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Les MOOCs, un plus pour votre CV !


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Les MOOCs, un plus pour votre CV !

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Ancien professeur des écoles en classes primaires, Pierre Dillenbourg a ensuite fait des études de sciences psycho-pédagogiques à l’Université de Mons, complétées d’une thèse de doctorat en informatique à l’Université de Lancaster, dans le domaine de l’intelligence artificielle appliquée à l‘éducation. Il débute à l’ Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne en 2002 où il est professeur associé en pédagogie et technologies de formation. Il dirige le CHILI Lab (Computer-Human Interaction for Learning & Instruction) ainsi que le Centre de l‘éducation digitale dont les MOOCs sont suivis par plus d’un million d’utilisateurs.

Beaucoup de MOOCs ont un niveau exigeant

Andrea Büring, euronews : “Pourquoi est-ce que la plupart des MOOCs ont un taux de décrochage assez élevé ?”

Prof. Pierre Dillenbourg, EPFL : “Parce que l’inscription ne coûte rien et ne demande qu’un seul clic. Donc ce qu’on constate c’est qu’environ 40% des gens qui se sont inscrits se rendent compte dès la première vidéo que le cours ne correspond pas à leurs attentes, qu’il est trop facile ou trop difficile ou trop concret ou trop théorique. Ensuite dans les 60% de ceux qui s’engagent vraiment, il y a quand même la moitié qui le font un peu à la carte, c’est-à-dire qu’ils prennent le MOOC comme un Wiki, ceux-là sont très contents. Ils trouvent dans le MOOC ce qu’ils cherchent. Et enfin un petit quart s’inscrit vraiment pour aller jusqu’au bout. Effectivement, ils n’y arrivent pas tous parce que ce sont des MOOCs difficiles du même niveau exigeant que les cours de l‘école Polytechnique Fédérale de Lausanne, une école d’ingénieurs pointue…”

euronews : “Quels caractéristiques est-ce qu’un MOOC doit avoir pour avoir du succès ?”

P. Dillenbourg : “Pour les MOOCs, ce sont deux choses:la participation et le succès en termes de “Ai-je vraiment appris quelque chose ?”.
Niveau participation, les MOOCs qui ont un grand succès sont ceux qui apportent une valeur ajoutée sur le marché de l’emploi.
En ayant suivi un MOOC, ou des séquences de trois, quatre MOOCs, sur un sujet particulier, vous obtenez un certificat, un petit diplôme qui est reconnu par vos employeurs. En Cela, je pense particulièrement au Mooc de programmation, qui attire beaucoup de gens.
Ensuite qu’est-ce qui fait qu’un MOOC nous permet de bien apprendre ou de moins bien apprendre ? Cela dépend essentiellement de ce que va faire l‘étudiant durant ce MOOC. Ces informations ne deviennent de la connaissance pour l’apprenant qui si l’on doit les traiter, les appliquer, les synthétiser, les organiser. Et là, chaque semaine, il doit faire des travaux et rendre des devoirs. Donc, c’est la qualité de ces travaux qui est importante. Donc c’est la qualité des activités entre les vidéos. “

euronews : “Mais comment rendre les MOOCs plus attractifs pour les utilisateurs ?”

P. Dillenbourg : “Ce que les gens viennent chercher dans un MOOC, c’est de la compétence. Donc même s’ils ont des contraintes dans la vie mais qu’ils ont l’impression que les connaissances qu’ils acquièrent dans les MOOCs sont valables, ils vont rester.
Qu’on soit clair : Dans nos cours online, on essaie de faire la plus grande qualité d’image et de son, mais personne ne viendra uniquement parce qu’il y a des effets spéciaux. On ne fait pas du Spielberg. Ce qui compte, c’est la qualité du contenu, la précision, la clarté des explications et la pertinence des activités d’apprentissage.”

euronews : “Est-ce qu’il faut personnaliser les MOOCs ?”

