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La Turquie d'Erdogan : une dérive autoritaire ?


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La Turquie d'Erdogan : une dérive autoritaire ?

En disant “oui” à une révision de la Constitution, la Turquie a pris une décision qui va bouleverser son système de gouvernance. Pour le chef de l’Etat, la tentative de putch de juillet dernier justifie d’accroître ses pouvoirs. Il s’agit selon lui d’assurer une stabilité au sommet de l’Etat. Ses opposants, eux, y voient une nouvelle dérive autoritaire du pouvoir. Au terme de cette réforme, le pouvoir exécutif sera entièrement aux mains du président et le poste de Premier ministre disparaîtra. Il pourra intervenir dans le fonctionnement de la justice et contourner le parlement, en gouvernant par décrets. L’essentiel de la réforme entrera en vigueur après les prochaines élections générales en 2019.

Interview avec Ece Temelkuran

Ece Temelkuran est une écrivaine et commentatrice politique turque. Chris Cummins, journaliste de l‘équipe anglaise à Euronews, l’a interrogé sur les enjeux du réferendum.

Euronews : “Erdogan revendique la victoire, mais les partisans du “non” dénoncent des irrégularités et une campagne faussée. Où est la vérité?”

*Ece Temelkuran : “Et bien parler d’irrégularités se serait un euphémisme, car il ne s’agit pas seulement d’irrégularité mais d’une fraude massive.
Et je suis très surprise que les médias internationaux jouent le jeu d’Erdogan, car pour Erdogan c’est un fait accompli. Il a célébré très tôt sa victoire simplement pour manipuler la perception du public. Il y a eu une fraude massive et je pense que cela aurait dû faire les gros titres aujourd’hui au lieu de victoire serrée, victoire courte pour Erdogan”.*

Euronews : “L‘état d’urgence d’après putsh, la situation dans le sud-est et le long de la frontière avec la Syrie, c’est un contexte persistant, et pourtant le ministre turc des Affaires étrangères (Mevlut Cavusoglu) a déclaré : “il y a aura de la stabilité et de la confiance dans la nouvelle Turquie”. Est-ce exact ?”

Ece Temelkuran : “comme nous le savons tous, les régimes comme celui d’Erdogan fonctionnent avec les sentiments d’hostilités et de haine. Les sentiments nationalistes se sont aussi mêlés. Je pense que tous les gens qui ont voté “non” se sentent profondément menacés et sont inquiets pour leur vie, pas pour leur style de vie, mais pour leur vie, et je n’exagère surement pas”.

Euronews : “Quel est le grand projet d’Erdogan pour la Turquie ? Comment il se perçoit lui-même ?”

Ece Temelkuran : “Son objectif personnel est d’exister, car ce réferendum était une question de vie ou de mort pour lui. S’il le perdait, il aurait pu terminer, vous savez, devant des juridictions internationales et ainsi de suite. Donc son but personnel est de maintenir son régime intact”.

Euronews : “donc nous avons maintenant une situation où le bureau du président concentre plus de pouvoirs, mais qu’en est-il de l’opposition en Turquie, quel est son avenir ?”

Ece Temelkuran : “les médias turcs ont été complètement réduits au silence ou pris en main par les forces du gouvernement, donc la seule chose dont nous dépendons pour avoir la vérité ce sont les médias internationaux. C’est une question sérieuse. Des millions de personnes en Turquie se sentent sans abri dans leur propre pays. Nous sommes en train de perdre notre pays. C’est davantage qu’un débat sur les post-vérité, ou le fast-checking ou je ne sais quoi, c’est quelque chose qui arrive maintenant, c’est un désastre qui se déroule actuellement. Je pense que les journalistes devraient être conscients que leur devoir ultime est de dire la vérité, toute la vérité”.

Euronews : “Qu’en est-il des relations internationales de la Turquie ? Est-ce la fin des aspirations à l’Union européenne ?

Ece Temelkuran : “la Turquie est de plus en plus proche du moyen-orientale. La moitié du pays a résisté ouvertement à cela hier et ils risquent leur vie pour cela”.

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