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Un décret qui déclenche la fureur populaire et internationale ? Juste le fait de pleurnicheurs qui ne digèrent pas la victoire de Trump à la présidentielle. Des médias qui se plaignent d‘être mis à l‘écart ? Ils “devraient la fermer et écouter”.

Ces réactions sont celles d’un homme de l’ombre qui assume désormais ouvertement son omniprésence auprès de Donald Trump. Stephen Bannon, 62 ans, ancien directeur de Breitbart News – un site d’information suprémaciste et ultra-nationaliste – a piloté la campagne du magnat de l’immobilier et il est aujourd’hui le principal conseiller politique du président américain, exception faite peut-être de Jared Kushner, le gendre de ce dernier.

Et outre leur slogan “America First”, les deux hommes ont bien des points communs : ils aiment provoquer, se sont mariés trois fois, n’ont jamais été élus, n’ont pas d’expérience en matière de gouvernance et sont très riches.

Au début de la campagne présidentielle de 2016, Bannon avait joué un rôle clé dans les attaques contre Jeb Bush et Hillary Clinton, abreuvant les grands médias d’informations sur les manigances financières présumées des deux rivaux de Trump. La Fondation Clinton avait notamment plusieurs fois fait les gros titres.

Un siège au Conseil de sécurité nationale

Depuis l’entrée de Donald Trump à la Maison-Blanche, il y a aussi pris ses quartiers. Et qu’importent les nombreux articles laissés dans son sillage à Breitbart comme autant de preuves de son antisémitisme, sa misogynie et son aversion pour les minorités, Bannon a été légitimé dans son rôle de pilier de la présidence Trump par une nouvelle promotion vendredi dernier.

Il a obtenu un siège permanent au Conseil de sécurité nationale, instrument phare de la politique sécuritaire et étrangère des Etats-Unis. D’autant plus inquiétant que le directeur du renseignement national et le chef d‘état-major ont, eux, été relégués au second plan. Ils n’assisteront désormais aux réunions que lorsqu’elles nécessiteront leur “expertise”.

Un tandem explosif pour l’Amérique ?

Or selon certains observateurs américains, le duo Trump-Bannon pourrait faire entrer l’Amérique (et le monde) dans une ère d’instabilité. L’ancien secrétaire au Travail et professeur à l’Université de Berkeley Robert Reich n’hésite pas à évoquer la perspective d’un “holocauste nucléaire”, s’appuyant sur les élans isolationnistes et belliqueux des deux hommes.

“Nous sommes en guerre contre le fascisme islamique […] aux premiers stades d’un conflit mondial”, expliquait ainsi Bannon lors d’une conférence en 2014.

Le décret interdisant temporairement aux ressortissants de sept pays musulmans d’entrer aux Etats-Unis n’est que la première contribution de Steve Bannon à la présidence Trump. Et les contestations légales de ce décret ne semblent guère entamer sa détermination. Au contraire, cette mise à l‘épreuve du pouvoir judiciaire par le pouvoir exécutif est pour lui un test dont il compte bien sortir vainqueur.