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Brexit : quelle UE sans le Royaume-Uni ?

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Brexit : quelle UE sans le Royaume-Uni ?

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Des dirigeants posant à Bruxelles pour la traditionnelle photo de famille : celle de l’Union européenne et de ses 28 Etats membres. 28 et peut-être bientôt 27, si les Britanniques optent jeudi pour le ‘‘Brexit’‘ : ce vote, que David Cameron aura tenté d‘éviter, mettrait fin à une idylle de plus de quarante ans.

Le 22 janvier 1972, la Grande-Bretagne signe le traité d’adhésion à l’Union européenne, qui entrera en vigueur un an plus tard. “C’est le plus beau jour de ma vie”, s’exclame alors le Premier ministre conservateur Edward Heath.

Mais 44 ans après, les Britanniques sont au bord du divorce. David Cameron engage alors un bras de fer avec Bruxelles pour renégocier les conditions d’adhésion : “Je conclurai un accord, si nous obtenons ce dont la Grande-Bretagne a besoin’‘, martèle-t-il.

Après de longues négociations centrées sur l’immigration, la souveraineté ou la gouvernance économique, le Premier ministre obtient finalement un accord garantissant un ‘‘statut spécial’‘ au Royaume-Uni au sein des Vingt-Huit. Un accord largement insuffisant aux yeux des eurosceptiques, mais beaucoup trop généreux pour certains partenaires européens qui dénoncent le statut spécial qu’a toujours eu Londres.

À Bruxelles et dans toute l’Union européenne, un Brexit aurait sans nul doute l’effet d’un tremblement de terre. C’est un saut dans l’inconnu qui soulève d’innombrables questions.

Interview de Jean Quatremer

Pour analyser les conséquences d’un Brexit, Euronews a interrogé Jean Quatremer, auteur du blog Coulisses de Bruxelles et correspondant du quotidien français Libération.

Euronews :
“Brexit ou pas Brexit, n’est-ce pas l’occasion pour l’Union européenne de se réinventer?”

Jean Quatremer :
“Je crois que finalement si les Britanniques restent, on aura un problème, parce que là, ça va être ‘business as usual’, car on va faire comme si rien ne se sera passé, on va négocier de nouveau des dérogations pour les Britanniques, on va avoir un David Cameron ‘Imperator’, car ce sera le seul dirigeant européen qui en 20 ans aura gagné un referendum sur l’Europe – et quel referendum et avec quel peuple!-, et donc on va être incapable de lui refuser quoique ce soit. Ça va être terrible.
Mais en revanche, s’ils sortent, ça sera un choc, et je crois que le choc sera puissant, puisque l’on perd l’une des principales économies de l’Union européenne, 25% du PIB de l’Union qui s’en va, ce n’est pas rien, et bien là on sera obligé évidemment de proposer un nouveau projet ou au moins de renforcer la zone euro pour résister aux turbulences des marchés financiers et aux problèmes économiques qui en découleront.”

Euronews :
“Ne faut-il pas craindre un effet domino en Europe? Beaucoup de pays ont la possibilité d’organiser des referendums, que ce soit aux Pays-Bas, au Danemark, en Finlande par exemple?”

Jean Quatremer :
“Peut-être qu’il faudra des referendum partout pour clarifier les choses au moins pour 10 ou 20 ans, pourquoi pas! Peut-on continuer de construire l’Europe avec des pays qui n’en ont aucune envie, avec des citoyens qui ne croient plus au projet européen? En l’occurrence, je ne suis pas sûr qu’il y aurait beaucoup de sorties. Dans les pays d’Europe de l’Est, qui sont si braillards, si anti-européens? Il faut savoir qu’ils reçoivent 4% de leur PIB chaque année du budget européen, ça pousse à rester parce que (sortir) ça veut dire une chute de croissance de 4%, on y pensera. De même la plupart des pays d’Europe de l’Ouest, auront-ils un intérêt à sortir de l’UE? Sauf la France si c’est Marine Le Pen qui devient un jour Président de la République et encore même là, les Français savent où est leur intérêt!”

Euronews :
“Comment jugez-vous David Cameron qui met en jeu l’avenir de son pays mais aussi celui de toute l’Union européenne ?”

Jean Quatremer :
“Je crois que David Cameron restera dans les livres d’histoire comme un génie politique toute catégorie : quelqu’un qui pour régler un problème interne au Parti Conservateur, convoque un referendum sur l’Europe, après avoir passé quasiment 7 ans à dire “pis que pendre” sur l’Union européenne, se retrouve avec ce referendum et maintenant plaide exactement l’inverse de ce qu’il a dit pendant 7 ans, risque de le perdre, de pousser la Grande Bretagne dans le précipice, ou dans un certain isolationnisme dont elle sortira affaiblie, et risque de provoquer une crise européenne, voire une crise mondiale, comme l’a dit Barack Obama, quel génie! Churchill doit se retourner dans sa tombe!”

Euronews :
“Que pourrait être le statut futur du Royaume-Uni?”

Jean Quatremer :
“Je suis de plus en plus persuadé que la Grande-Bretagne, ça sera un pays tiers sans aucun accord. Pourquoi? Parce que tous les accords signés avec l’Union européenne impliquent des sacrifices en matière de souveraineté. Il y a plusieurs statuts possibles: le maximum c’est l’Espace Économique Européen – la Norvège, le Liechtenstein, l’Islande -, mais là ça veut dire une contribution au budget européen, accepter toutes les normes européennes, c’est ce que on appelle la démocratie par fax, vous recevez par fax les règlements et les directives que vous devez transposer dans votre droit, et donc ça pas question évidemment. Deux: il y a le statut de la Suisse, donc des accords bilatéraux, mais même chose, vous devez contribuer au budget européen, et il faut accepter des politiques dont vous ne voulez pas, par exemple la libre circulation des travailleurs, et cela la Grande-Bretagne le refusera. Alors vous pouvez aussi négocier un statut à la Turque, avec l’Union douanière mais cela pose des problèmes parce que l’Union Douanière, cela concerne la libre circulation des biens, mais pas des services, et qu’est-ce qu’exportent les Britanniques? Les services, donc l’Union douanière ne les intéressera pas. Alors un accord de libre échange? Même chose, ils devront respecter nos normes. Donc je ne vois pas quel type d’accord pourrait satisfaire un Boris Johnson, qui deviendrait en cas de Brexit sans doute le prochain Premier ministre, parce que cela voudrait dire des abandons de souveraineté. Donc après une explosion de souverainisme, leur destin c’est le Zimbabwe!”

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