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Natif de la région sinistrée de Tchernobyl et nostalgique


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Natif de la région sinistrée de Tchernobyl et nostalgique

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Oleksandr Sirota vit près de la zone d’exclusion de Tchernobyl (Ukraine). Ses souvenirs d’enfant sont étroitement liés à Pripyat, la ville la plus contaminée à la suite de l’accident nucléaire du 26 avril 1986. Oleksandr avait neuf ans quand il en a été évacué.

Il nous a emmenés sur les lieux de son enfance. Il y accompagne régulièrement des groupes de touristes et des équipes de télévision. Nous avons passé le point de contrôle situé au sud de la zone d’exclusion, et nous avons alors traversé une ville fantôme. Là où il vivait il y a trente ans.

“Ici, c’est la place principale de Pripyat, commente-t-il. En face de nous, vous pouvez voir le Palais de la culture. En réalité, c‘était ma deuxième maison, car ma mère y travaillait. Et ceci est une photo de l’avenue Lénine où nous nous trouvons actuellement. Elle date de 1985/1986. Avant l’accident.”

“Quelque part sous ces décombres se trouve l’entrée de ma salle de classe à l‘époque de l’accident, poursuit-il. Le 26 avril, mes camarades et moi, nous étions allés à l‘école le matin sans avoir la moindre idée de ce qui s‘était passé dans la centrale nucléaire (l’accident s‘était produit dans la nuit, ndlr).”

Oleksandr a été évacué seulement le lendemain de l’explosion du réacteur. En raison de son exposition aux radiations, il est resté hospitalisé pendant 20 mois. Il nous a demandé d‘être prudents parce que la radioactivité est toujours là. Il nous a en particulier dit de ne pas trop approcher de la végétation et de se protéger de la poussière.

“Le niveau de rayonnement Gamma est ici cinq fois supérieur aux standards sanitaires, précise-t-il. Cela vaut pour ce secteur précis donc ne signifie pas que toute la ville soit touchée de la même façon. Dans certains endroits, c’est pire ; dans d’autres, c’est plus propre. Pourquoi est-ce que je n’ai pas peur ? D’abord, je reviens ici chez moi. Et puis, cette ville, pendant des années, j’ai seulement pu la rêver.
Ensuite, les doses que les habitants de Pripyat ont reçues en 1986 ont
été tellement élevées que nous n’en recevrons même pas le quart pendant tout le restant de nos vies.”

Alors que Pripyat a été totalement abandonnée, des gens retournent vivre dans leurs villages situées dans la zone d’exclusion, malgré la radioactivité et bien que ce soit illégal. Ivan Semenyuk est l’un des six habitants du village de Parishiv, à 7 km de la ville de Tchernobyl. Il est rentré dans son village deux ans après la catastrophe.

Il a des poulets et un cochon. Il cultive des fruits et des légumes. Il les mange. Ainsi que des champignons et des baies trouvés dans la forêt.
“Des Allemands sont venus réaliser des tests sur notre sol, sur le bois de chauffage, sur les cendres, ils ont tout vérifié et tout était bon”, se rassure-t-il. Le dosimètre d’Oleksandr le confirme : les standards sanitaires sont respectés.

Des experts de l’Académie nationale des Sciences de Kiev expliquent
que certains villages situés dans la zone d’exclusion peuvent être relativement propres dans la mesure où les rejets de radioactivité n’ont pas été les mêmes partout. Cela ne veut toutefois pas dire qu’il est à 100% sûr d’y vivre. Par exemple, les champignons et les baies qui poussent dans la forêt sont susceptibles d‘être hautement contaminés.

“Il est strictement interdit de manger ces produits, prévient Yurii Zabulonov, de l’Institut de géochimie environnementale de l’Académie nationale des Sciences de l’Ukraine. Le faire peut affecter non seulement la personne qui les a ingérés mais aussi les générations suivantes.”

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