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L’égalité des sexes : quels choix pour les femmes européennes ?


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L’égalité des sexes : quels choix pour les femmes européennes ?

Les discriminations subies par la moitié de la population européenne entre les Etats membres de l’Union passent toujours à la trappe d’une Europe encore focalisée sur l’harmonisation économique. En l’absence de mesures européennes contraignantes, la situation des citoyennes européennes dépend uniquement de l’engagement, très variable, de chaque Etat dans la lutte pour l’égalité homme-femme.

Comme tous les ans, la journée internationale des femmes permet de mettre en avant pour quelques semaines les inégalités et violences dont souffre près de la moitié de la population mondiale. Nous sommes mi-avril et avec un peu de chance, le délai maximum de médiatisation de ces discriminations n’est pas dépassé !
Si la situation des femmes au sein de l’Union européenne a évolué et s’est améliorée ces dernières décennies, le statut des citoyennes européennes n’est toujours pas identique à celui de leurs homologues masculins. Qu’il s’agisse de salaire, d’accès à l’éducation ou à l’emploi, de représentation dans la vie publique ou politique, de nombreuses inégalités subsistent entre les hommes et les femmes de l’UE.
Mais il existe aussi d’autres inégalités, qui apparaissent entre les citoyennes européennes elles-mêmes.

En effet, si l’harmonisation européenne des règles économiques et financières permet à l’UE de sanctionner toute discrimination instaurée par une société ou un Etat membre entre un ressortissant national et un ressortissant d’un autre pays membre, l’Union ne peut toujours pas contraindre un pays européen s’agissant de sa politique vis-à-vis des femmes.
Par exemple, les règlementations européennes obligent la France et les entreprises françaises à payer de la même manière un employé français et un employé espagnol, mais elles ne peuvent pas forcer un ces entreprises à payer de la même manière un homme et une femme.

Etrange ? Non, car si l’égalité entre les femmes et les hommes constitue un principe fondateur de l’UE, celle-ci ne peut agir qu’avec et en fonction des compétences que lui accordent les Etats membres. Or ces derniers n’ont jamais été très enclins à la laisser s’immiscer dans leurs politiques sociales et notamment celles relatives aux droits des femmes. Les actions de l’UE ont donc été limitées à des instruments et des mesures politiques qui ne sont pas juridiquement contraignantes. L’absence d’harmonisation au niveau européen de la lutte contre les discriminations faites aux femmes maintient donc des différences de situations importantes entre les européennes, en fonction du pays dans lequel elles vivent. Ainsi, tout dépend de « l’approche » et de la « sensibilité » de l’Etat membre par rapport à cette question.

Par exemple, si l’écart moyen de rémunération entre les femmes et les hommes dans l’Union était de 16,3 % en 2015 (légère baisse par rapport à 2012, 17%), cet écart est de 5,5% en Italie et de 26,9% en Estonie. Autant dire que pour avoir une chance de gagner autant qu’un homme, on pourrait avoir envie de partir en Italie et d’éviter le plus petit des pays baltes…

Le problème est que l’Italie détient aussi l’un des plus important écart entre le taux de chômage des hommes et des femmes : 9,5% des italiennes sont sans emploi contre 7,8% des hommes soit une différence de 1,7 points. Par contre, en Roumanie, 8,1% des hommes sont au chômage contre 6,4% des femmes.

Les même disparités apparaissent en matière de représentation des femmes dans la vie politique, la parité dans les gouvernements des pays membres étant extrêmement hétérogène : En Hongrie et en Grèce, aucune femme ne fait partie du gouvernement tandis qu’en Suède, en Bulgarie ou en Slovénie, les gouvernements incluent presque 50% de femmes.

Tant pis pour Mykonos, certaines européennes pourraient préférer un pays qui n’exclut pas la moitié de la population.

Ces inégalités entre les femmes européennes viennent donc créer une sorte d’Europe à la carte où les européennes doivent faire des choix, en fonction de leurs priorités : trouver un travail, avoir accès à des postes à responsabilité, être payé de la même façon que ses collègues masculins, avoir accès à l’IVG, pouvoir demander un congé parental etc. Quid de celles qui ne voudraient pas choisir ?

Il faut donc espérer que les quelques semaines annuelles de médiatisation qu’offre la journée du 8 mars suffisent à inciter les Etats membres à un engagement bien plus sérieux dans la lutte pour l’égalité.

Article de Juliette Prouteau
Sources statistiques : Eurostat & Inequality Watch