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Apathie sociale et rhétorique patriotique derrière la victoire de Russie unie

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Apathie sociale et rhétorique patriotique derrière la victoire de Russie unie

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Comment interpréter les résultats des élections générales en Russie ? Natalia Marshalkovich s’est entretenue avec Tatiana Stanovaya, chef du département analytique du Centre des technologies politiques, qui fait partie de la liste d’experts de L’Observatoire franco-russe, créé en 2012 à l’initiative du Conseil économique de la CCI France-Russie.

On commence avec la participation, elle était très basse, en particulier par rapport à 2011, pourquoi ?

Tatiana Stanovaya :

“En fait, la participation a été beaucoup plus basse même que prévue. Et il y a beaucoup de raisons objectives à cela. D’abord, nous observons ce qu’on peut appeler l’apathie sociale, une augmentation des dépressions dans la société russe, des dépressions qui sont liées à la baisse de la qualité de vie de la population, à la baisse des revenus… Nous observons aussi une baisse significative de l’intérêt des gens envers les élections et la politique en général.

En outre, le pouvoir a mis en place une stratégie visant à ne pas faire augmenter le taux de participation. On peut discuter de ce point, mais certains analystes confirment que le pouvoir a créé les conditions pour faire baisser la participation. Et c’est en partie la vérité, il est vrai que l’avancement de la tenue des élections de décembre à septembre a créé toutes les conditions nécessaires à un désintérêt des électeurs.

Il est beaucoup plus difficile de mobiliser l‘électorat pendant l‘été. En conséquence, la campagne électorale de tous les partis était plus courte, très fade et sans contenu. En plus, particularité importante, les contenus de la campagne étaient détachés des intérêts réels des électeurs. Les questions de développement stratégique du pays, de la situation économique, de la politique étrangère, ont été mises de côté. Et même s’ils en ont parlé, le plus important, c‘était la rhétorique patriotique agressive.”

Les résultats des élections sont peut-être liés à cela, puisqu’on a vu les mêmes quatre partis siégés à nouveau au parlement. Cependant, la configuration a changé, les communistes ont perdu ou réduit leur présence et le parti de Jirinovski a fait un bond en avant.

Tatiana Stanovaya :

“Les résultats relativement importants du parti libéral-démocrate de l’ultranationaliste Jirinovski, sont sans doute à mettre en perspective avec ce qui a commencé il y a 4 ans. Je ne parle pas des évènements de 2014 , de la crise ukrainienne et du retour de la Crimée, mais du retour de Poutine au poste de président deux ans auparavant. A partir de là, déjà, le pouvoir a commencé à jouer très activement avec le sentiment nationaliste. On se souvient de l’article que Poutine avait écrit en 2012 sur le rôle spécial de la nation russe.

Et, dans cette situation, le parti de Jirinovski, s’est certainement trouvé plus en adéquation avec cette rhétorique cultivée par l’Etat pendant,non pas deux, mais quatre ans. Pour les communistes, il est plus difficile de maintenir son électorat dans ces conditions, sachant que les discussions sur les problèmes sociaux sont considérées comme trop risquées. Le pouvoir ne veut pas voir ces sujets émergés, même dans les autres partis représentés au parlement.

Les règles du jeu de ces élections sont très dures, mais “l’opposition du système” les a acceptées avec pour objectif, au minimum, de conserver leurs sièges au parlement. Et l’on peut voir que cette stratégie n’a pas fonctionné. Les trois partis concernés ont perdu de leur influence dans ce nouveau parlement. Le parti du pouvoir a obtenu la majorité constitutionnelle et n’a pas besoin de partenaires.”

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