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Colombie : le long chemin vers la réconciliation peut commencer


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Colombie : le long chemin vers la réconciliation peut commencer

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Le 24 septembre 2016, se tenait la 10e et dernière conférence nationale des FARC à El Diamante : la dernière en tant que groupe armé rebelle et la seule jamais autorisée par le pouvoir.
Après quelques jours de discussions, les dirigeants et la base des Forces armées rebelles de Colombie avaient tous dit oui à l’accord de paix qui doit mettre un point final à plus de cinq décennies de violences.

Nous sommes unaniment tombés d’accord pour mettre fin à ce conflit et construire une paix stable et durable, avec la ferme conviction qu’en elle, se trouve les graines de la transformation à laquelle aspirent la grande majorité et le pays tout entier“, a déclaré Rofrigo Londono, le dirigeant des FARC, connu aussi sous les noms de Timoleon Jimenez et Timochenko.

Le cessez-le-feu définitif a commencé dans la nuit du 28 au 29 août dernier.

Mais les dernières négociations entre les dirigeants des FARC et le gouvernement colombien auront duré quatre ans, elles avaient débuté en novembre 2012, à Cuba. Les principaux points de crispations portaient sur les concessions à faire aux rebelles et sur les poursuites judiciaires.

L’ONU a joué un rôle clef dans ce processus de paix et va continuer à le faire. Le président colombien Juan Carlos Santos expliquait l’accord le 21 septembre à l’assemblée des Nations unies :

C’est la première fois que les droits des victimes ont été placées au coeur de la solution d’un conflit. Leur droit à la vérité, à la justice, aux réparations et à la non-répétition.

AIDES CIBLEES

-Selon l’accord de paix, l’un des plus des plus complexes jamais conclu à ce jour, il est prévu l’attribution de terres, l’accès au crédit et l’installation de services basiques en zones pauvres, anciennement zones de conflits.

TRANSFORMATION POLITIQUE

-De mouvement de guérilla, les FARC deviendront un parti politique, disposant temporairement et de façon directe de 10 sièges au parlement. (Ce processus sera uniquement enclenché en cas de oui des électeurs colombiens au référendum sur l’accord de paix.)

DESARMEMENT

-Les 7 000 combattants de la guérilla doivent bien sûr rendre les armes. A compter d’aujourd’hui, ils ont 6 mois pour le faire dans l’un des 28 lieux supervisés par l’ONU. En échange, chaque combattant recevra 610 euros et une sorte de rente mensuelle pendant deux ans.

DROGUE

Il est prévu que les autorités poursuivent leur lutte contre le trafic de drogue et les cultures illicites (accord déjà trouvé avec les FARC en mai 2014). Elles proposeront des sources alternatives de revenus pour les paysans dans les zones d’influence des FARC ainsi qu’un programme de santé publique.

JUSTICE

L’amnistie sera accordée pour crimes politiques, mais non pour les meurtres, massacres, viols, enlèvements, ou torture. Des tribunaux spéciaux seront créés.

Un total de 48 magistrats, dont 10 étrangers, devront juger ces personnes impliquées dans ces crimes graves. Il sera aussi question des déplacements forcés ou du recrutement de mineurs.

Ceux qui avoueront leurs crimes pourront éviter la prison et bénéficier de peines alternatives, mais dans le cas contraire, ils s’exposeront à des condamnations de 8 à 20 ans de prison.

*Né en 1964 d’une insurrection paysanne, ce conflit a fait plus de 260 000 morts en 52 ans. Et il s’agissait à 80 % de civils. 45 000 sont portés disparus.
Près de sept millions de Colombiens ont été forcés de quitter leurs terres, leurs foyers…*

Un référendum sur les accords de paix est organisé ce 2 octobre : un rejet par les Colombiens provoquerait leur annulation, mais cela semble peu probable.

Entretien avec un facilitateur des accords de paix

Notre journaliste de l‘équipe italienne, Cecilia Cacciotto, a interviewé Gianni La Bella de la communauté Sant’Egidio, organisation catholique italienne qui a joué un rôle de facilitateur dans les négociations entre le gouvernement colombien et les FARC :

Vous avez personnellement été témoin de la signature de l’accord de paix lundi dernier et vous venez juste de rentrer de Colombie, décrivez-nous l’atmosphère dans le pays. Les gens croient-ils que, cette fois-ci, c’est la bonne ?

Gianni La Bella :
“La signature de l’accord à Carthagène a été accueillie avec joie, un grand enthousiasme. Les Colombiens attendent cette paix depuis plus de 52 ans et la cérémonie de signature a été suivie par tout le pays. Malgré cela, à ce sentiment de joie se mêle des inquiétudes, beaucoup de gens ont des doutes. Ils veulent la paix, et en même temps, ils ont peur que cette paix ne dure pas.”

La droite colombienne a vivement critiqué l’accord, est-ce le meilleur accord qui pouvait être conlu selon vous ?

Gianni La Bella :
“C’est un accord très complexe, de plus de 290 pages, qui encadre ce processus de paix. Comme tous les accords, il y a des compromis, et cela va prendre du temps avant qu’on parvienne à une réconciliation. Mais aujourd’hui, ce qui est important, c’est de concrétiser l’accord, de passer aux actes.”

Les négociations ont duré quatre ans, il y a eu des moments critiques, sans aucun doute. N’avez-vous jamais pensé qu’elles échoueraient ?

Gianni La Bella :
“Je pense que le moment le plus critique, c‘était les pourparlers sur la justice transitionnelle, qu’est-ce qui allait arriver aux membres des FARC ? Seraient-ils emprisonnés ou pas ? C‘était une question majeure, les discussions les plus critiques de ces derniers mois. Beaucoup de gens ont travaillé pour trouver une solution juridique innovante, qui rende justice, mais qui ne soit pas que punitive, qui permette aussi une réintégration dans la société civile.”

Que va-t-il se passer après le référendum ?

Gianni La Bella :
“Une fois que le gouvernement annonce le résultat du référendum, l’accord va progressivement être appliqué selon un agenda précis. Les guérilleros des FARC vont déménager dans des zones transitoires, des sortes de nouveaux villages. Petit à petit, ils vont rendre leurs armes et seront protégés d‘éventuelles représailles par une milice reconnue par le gouvernement. Et puis, ils vont commencer à faire face à la justice.”

Sant’Egidio va suivre de près l’application de cet accord, combien de temps donnez-vous à la Colombie pour parvenir à une réelle stabilité ?

Gianni La Bella :
“Beaucoup, beaucoup de temps… Bien sûr, nous devons accélérer la mise en oeuvre de toutes les mesures de l’accord, mais ce processus doit aussi pénétrer le coeur et l’esprit du peuple colombien. L’accord est supposé changer les comportements et les attitudes des gens, et cela ne se produira pas en un jour. Il est très important que la communauté internationale, la société civile, l’Eglise, fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour soutenir ce processus de réconciliation.”

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