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Anniversaire du Traité de Rome : la Pologne ne veut pas être laissée derrière

C’est une Europe en pleine crise identitaire et de confiance qui s’apprête à fêter les 60 ans du traité fondateur de Rome ce week-end.

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Anniversaire du Traité de Rome : la Pologne ne veut pas être laissée derrière

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C’est une Europe en pleine crise identitaire et de confiance qui s’apprête à fêter les 60 ans du traité fondateur de Rome ce week-end. Ils avaient commencé à six. 60 ans plus tard, ils seront 28, moins 1. Après le Brexit, l’idée même de la construction européenne est mise à mal. C’est dans ce contexte qu’ont surgi les tensions entre Bruxelles et Varsovie, qui a menacé de gâcher la fête. Pour signer la déclaration finale, ce samedi, la Première ministre polonaise Beata Szydlo défendra ses positions :

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"Le risque géopolitique ou sécuritaire est que nous nous retrouvions à nouveau membre de cette zone grise de l'Europe centrale, entre "la vraie Europe" et "l'Empire russe"."

Jacek Kucharczyk Analyste

L’Europe doit être aujourd’hui unie, indivisible et forte grâce à la force de toutes ses nations souveraines, les Etats-membres. Créer des divisions artificielles dans notre cercle, parler d’Europe à plusieurs vitesses ne produira pas les résultats attendus. Cela ne peut que conduire à rompre notre coopération, au lieu de l’approfondir“.

Plaider l’indivisibilité de l’Europe et critiquer les divisions après avoir été le seul pays à s’opposer à la réélection de Donald Tusk, pourtant lui-même Polonais, à la tête du Conseil européen, et aller jusqu‘à refuser de signer les conclusions du conseil des chefs d’Etat : la Pologne est passée maître dans l’art du paradoxe.

Après ce coup d‘éclat le 10 mars dernier, Varsovie a continué de défier Bruxelles et la chef du gouvernement n’a adouci ses propos que ce vendredi après-midi, laissant penser que la Pologne signera bien la déclaration finale du Traité de Rome. Et elle n’est pas la seule à plaider l’unité de l’Europe, le groupe de Visegrad, la Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque, s’opposent aussi aux propositions des grandes capitales d’une Europe à plusieurs vitesses.

Pour Varsovie, il s’agit avant tout de ne pas risquer de perdre la manne financière européenne qui a tiré le pays vers le haut et en a fait un champion de la croissance européenne.

Entre 2007 et 2013, la Pologne a bénéficié de 81,5 milliards d’euros. Avec 82,5 milliards entre 2014 et 2020, elle devient le premier pays percepteur de fonds européens devant l’Espagne et la France, avec un montant qui dépasse le budget annuel de l’Etat (80,2 milliards d’euros en 2014).

Résultat : le PIB a doublé entre 2004 et 2013 (de 234,5 milliards d’euros à 486.6 milliards). La croissance est de 3,5 %. Le chômage est en dessous de 10 %.

Des avantages certains. Reste qu’une partie de la population, soutenue par les institutions européennes, s’opposent à la dérive autoritaire du pouvoir qui se traduit notamment par une mainmise sur les médias et la justice. Et à ce titre, le parti populiste au pouvoir a plutôt intérêt à s‘éloigner du radar de Bruxelles.

Quoiqu’il en soit, les risques encourus par la Pologne si elle est exclue du groupe de tête d’une Europe à plusieurs vitesses sont nombreux et réels pour cet analyste, Jacek Kucharczyk, président de l’Institut des affaires publiques :

Le risque géopolitique ou sécuritaire est que nous nous retrouvions à nouveau membre de cette zone grise de l’Europe centrale, entre “la vraie Europe” et “l’Empire russe”, et que nous nous retrouvions alors encore une fois dans une position que nous avons essayé de fuir durant les 25 dernières années, depuis la chute du communisme.

Ces derniers jours, la France continuait de défendre cette idée d’une Europe à plusieurs vitesses, “différenciée”, qui fait si peur à la Pologne, arguant que “l’unité” européenne ne signifie pas nécessairement “l’uniformité”.