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Traité de Rome: « depuis 60 ans on vit en paix »


Le bureau de Bruxelles

Traité de Rome: « depuis 60 ans on vit en paix »

L’année 2017 marque le 60e anniversaire du traité de Rome, fondateur de l’Union européenne. Or la sortie prochaine du Royaume-Uni ébranle le projet européen. Les Etats membres restants s’interrogent sur leur avenir commun. A la veille des festivités de Rome, le 25 mars, Euronews a interrogé le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, sur le futur de l’Union européenne.
 
Euronews:
« Après 60 ans, n’est-ce pas le début de la fin pour le projet européen? »
 
Xavier Bettel:
« Au contraire, les 60 ans c’est le moment où l’on regarde ce qui marche bien, et qu’on le dit, car c’est mieux qu’on soit conscient que cela fonctionne, et que l’on se rappelle que l’Europe est née d’un projet de paix, avec deux pays, la France et l’Allemagne, qui encore auparavant se tiraient dessus. »
 
Euronews:
« Mais pensez-vous que cette déclaration de Rome peut être une étape importante dans la relance du projet européen? »
 
Xavier Bettel:
« Rome n’est pas un moment de négociations. Rome c’est le moment où depuis 60 ans on vit en paix, cela fait 60 ans que j’ai des libertés, que j’ai des droits, que je vis dans un espace où je peux aller travailler, je peux aller vivre, je peux me marier, je peux mourir, je peux étudier, je peux me faire soigner, je peux être défendu, je peux être élu, je peux voter… C’est cela dont on doit déjà se rappeler nous-même. »
 

Ne pas rester au point mort

Euronews:
« Le chef du parti au pouvoir en Pologne a dit qu’il refusait une Europe à deux vitesses, en disant que cette Europe à deux vitesses signifiait une descente en seconde division pour son pays. Comprenez-vous cette inquiétude? »
 
Xavier Bettel:
« Le problème qu’il y a, c’est que l’Europe à deux vitesses, ce n’est pas une vitesse et une autre, ce sont des projets: cela ne sera pas une vitesse où tout le monde suit, et une seconde vitesse où personne ne suit, ce sont des projets. L’agenda digital, par exemple, on a 28 régulateurs, on a 28 marchés, on est bloqué entre les États-Unis et l’Asie, on est pris en étau. Il faut que l’on comprenne que l’on a besoin d’une stratégie commune. Ce n’est pas parce qu’un pays dit “moi je n’ai pas envie” qu’on ne va pas avancer dessus. On doit pouvoir avancer dossier par dossier. Ce ne sera pas une Europe avec ceux qui veulent et ceux qui ne veulent pas, ce sera dossier par dossier avec ceux qui veulent avancer. On a la coopération renforcée, vous l’avez bien vu avec Schengen, on a commencé à quelques pays, puis on a grandi pays par pays, ça sera comme cela avec d’autres choses. L’euro, cela a été la même chose. On le voit, des pays, peut-être au départ frileux à l’un ou l’autre projet, voudront continuer à travailler. Moi je n’ai pas envie d’avoir une Europe au point mort, et je ne serai pas un otage de l’un ou l’autre pour des questions de politiques intérieures. »
 
Euronews:
« Vous ne serez pas otage de la Pologne? »

Xavier Bettel:
« C’est vous qui dites la Pologne, car encore une fois c’est au cas par cas. Si la Pologne veut tout bloquer, alors qu’elle nous le dise, si la Pologne veut tout bloquer, alors qu’elle nous le dise. Ce sera projet par projet. Ce ne sera pas, d’un côté, ceux qui avancent, et de l’autre côté, ceux qui sont au point mort, même si pour certains on a l’impression qu’ils veulent reculer. Ce sera projet par projet, c’est pour moi une Europe à plusieurs vitesses où l’on avancera plutôt que de rester au point mort. Je ne me laisserai pas bloquer à 27 aujourd’hui, parce que l’un décide qu’il ne veut pas avancer, ce n’est pas cela l’Union européenne, on est pas otage de l’un ou de l’autre, on continue ensemble. Mon projet, c’est de rester à 27, j’aurais préféré à 28, je respecte (la décision), je (la) regrette. Mais on est 27 demain, et je veux qu’on continue à 27, c’est mon but principal. Mais là où je ne peux pas, je ne veux pas dans ce cas-là qu’on ne fasse rien. Encore une fois, je préfère une Europe à deux vitesses qu’une Europe au point mort. »