P. Dillenbourg : “C’est une hypothèse qu’explorent toutes les plateformes de MOOCs. C’est-à-dire le fait d’avoir un accompagnement plus proche des étudiants, d’avoir des coachs qui suivent l‘étudiant et qui le relance, augment très vraisemblablement le niveau de réussite. Mais dans ce cas-là, on rentre dans un modèle financier. On n’est plus dans des objets gratuits. On ne peut pas si on a dix mille participants avoir 50 coachs gratuitement à disposition des étudiants.
Le modèle des MOOCs repose sur le fait que lorsque l’on passe de mille à dix mille étudiants, les coûts supplémentaires sont marginaux.
Lorsque l’on rentre dans des approches plus personnelles, on n’est plus dans le MOOC de base gratuit, mais on adhère à un modèle plus proche de ce qu’l’on appelle les Open Universities, où les cours coûtent 250 Francs Suisses par exemple. Ou même, dans certaines Business School, 2500 Francs.”

Des classes inversées grâce au MOOCs

euronews : “Est-ce que les MOOCs pourraient vraiment remplacer les cours à la fac ?”

P. Dillenbourg : “Je pense que pour les étudiants qui viennent sur notre campus fantastique, pour travailler avec les profs et les rencontrer et aller dans les laboratoires, c’est une chance exceptionnelle. Mais cette chance n’est pas donnée à tout le monde.
Donc on se dit que cette connaissance qu’on met à disposition de nos étudiants, parce que les MOOCs sont d’abord utilisés par nos propres étudiants, c’est un coût marginal pour nous de les mettre à disposition pour le monde entier.
Alors, comment utilise-t-on les MOOCs avec nos propres étudiants ? On ne leur dit pas : Le prof est à la plage…Suivez le MOOC et on se voit pour l’examen. Non, ce qu’on fait, c’est que dans certains cours le prof invite les étudiants à regarder la vidéo à la maison avant le cours. Quand les étudiants viennent sur le campus, ils ont des choses plus interactives que de juste écouter un prof.
L’idée derrière cette classe inversée, c’est qu’il y a davantage de contacts entre le prof et les étudiants puisque le transfert de connaissances a été fait par vidéo, alors le prof est plus disponible pour avoir un contact un peu plus personnel avec l‘étudiant.”

euronews : “Alors, d’après vous, un MOOC c’est plutôt un complément sur un CV ?”

P. Dillenbourg : “Quand il y a deux étudiants qui ont le même diplôme, mais que l’un entre eux a pris l’initiative d’aller prendre quelques MOOCs dans de grandes institutions, en tant qu’employeur, je me dirais “Tiens ce gars /cette dame, il/elle en veut. Il/Elle ne s’est pas contenté(e) de suivre les cours obligatoires, il/elle est allé(e) plus loin que ça.” Ça, c’est pour les diplômes universitaires.
Pleins de diplômes apparaissent avec les MOOCs, pouvant être de nivaux moindres, ou centrés sur des compétences techniques : programmation dans certains environnements, comme iOS,où l’on peut acquérir en quelques MOOCs une vraie compétence certifiée. Donc là, il y a certaines compétences disons plus opérationnelles, moins académiques qu’on peut tout de suite vérifier à la fin d’un MOOC.”

Des Milliers de jeunes Africains qui suivent des MOOCs


euronews : “Quel pourrait être le futur des MOOCs, par exemple, en Afrique ?”

P. Dillenbourg : “Le futur des MOOCs en Afrique, il est inconnu. On ne prédit pas le futur. On y travaille, c’est-à-dire qu’on est très actif dans les pays francophones subsahariens pour accompagner les universités de ces pays-là à travailler avec nous dans l’utilisation et le co-développement des MOOCs.
Il y a beaucoup de difficultés là-bas. On travaille un peu au cas par cas avec chaque université. Mes collègues qui travaillent dans les pays africains sont chaque fois émerveillés de l’intérêt qu’il y a pour ces gamins de pourvoir accéder aux connaissances que nous offrons à nos propres étudiants.
Il reste des milliers de gamins tout-à-fait smart qui n’ont pas cette chance de faire des études à l‘étranger et qui sont très enthousiastes de pouvoir accéder à ces cours en ligne.
Ceci étant dit, c’est difficile. Les infrastructures ne sont pas là. Google a promis de couvrir l’Afrique avec des ballons pour qu’il y ait du WIFI partout. On en est loin. Donc il n’y a pas de miracles. Mais on a déjà de milliers de jeunes adultes africains qui ont suivent nos MOOCs. Et en soit, c’est une grande victoire.”

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