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"Vive le Québec libre", improvisé ou prémédité ?

Cinquante après, la déclaration du général de Gaulle est encore nimbée de mystère

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"Vive le Québec libre", improvisé ou prémédité ?

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Cinquante ans jour pour jour après la fameuse harangue du général de Gaulle depuis le balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, les historiens divergent toujours sur le sens à accorder à la fameuse phrase « Vive le Québec libre ! » Improvisation ? Calcul politique ? Conviction solidement ancrée ? Une chose est certaine : ce discours permit de faire prendre conscience de « ce que signifie être Québecois, alors qu’à l’époque, on parlait de Canadiens français » explique Gilles Grégoire qui coordonne la commémoration de l’événement pour la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, association qui défend l’identité québecoise.


Pied de nez à Ottawa

Le 24 juillet 1967, le général de Gaulle effectue sa deuxième visite officielle au Canada, sa première en costume militaire. Pour contourner le protocole qui impose à tout chef d’Etat de débuter sa visite par la capitale, le président français, sur proposition du gouvernement québecois arrive au Québec en bateau, à bord du navire Colbert. C’est un véritable pied de nez au gouvernement canadien.
L’occasion de cette visite est fournie par l’anniversaire de la fondation de la fédération canadienne, en 1867, et l’Exposition universelle, organisée cette année-là par Montréal.

Micro branché au dernier moment ?

Quand il apparaît sur le balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, le général aurait été emporté par les acclamations de la foule. Selon Roland Nungesser, secrétaire d’Etat aux Finances à l’époque, membre de la délégation, « un employé municipal a voulu faire du zèle et a placé un micro sous le nez du général. Celui-ci s’est cru obligé de faire une allocution, totalement improvisée. Il a ensuite été conduit par l’ambiance et par les innombrables pancartes ‘Vive le Québec libre !’ qui étaient dressées sous ses yeux. » Certains historiens rapportent d’ailleurs que le maire de Montréal Jean Drapeau avait fait débrancher le système de diffusion sonore situé au balcon. Le technicien aurait plutôt accepté de le rebrancher sur demande du général.

Préméditation incontestable

Il semble toutefois que le président français ait eu l’intention de faire du bruit durant sa visite dans la Belle Province. « La préméditation ne fait aucun doute quant à la volonté du général de poser avec vigueur le problème du statut du Québec dans la fédération canadienne » écrit par ailleurs l’ancien secrétaire d’Etat Roland Nungesser. Les propos complets du général féru d’histoire et avide en tous lieux d’affirmer la grandeur de la France sont d’ailleurs révélateurs : « Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec… libre ! Vive le Canada français ! Et vive la France ! » Un an plus tôt, n’avait-il pas annoncé le retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN ? La France n’est jamais bien loin dans l’esprit du général…

Le mouvement indépendantiste en perte de vitesse

Cette allocution provoque immédiatement un incident diplomatique avec Ottawa. Le Premier ministre canadien Lester Pearson estime que ces propos visent à « détruire l’unité du pays ». La déclaration provoque aussi un tollé dans la presse canadienne anglophone et américaine et, en France, « Le Monde », meilleur ennemi du général, ne se prive pas de l’égratigner.

Fait incontestable : l’allocution du président français stimulera le mouvement indépendantiste québecois. Le Parti Québecois, mouvement souverainiste, sera en 1980 et 1995 l’instigateur de deux référendums sur l’indépendance de la province, qui tous deux échoueront – de peu, en 1995. Aujourd’hui, tous les sondages montrent qu’une nette majorité de Québecois est défavorable à l’indépendance.