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Hommage sobre et silencieux deux ans après Charlie

Trois membres de la rédaction de Charlie Hebdo, Marika Bret, Eric Portheault et Riss, se sont recueillis devant les anciens locaux de journal satirique, au n°10 rue Nicolas-Appert dans le 11e arrond

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Hommage sobre et silencieux deux ans après Charlie

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Des cérémonies discrètes…
Trois membres de la rédaction de Charlie Hebdo Marika Bret, Eric Portheault et Riss, la maire de Paris Anne Hidalgo, le ministre de l’Intérieur Bruno Leroux, se sont recueillis devant les anciens locaux de journal satirique, au n°10 rue Nicolas-Appert dans le 11e arrondissement de la capitale.

A quelques mètres de là, boulevard Richard-Lenoir, ils ont aussi honoré la mémoire du policier Ahmed Merabet, tué par les frères Kouachi alors qu’il tentait de stopper les jihadistes dans leur fuite.

Le 7 janvier 2015 restera sans doute un jour noir de l’histoire contemporaine, et pas seulement dans les livres d‘école des petits Français.

Ce matin-là, l’attaque des locaux du journal satirique par deux terroristes et le massacre d’une partie de la rédaction est un choc immense.

D’abord pour la France, sous le coup d’un séisme, dont les répliques dureront trois jours avec le meurtre d’une policière et la prise d’otages dans un supermarché, mais aussi pour le monde entier, car Charlie, c’est avant tout la liberté d’expression qu’on attaque, un mode de vie aussi.
Aux marches du 11 janvier, 4 millions de Français sont dans la rue, ainsi que 47 dirigeants et personnalités politiques étrangères.

L‘événement est si choquant que l’on pense à tort qu’il marque le début de la vague d’attentats du groupe Etat Islamique en Europe, mais c’est celui-ci le premier : l’attaque du Musée juif de Belgique le 24 mai 2014 et ses quatre morts. C’est le tout premier attentat revendiqué par Daech en occident.

Dès lors, l’Europe a à peine le temps de se remettre qu’un drame succède à un autre.

11 mois après les attentats de janvier 2015, la France vit un nouveau cauchemar. C’est la nuit du 13 novembre, qui fera 130 morts en cinq endroits différents.

Quatre mois plus tard, c’est la Belgique qui est touchée. Trois attentats simultanés le 22 mars 2016 à Bruxelles : 32 morts.

En été, l’horreur revient en France le soir du 14 juillet : un camion fonce sur la foule faisant 86 morts, un mode opératoire réédité à Berlin le 19 décembre dernier sur un marché de Noël.

Des centaines de morts en un peu plus de deux ans. Mais surtout, une forme d’innocence perdue sur le vieux continent.

Et c’est cela, sans doute, la plus grande réussite de Daech.
Y compris concernant Charlie Hebdo. Car, même si le journal a bénéficié d’une bouffée d’oxygène financière avec une hausse des abonnements et des aides de l‘état depuis, si sa version allemande vient d‘être lancée et sera disponible dans tout le pays chaque jeudi, le coeur n’y est plus.

Riss, le directeur de la publication a le sentiment que “les gens sont devenus encore plus intolérants” à l‘égard du journal. Deux de ces plus célèbres survivants, Luz et Patrick Pelloux l’ont quitté pour différentes raisons.

Emu, Luz expliquait comment il avait conçu la Une d’après l’attaque de Charlie Hebdo, en conférence de presse, le 13 janvier 2015, une semaine après :

Et puis là-dessus j’ai écrit tout est pardonné, et puis j’ai pleuré et c‘était la Une, on avait trouvé la une, on avait enfin trouvé cette putain de Une.

Depuis cette Une accouchée dans la douleur au lendemain de l’attentat, et jusqu‘à celle-ci, deux ans plus tard, aucune n’a réussi à faire parler d’elle autrement qu’en créant la polémique. Polémique plus agressive et moins tolérante qu’auparavant.