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Glyphosate, "cancérogène probable" : "une évaluation valable"

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Glyphosate, "cancérogène probable" : "une évaluation valable"

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Après la décision de la Commission européenne d’autoriser la vente du glyphosate, principe actif de nombreux herbicides dont le fameux Round-Up de Monsanto, pour dix-huit mois supplémentaires en Europe, plusieurs Etats membres, une partie des scientifiques et des associations sont vent debout : ils dénoncent une substance dangereuse pour la santé humaine. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) financé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) aclassé le glyphosate parmi les ‘‘cancérogènes probables pour l’homme’‘. Pour y voir plus clair dans la polémique autour de cette substance, nous avons interviewé Kurt Straif, scientifique principal au CIRC à Lyon.

Sophie Claudet, euronews :
“Votre étude fournit-elle des bases suffisantes pour interdire le glyphosate en Europe ?”

Kurt Straif :
“Notre évaluation a consisté à examiner toute la littérature scientifique qui a été publiée sur le glyphosate et elle a été faite par les meilleurs spécialistes au monde sur cette question qui de plus, n’ont pas de conflit d’intérêt qui pourrait influencer leur jugement. Et ces derniers ont conclu que oui, le glyphosate est probablement cancérogène pour les humains sur la base de trois séries de preuves : il y a des preuves claires de cancer dans les expérimentations animales, des preuves limitées de cancer chez l’homme dans les expositions en situation réelle – les agriculteurs qui sont exposés – , mais aussi des preuves solides que le glyphosate peut porter atteinte aux gènes d’après toutes sortes d’autres études toxicologiques.”

“Il revient aux autres agences de transformer notre examen en évaluation des risques”

Sophie Claudet, euronews :
“Pourquoi le glyphosate n’est-il pas interdit au vu de ces conclusions qui sont accablantes ?”

Kurt Straif :
“Il s’agit d’un examen indépendant qui aboutit à une classification sur ce qu’on connaît de cette substance et en particulier de ses effets cancérogènes. Mais ensuite, c’est aux autres agences – l’OMS au plan international ou d’autres agences nationales – de le transformer en une évaluation des risques, de décider pour chaque scénario d’exposition, pour les agriculteurs, pour l’alimentation, pour les cosmétiques – là où on peut trouver cette substance – et de présenter des conclusions.”

Sophie Claudet :
En mai dernier, des experts de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture – la FAO – et de l’OMS ont établi que le glyphosate ne présentait pas de risques cancérogènes. Pourquoi un tel revirement ?”

Kurt Straif :
“Notre classification sur les risques de cancer liés au glyphosate reste valable. Nous sommes l’autorité habilitée à classifier les substances cancérogènes à l‘échelle de la planète pour l’OMS. Puis il y a eu cet autre groupe qui s’est intéressé à un champ très limité d’exposition – à savoir l’alimentation quotidienne – et par la suite, qui a conclu sur son degré de dangerosité potentielle.”

Des chercheurs auraient touché des fonds de Monsanto

Sophie Claudet :
“Mais les consommateurs, les agriculteurs, les buveurs de bières occasionnels ou ceux qui s’assoient sur les pelouses dans les jardins publics traités au glyphosate, que doivent-ils penser et qui croire ?”

Kurt Straif :
“Je crois qu’il est important de comprendre que notre étude qui conclut que le glyphosate peut provoquer des cancers chez l’homme reste valable. Ensuite, pour les cas de figure spécifiques, on peut s’intéresser aux autres évaluations et je ne suis pas habilité à les commenter.”

Sophie Claudet :
“Après l’avis rendu par la FAO et l’OMS en mai dernier, des médias très sérieux ont révélé que certains de ces experts avaient touché des fonds de Monsanto, le producteur numéro 1 de glyphosate. En tant que scientifique, est-ce que ce genre de révélations vous dérange ?”

Kurt Straif :
“C’est un sujet important qui mérite une enquête poussée, oui.”

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