefaits, dix trafiquants, qui avaient été pris en flagrant délit, ont été arrêtés. Tous ont été libérés sous caution quelques jours plus tard…

Considérant le risque d’empoisonnement de la population, certains spécialistes demandent à ce que commercialiser ou trafiquer un médicament soit pénalisé au même titre qu’un crime, et non plus considéré simplement comme un délit.

La population n’est pas assez informée 

Prés de 82 % des Français reconnaissent que s’ils avaient su que le médicament acheté en dehors des systèmes légaux de santé pouvait être une contrefaçon, ils ne l’auraient pas acheté, selon l‘étude “Cracking Counterfeit Europe”, menée pour le compte de la société pharmaceutique américaine Pfizer.

Une autre enquête menée par le cabinet Happycurious pour Sanofi auprès de 5 000 personnes en Europe montre que seul un Européen sur cinq associe les risques de contrefaçon aux médicaments.

Seuls 20 % des interrogés associent la contrefaçon aux médicaments, loin derrière le luxe, les vêtements ou l‘électronique“, indique Caroline Atlani, coordinatrice de la lutte anti-contrefaçon chez Sanofi.

En France, l’IRACM vient de lancer une campagne de sensibilisation sur le net et elle conseille de se rendre sur le site de l’Ordre des pharmaciens pour consulter la liste des sites autorisés à la vente de médicaments en ligne. En voici le lien.

Spot de sensibilisation

Quels sont les pays les plus touchés?

La criminalité liée à la contrefaçon de produits médicaux n’épargne aucun pays. Ces contrefaçons concernent autant les pays pauvres, aux structures fragiles, que les pays riches comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.

En première ligne, on trouve les pays aux structures fragiles avec des taux de 30 à 70 % de médicaments contrefaits dans certains Etats d’Afrique subsaharienne, d’Asie du Sud-Est ou d’Amérique latine.

Exemple, en septembre 2014, un sévère contrôle douanier réalisé dans quinze ports du continent africain avait permis de saisir en 9 jours 113 millions de médicaments contrefaits.

Mais les Etats-Unis, avec des dizaines de millions de personnes sans couverture maladie, sont aussi l’une des cibles privilégiées des trafiquants, notamment sur le net.

Quant à la France, son système de santé unifié et sécurisé, la protège assez bien contre ce fléau.
Mais, si la qualité de son réseau de distribution officinale la met à l’abri de trafics de médicaments de grande ampleur, cela n’empêche pas le trafic.

A Marseille, deux intermédiaires français qui avaient organisé l’importation en Europe de médicaments contrefaits, fabriqués en Chine, viennent d‘être envoyés devant un tribunal correctionnel. (février 2016)
Le premier, gérant de fait d’une société offshore installée à l‘île Maurice, et la seconde, responsable d’une entreprise implantée à Nice, proposaient à des distributeurs et des grossistes deux médicaments contrefaits : le Plavix et le Zyprexa.

En juin 2015, 1,07 million de comprimés et 1,1 tonne de médicaments falsifiés (de contrebande ou de contrefaçon de produits pharmaceutiques) ont été saisis par la douane en France, essentiellement des érectiles, des produits de régimes et des substances dopantes.

Si on focalise sur internet, l’IRACM estime qu’“en Roumanie et en Hongrie, 30 % des médicaments commandés en ligne sont frauduleux, contre 10 % en Russie, 60 % en Afrique et 1 % en France”, où les pharmaciens sont les seuls autorisés à vendre des médicaments sur internet depuis 2013.

Pangea VIII

La dernière opération de grande envergure contre le crime pharmaceutique, coordonnée par Interpol, a été menée du 9 au 16 juin 2015, dans 115 pays.

Nommée Pangea VIII, elle a abouti à 156 arrestations et à la saisie de 20,7 millions de médicaments potentiellement dangereux, d’une valeur de 81 millions de dollars américains.

2 414 sites illégaux de commerce électronique de médicaments ont été fermés et 550 annonces publicitaires pour de produits pharmaceutiques illicites ont été suspendues.

Parmi les produits saisis, des traitements pour l’hypertension artérielle, la dysfonction érectile, le diabète, des médicaments traitant le cancer, et des compléments alimentaires.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de l’IRACM .

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