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Numérique : la stratégie alsacienne


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Numérique : la stratégie alsacienne

Strasbourg et Mulhouse parient sur le numérique et les nouvelles technologies. L’association Alsace Digitale, présidée par un chef d’entreprise, Stéphane Becker, est au cœur de cette démarche.

Les deux agglomérations de Strasbourg et Mulhouse misent sur trois leviers pour développer le secteur du numérique et des nouvelles technologies : l’innovation dans le domaine de la santé, sous le label HealhTech ; la conversion aux usages numériques des fleurons de l’industrie régionale, sous le label IoT Manufacturing, et la création de nouveaux services au grand public et aux PME, par une stratégie d’animation.

La réputation de l’IRCAD (Institut de recherche sur les cancers de l’appareil digestif) a largement contribué à l’attribution du label MedTech à l’Alsace, en 2015. Une position confortée en juillet 2016 avec l’entrée dans le réseau HealthTech de la French Tech. Si ces labels font penser à une démarche qui relève du pur marketing… , la construction d’un Institut de chirurgie guidée par l’image, sur le campus médical de Strasbourg, témoigne de la volonté de Strasbourg d’être aux avant-postes dans ce domaine. Le projet –un hôpital d’une nouvelle génération qui ouvrira à l’automne 2017- est soutenu par l’Eurométropole, l’université, les géants de l’équipement médical (Siemens et Storz) et bénéficie des Investissements d’avenir. Il place Strasbourg à la pointe de la chirurgie de l’appareil digestif : après la robotique, il ouvre la porte des blocs opératoires à l’imagerie 3D et à la réalité augmentée.

Le label IoT Manufacturing consacre la volonté de l’Alsace d’être présente dans la conversion au numérique de l’industrie traditionnelle. Un « lieu-totem », le village numérique du KMO qui ouvre en début d’année prochaine à Mulhouse, illustre cette démarche. Il a pour ambition de mettre en relation des grands noms de l’industrie alsacienne (Hager, Clemsy, SEW Usocome, les Cuisines Schmidt…) avec l’écosystème du numérique. L’enjeu est de favoriser l’introduction des usages numériques et les nouvelles technologies dans la production, la relation au client, la gestion des ressources humaines…

Mais la conversion au numérique et la création de nouveaux services comporte une autre dimension, qui relève de l’animation. Susciter des projets, mettre en relation des développeurs, des webdesigner et des PME, créer de l’émulation autour des nouveaux usages numériques : c’est le rôle d’Alsace Digitale, une association créée à Strasbourg il y a une demi-douzaine d’années et présidée dès le départ par Stéphane Becker, le patron de Method in the Madness (éditeur de serious games et de configurateurs en 3D pour l’industrie).

Alsace Digitale n’est pas un « cluster » (réseau) d’entreprises. Et pourtant, elle fédère la communauté des jeunes entrepreneurs du numérique. Ce n’est pas une pépinière. Et pourtant, elle gère deux lieux de coworking à Strasbourg, La Plage Digitale et La Plage du Shadok (autre « lieu totem » de la French Tech). Son expertise, c’est la création d’événements, dont émergent des projets de service, des idées à développer pour les transformer en emplois.

Depuis 2011, les “Startup Weekends” accueillent des dizaines de professionnels, jeunes entrepreneurs, étudiants qui planchent pendant 54 heures sur des prototypes. Ces manifestations, qui se tiennent du vendredi soir au dimanche après-midi, suivent les principes d’un “hackathon” : des équipes pluridisciplinaires constituées après de courtes interventions (pitchs) travaillent jour et nuit jusqu’à la présentation publique d’un prototype, dans une ambiance de fête. Sur le même modèle, Alsace Digitale a déjà organisé deux Hacking Industrie Camp avec Electricité de Strasbourg, pour développer une démarche d’innovation à l’intérieur même d’un groupe industriel, en faisant tomber les cloisons entre les différents services.

L’exemple le plus souvent cité de la création d’une jeune pousse née d’un Startup Weekend à Strasbourg est Synovo. L’idée de cette société a été développée pendant un des premiers brainstorming organisés par Alsace Digitale, à l’automne 2011. Aujourd’hui, Synovo, qui a mis au point un logiciel de gestion de flottes sanitaires, emploie plus de 30 personnes.

« Il existe désormais une pression forte qui joue en faveur de l’adoption des usages numériques et des nouvelles technologies, dans tous les secteurs, y compris dans l’artisanat », argumente Stéphane Becker. « Le carreleur ne peut plus ignorer le BIM (building information model), la maquette numérique du bâtiment utilisée par les promoteurs ! Les artisans sont obligés de s’équiper d’outils numériques pour mener des chantiers. Ceux-ci doivent être faciles à utiliser ».

Alsace Digitale, à travers son réseau et ses animations, développe une action en proximité. « La vision que les collectivités ou l’Etat ont de l’action économique est inspirée de l’agriculture productiviste : ils sont dans leurs avions et font de l’épandage, en espérant que tout va pousser. Or, la création d’entreprise, c’est du jardinage ! »

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Trois pistes devraient être explorées pour favoriser le développement du secteur numérique et de ses emplois, estime Stéphane Becker : une refonte de la fiscalité (qui devrait être plus faible là où le risque est le plus grand), le soutien aux lieux de coworking qui proposent des baux courts, un hébergement souple et interactif aux jeunes entrepreneurs, la mise en place d’accélérateurs qui aident les jeunes entreprises à se développer sur leur marché (un moment qui nécessite des fonds importants).

Christian Bach, Les Dernières Nouvelles d’Alsace

Notes : En Alsace, le secteur industriel offre 23 % des emplois, en deuxième position derrière le secteur des services (41 % des emplois). Au 1er janvier 2016, le secteur du numérique comportait 2046 établissements (dont 90 % employaient moins de dix salariés). Ce secteur offrait alors 12500 emplois, dont les deux tiers dans le Bas-Rhin. Toujours dans le secteur du numérique, la vente et la réparation d’ordinateurs et d’équipements informatiques se placent largement en tête en termes d’emplois, suivies du conseil, de l’ingénierie et de la formation et, en troisième position, l’édition de logiciels qui emploie un peu moins de 1000 personnes dans les deux départements alsaciens.

Crédit photo : CC BY 3.0 Flickr/Marius Brede

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