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Combiner les fonds européens pour favoriser l'investissement


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Combiner les fonds européens pour favoriser l'investissement

Comment relancer l’investissement de manière à favoriser l’emploi et améliorer les salaires et notre qualité de vie ? Les subventions européennes combinées à des prêts permettront-elles de redonner confiance aux investisseurs privés ? Nous en discutons avec le vice-Président de la Commission européenne en charge de l’investissement et la Commissaire à la politique régionale.

Au plan économique, l’incertitude est devenue la norme. Pour financer des projets risqués, l’idée des instances européennes consiste à combiner les subventions des Fonds structurels et d’investissement européens et les prêts du Fonds européen pour les investissements stratégiques. Dans la mesure où l’Union assume une grande part du risque, le secteur privé est incité à s’impliquer. Pour mieux comprendre en quoi consistent ces deux Fonds que nous avons évoqués dans de précédentes émissions, voici notre cours accéléré.

Deux fonds bien distincts

Prenons un porteur de projet nommé Joe. Il a besoin d’argent pour le réaliser. Il se rapproche des autorités administratives de son pays qui peuvent l’aider.Celles-ci examinent son dossier et l’approuvent s’il correspond à leur plan de développement par secteur et par région. Ce plan national qui comporte de nombreux projets comme celui de Joe est ensuite pris en main par le gouvernement qui pour le financer, peut solliciter l’Union européenne par le biais des Fonds structurels et d’investissement. Ces Fonds puisés dans le budget européen représentent 454 milliards d’euros de subventions pour la période 2014-2020 et se déclinent en cinq fonds distincts. Les autorités administratives des pays et l’Union européenne se mettent d’accord et gèrent ensemble les financements dédiés à l’application des plans nationaux. Les Etats ajoutent leurs propres fonds aux subventions européennes et versent les financements aux différents projets.

Un deuxième fonds appelé “Fonds européen pour les investissements stratégiques” ou FEIS accorde des prêts et des garanties aux projets individuels. Là, Joe peut y prétendre en effectuant les démarches directement. Pour être retenus, Joe et les porteurs de projet comme lui doivent remplir des critères stricts établis par la Banque européenne d’investissement. Le FEIS joue le rôle de garantie quant à la faisabilité de ces projets en permettant à ceux qui les portent de convaincre davantage d’investisseurs privés de les suivre.

600 milliards d’euros pour la période 2014-2020

Pour évoquer cette proposition de combiner les deux Fonds, nous avons interrogé Corina Crețu, Commissaire européenne à la politique régionale – c’est elle qui gère le budget massif des Fonds structurels et d’investissement – et Jyrki Katainen, vice-Président de la Commission en charge de l’emploi, de la croissance, de l’investissement et de la compétitivité.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
“Constatez-vous effectivement que les fonds structurels, mais aussi le FEIS, créent des emplois ?”

Corina Crețu, Commissaire européenne à la politique régionale :
“Nous disposons d’une évalution sur l’utilisation des fonds pour la période 2007-2013 : plus d’un million d’emplois ont été créés et je ne parle que des emplois directs, mais évidemment, il faut multiplier ce chiffre par deux ou trois pour quantifier les emplois indirects. Plus de 40.000 petites et moyennes entreprises ont vu le jour et nous travaillons ensemble à amplifier l’impact de ces fonds qui perdurent sur la période 2014-2020 : ils sont dotés de plus de 600 milliards d’euros pour l’ensemble des 28 Etats membres.”

Jyrki Katainen, vice-Président de la Commission en charge de l’emploi, de la croissance, de l’investissement et de la compétitivité :
“Quand nous avons adopté le FEIS, nous avions évalué que son impact sur l’emploi serait de l’ordre de 1,3 million d’emplois créés. L’Organisation internationale du travail estime qu’il se traduira par la création de 2,1 millions d’emplois.”

Enjeu de simplification

Maithreyi Seetharaman :
“Le moment est probablement approprié pour vous soumettre la question de Grégory Claeys, économiste à l’institut Bruegel.”

Grégory Claeys :
“Pourriez-vous nous dire pourquoi les fonds régionaux et le FEIS devraient être combinés étant donné qu’ils ont des objectifs très différents et une répartition géographique très différente ?”

