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Grogne des policiers : un malaise français ?

L’agression a mis le feu aux poudres.

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Grogne des policiers : un malaise français ?

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L’agression a mis le feu aux poudres. C‘était il y a deux semaines, à Viry-Châtillon, dans l’Essonne : une bande de voyous encerclent deux véhicules de police et jettent des coktails molotov à l’intérieur. Deux policiers sont grièvement blessés. Rapidement, la colère monte.

Point of view

"S'il a été pris pour cible, s'il a été assassiné, c'est parce qu'il était policier"

Depuis la vague d’attentats en France, ils sont soumis à une pression croissante. Non seulement, ils sont en première ligne, mais ils sont aussi désormais une cible. En juin dernier, un couple est assassiné à son domicile par un jihadiste à Magnanville, près de Paris. Lors de la cérémonie d’hommage, le ministre de l’Intérieur lui-même reconnaît :

“S’il a été pris pour cible, s’il a été assassiné, c’est parce qu’il était policier. Et si Jessica Schneider est morte, c’est parce qu’elle était sa compagne et elle-même fonctionnaire au sein d’un commissariat de police”, avait alors déclaré Bernard Cazeneuve.

Les policiers sont donc pris pour cible, et sont sans ressources pour répliquer. C’est l’une de leurs revendications. Ils portent une arme qu’ils peuvent utiliser en cas de légitime défense. Même lorsqu’ils sont en danger, ils n’osent pas tirer de peur des sanctions. Ils réclament notamment d’autres armes, non létales.

“Nous ce qu’on veut aujourd’hui, même si ça plaît pas, ce sont des moyens. On veut des équipements, on veut des effectifs, on veut des missions adaptées. On veut pas seulement du soutien. Le soutien, c’est bien, mais l’action c’est mieux”, affirme Guillaume Lebeau, agent de police.

Mais les policiers français sont ils plus mal lotis que leurs collègues européens ? En terme d’effectifs, ils sont bien moins nombreux que les Espagnols ou les Italiens, ou même que les Belges, mais autant que les Allemands, selon la dernière étude d’eurostat publiée en 2016 (les chiffres datent de 2012). En terme d’argent, le budget moyen alloué par an et par policier en France est inférieur à celui du Royaume-Uni, ou d’un Land riche d’Allemagne comme la Bavière, mais largement supérieur à celui de l’Espagne ou de l’Italie.

Au fond, la vraie différence est sans doute la criminalité. Alors que pour l’année 2014, on comptait en France 1,2 homicide pour 100 000 habitants, ce taux est compris entre 0,7 et 0,8 dans les grands pays voisins. Pour les vols avec violence, l‘écart est aussi important.

S’ils ne sont pas sous-équipés par rapport aux autres, les policiers français semblent plus sollicités que leurs collègues européens. Ils dénoncent aussi ce qu’ils appellent la “batonite”, ou politique du chiffre, initiée par Nicolas Sarkozy. Elle consiste par exemple à multiplier les interpellations d’acheteurs de drogue – faciles mais inefficaces – plutôt que de coincer les dealers.