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Jamala : "La politique ? Jamais !"

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Jamala : "La politique ? Jamais !"

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Pour la deuxième fois de son histoire, l’Ukraine a remporté le concours de l’Eurovision. Cette année, c’est Jamala, une Tatare de Crimée qui a remporté le prestigieux trophée. Elle est l’invité de Maria Korenyuk, dans Global Conversation.

“Jamala, merci d’avoir accepté notre invitation. Félicitations pour cette victoire. J’aimerais savoir si vous vous attendiez à gagner. Est-ce que cela a été facile ou difficile de l’emporter ?”

- “Je peux vous dire que ça n’a pas été facile, ça c’est sûr ! C‘était difficile parce que ma chanson sort du cadre habituel de cette compétition. Dès le départ, on m’a dit qu’elle était bizarre, triste, etc. L’Eurovision ce sont des souvent des chansons légères alors que moi j’ai présenté un titre très intime, très personnel”.


Biographie express

  • Jamala, de son vrai nom Susana Jamaladinova est une chanteuse, compositrice et comédienne ukrainienne.
  • Elle est née en 1983 à Osh, au Kirghizistan, qui faisait à l‘époque partie de l’URSS. À la fin des années 1980, sa famille a déménagé dans la péninsule de Crimée, en Ukraine, la région d’origine de son père. L’Ukraine faisait également partie de l’URSS.
  • Jamala est diplômée de l’académie ukrainienne de musique en tant que chanteuse d’opéra.
  • Elle chante en ukrainien, tatar, russe et anglais.

“Votre chanson s’appelle “1944”. C’est une année tragique pour les Tatars de Crimée puisque c’est en mai 1944 que Staline a ordonné leur déportation. Cette chanson, c’est l’histoire de votre famille. Que s’est-il passé pour les membres de votre famille à l‘époque ?”

- “Cela remonte au 18 mai 1944 vers trois heures du matin. Des agents du NKVD sont arrivés chez mes arrière-grands-parents et ils ont dit “Prenez vos affaires !”. Ils leur ont donné 15 minutes. Mon arrière-grand-mère, Nazalkhan, avait cinq enfants : quatre garçons et une fille. Ils ont été poussés dans un train et expulsés de Crimée pour être déportés en Asie centrale. Mon arrière-grand-mère a passé plusieurs semaines dans ce train, sans eau ni nourriture. Pendant le trajet, elle a perdu sa fille. J’ai réalisé que j’avais envie de raconter cette histoire”.

“En 2014, des événements ont bouleversé la Crimée. Vous savez de quoi je veux parler : l’annexion de la péninsule par la Russie et l’oppression, la répression, des Tatars de Crimée. Comment ces événements récents ont influencé l‘écriture de votre chanson ? Ont-ils été un déclencheur pour vous ?”

- “Je peux dire que ces événements m’ont rendu très triste. Ils m’ont certainement influencé dans l‘écriture de ma chanson. Cependant, je souligne que j’ai écrit ce titre spécifiquement pour évoquer l’année 1944. C’est d’ailleurs pour cela que je l’ai baptisé “1944”.

“Jamala, vos parents vivent toujours en Crimée, au sein de la communauté tatare, qui fait l’objet d’une répression. Qu’est-ce que votre victoire à l’Eurovision a changé pour vos parents ?”

- “Ils ont reçu beaucoup de félicitations. Beaucoup d’inconnus sont allés chez eux pour leur dire bravo. Certains leur ont dit leur gratitude, certains ont apporté des gâteaux… Le soir où j’ai gagné, il y a même des habitants qui ne sont pas pro-Ukrainiens qui ont dit que c‘était leur victoire à eux aussi. C‘était peut-être éphémère mais pendant quelques jours, les gens se sont sentis unis”.

“Comment est né votre amour de la musique ?”

- “Ce sont mes parents qui me l’ont donné. Ce sont des musiciens. Mon père est accordéoniste, ma mère joue du piano. Elle a été professeur de musique, elle donne encore des cours. À la maison, on faisait des fêtes de famille où tout le monde chantait des chansons ukrainiennes, grecques, arméniennes, azéries. Il y avait toujours de la musique dans la maison, beaucoup de musique”.

“Comment vous êtes-vous préparée avant de monter sur scène ? Avez-vous une routine, un rituel spécial ? Comment se mettre en condition avant d’interpréter une chanson si personnelle et réussir sa prestation ?”

- “Pour la chanson “1944”, c‘était très difficile. J’ai essayé d’imaginer ce que j’aurais pu ressentir si on avait été en 1944. C’est un concours de chant, on passe les uns après les autres. Et moi je devais passer après quelqu’un qui chantait une chanson légère… Et là, c’est à vous et vous avez seulement trois minutes pour vous exprimer. Quand je suis montée sur scène, mes yeux étaient remplis de larmes. J‘étais vraiment très émue. De toute façon, si vous faites semblant d‘être bouleversé, ça ne marche pas. Personne ne peut vous croire.”

“Jamala, vous avez rencontré le succès, et pas seulement en Ukraine. Vous avez débuté une carrière de comédienne. Et maintenant vous êtes impliquée dans le domaine public. Le président ukrainien Poroshenko vous a nominée pour devenir ambassadrice de l’Unicef et vous avez été approchée par des partis politiques. Êtes-vous prête à vous engager dans une autre voie que celle de la chanson ?”

- “Oh, je ne le souhaite pas, non. Vous savez ce que je me suis dit quand je suis rentrée en Ukraine après ma victoire ? Je me suis assise et je me suis dit : “J’aimerais écrire un nouvel album. Me cacher quelque part dans la cave avec des musiciens et faire de la musique !”. Faire de la politique ? Ah non, à aucun prix ! En politique, il n’y a pas de sentiments. Et moi, je ne peux pas vivre sans sentiments. Voilà pourquoi la politique, ce n’est pas pour moi !”

“Jamala, j’imagine qu’il serait logique que vous preniez un peu de repos après le concours de l’Eurovision, toutes ces répétitions, le spectacle… Mais vous avez décidé de partir en tournée pour présenter votre dernier album. D’où ma question : d’où vous vient cette énergie, cette inspiration ?”

- “Pour être honnête, je suis inspirée par les gens. Quand j’ai été accueillie à l’aéroport de Kiev, j’ai pleuré de joie avec tout le monde. Les enfants pleuraient, les adultes aussi, moi aussi… C‘était quelque chose de… Je ne sais pas… Je ne peux pas le décrire. Je pense que les autres peuvent vous prendre de l‘énergie mais ils peuvent aussi vous donner de l‘énergie. Le plus grand plaisir, la plus grande inspiration vient toujours du public. Bien sûr, je pourrais partir en vacances. J’aime l’eau, la mer, l’océan, les rivières, les lacs… Mais là je n’ai pas le temps pour ça. J’ai vraiment envie de chanter et de donner au public le meilleur de moi-même”.

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