Corina Crețu :
“C’est vrai, ils s’appuient sur des règles différentes. Nous avons déjà introduit certains changements lors de la révision du cadre financier pluri-annuel pour rendre cette fusion beaucoup plus simple – pour ce qui concerne également le Fonds de cohésion et les options de coûts simplifiés. Et nous travaillons ensemble à une plus grande simplification pour l’après-2020.”

Jyrki Katainen :
“Tout le monde sait que la Grèce est une économie de PME et où le tourisme joue un rôle essentiel. Or ses PME ne peuvent pas obtenir de financements auprès des banques car celles-ci ont leurs propres difficultés liées aux prêts non productifs par exemple. Nous pourrions établir des plateformes d’investissement pour les PME grecques du secteur du tourisme dans lesquelles les fonds structurels pourraient apporter des financements – comme le FEIS et des investisseurs privés -. Ensuite, le FEIS pourrait accorder aux PME, des prêts peu onéreux et de long terme.”

Maithreyi Seetharaman :
“Pensez-vous qu’il y ait un problème de synergie ?”

Jyrki Katainen :
“Il faut juste faire preuve de bon sens pour combiner les différentes sources de financement.”

Corina Crețu :
“Bien sûr, il y a les perspectives de long terme, mais si le projet est risqué, le terrain est beaucoup plus sûr pour les investisseurs privés qui voudraient participer quand le FEIS et les instruments de la politique de Cohésion sont parties prenantes. Cela leur garantit que le projet est solide.”

Révision des priorités

Maithreyi Seetharaman :
“Y aura-t-il de nouvelles réductions de financement du côté de certains projets et dans certains secteurs qui ont été financés par les Fonds structurels, comme les universités par exemple ?”

Corina Crețu :
“Nous allons investir en priorité dans la recherche, l’innovation, le numérique et nous allons réduire nos financements destinés aux infrastructures. Nous savons qu’il y a des besoins, en particulier en Europe centrale et orientale, parce que les connexions, c’est très important, mais nous devons travailler main dans la main, également avec ces régions, en faveur de l’innovation.”

Jyrki Katainen :
“Pour ce qui est de l’avenir, je dirais que la très grande majorité des fonds structurels continuera de fonctionner sur le principe des subventions. Mais dans le même temps, je me dis qu’il y a d’autres instruments financiers à mettre en oeuvre parce que parfois, il y a des manières plus efficaces d’utiliser les ressources européennes ou nationales.”

Mécanisme de stabilisation

Maithreyi Seetharaman :
“C’est un moment intéressant de notre entretien pour vous présenter un autre expert : Mathias Dolls du Centre de recherche économique européenne ZEW en Allemagne. Voici sa question.”

Mathias Dolls :
“Comment le FEIS est-il vu à long terme pour l’après-2020 ? Il a été dit par exemple dans le rapport des cinq présidents en juin 2015 que ce fonds pourrait être transformé en mécanisme de stabilisation pour la zone euro. Est-ce une option viable ?”

Jyrki Katainen :
“Le FEIS n’est pas optimal. Par exemple, la stabilisation au niveau des Etats membres, cela peut passer par les dispositifs d’indemnisation chômage. Quand le chômage augmente, l’argent de l’Etat joue un rôle plus important. En d’autres termes, il stabilise la situation.
Dans une certaine mesure, si le FEIS devient un outil permanent pour nos Etats membres, il répondra à la défaillance du marché dans les pays les moins développés. Je ne voudrais pas exagérer l’importance du FEIS en tant que mécanisme de stabilisation, mais il pourrait jouer un certain rôle dans ce domaine, à l’avenir.”

“L’Union restera un acteur mondial de premier plan”

Maithreyi Seetharaman :
“En 2017, comment va se porter l’investissement en Europe ?”

Jyrki Katainen :
“Toute cette incertitude qui nous vient de l’extérieur de l’Europe, mais aussi de l’intérieur, empoisonne les investissements. Donc nous voulons souligner l’importance des règles qui fondent l‘économie mondiale. Quand le commerce est fondé sur des règles, c’est une manière de façonner la mondialisation, une manière d’améliorer l’environnement des investissements et c’est ce que nous défendons.”

Corina Crețu :
“Je crois que comme l’a dit Jyrki, l’Union restera un acteur mondial de premier plan grâce aux résultats que nous obtiendrons.”

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