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Fertility Day : une campagne nataliste raillée par les Italiens

“Faites des bébés” encourage le gouvernement italien ; “Ce n’est pas la dolce vita” lui répondent les Italiens.

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Fertility Day : une campagne nataliste raillée par les Italiens

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“Faites des bébés” encourage le gouvernement italien ; “Ce n’est pas la dolce vita” lui répondent les Italiens.

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"Un enfant, c’est à durée indéterminée. Mon contrat, lui, ne l’est pas."

Association Act

Le ministère de la Santé a décidé au printemps de s’attaquer au faible taux de natalité du pays. Avec un taux de fertilité se hissant péniblement à 1,37 enfants par femme, l’Italie fait partie du peloton de queue de l’Union européenne en la matière. Les chiffres sont si mauvais qu’en 2015, la population italienne a diminué. C’est la première année depuis 154 ans qu’aussi peu de bébés naissent dans le pays.

Le ministère de la Santé a donc lancé un plan national pour la fertilité, appuyé depuis le mois de mai par une grande campagne de communication pour inciter les couples à faire des enfants : campagne d’affichage, compte twitter avec hashtag spécial #fertilityday, jeu en ligne. Le ministère a pensé à tout ; il a même créé un jour de la fertilité, fixé au 22 septembre, avec compte à rebours sur le site dédié du ministère.

La campagne dispense conseils et informations sur les meilleurs amis et ennemis de la fertilité, les solutions pour les couples infertiles. Le plan prévoit aussi le doublement des allocations à la naissance du premier enfant.


“La Constitution protège la procréation responsable et planifiée.”


“La beauté n’a pas d‘âge, la fertilité oui.”


“Ne faites pas partir vos spermatozoïdes en fumée”.

L’Italie rie jaune

Depuis son lancement, la campagne fait pourtant grincer des dents dans un pays rongé par la précarité. En juillet, le taux de chômage y était encore de 11,4% (10,3% en France) et de 39,2% chez les moins de 25 ans (contre 24,4% en France).

L’association militante Act a réagi avec une contre-campagne sur le sujet.

“Un enfant, c’est à durée indéterminée. Mon contrat, lui, ne l’est pas.”


“Nous te conseillerions volontiers de faire un enfant… mais tu n’as pas de maison”

Les réseaux sociaux se sont fait caisse de résonnance pour des citoyens désabusés.

“Pars à l‘étranger et trouve-toi un travail”

Certains y ont vu une redite des campagnes natalistes des pires régimes dont celui de Mussolini.

Le mouvement populiste Cinq Etoiles considère, quant à lui, dans un communiqué de presse, que le gouvernement se trompe de priorité : “Il n’y a pas de travail. Les gens ne font pas d’enfant car ce n’est pas possible.”

L’auteur anti-mafia Roberto Saviano s’est aussi publiquement exprimé sur la question sur ses comptes Twitter et Facebook.
“Le ‘fertility day’ est une insulte faite à tous : à ceux qui ne parviennent pas à avoir d’enfant et à ceux qui en voudraient mais pour qui ça n’a pas fonctionné. Et tombant le 22 cela va ruiner mon anniversaire.”

Coup de grâce, le président du conseil italien lui-même, Matteo Renzi, ne semble pas convaincu. Dans une interview à la radio, il n’a pas hésité à mettre en doute l’utilité même d’une telle campagne : “Aucun de mes amis n’a eu d’enfant après avoir vu une affiche publicitaire”, ajoutant “ si vous voulez créer une société qui investit dans son futur et fait des enfants, vous devez être sûr que les conditions nécessaires sont réunies, notamment des emplois stables et des services de garde”.