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Abouyaaqoub : comment un jeune Marocain "intégré" devient un tueur

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Abouyaaqoub : comment un jeune Marocain "intégré" devient un tueur

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Son parcours s’est terminé dans le sang au milieu des vignes dans le village de Subirats, à une cinquantaine de kilomètres de Barcelone. Younès Abouyaaqoub, qui n’avait que 22 ans, a été abattu par deux policiers après quatre jours de cavale en Catalogne. Comment ce jeune Marocain, ne cessent de se demander les habitants de Ripoll, où il a grandi et paraissait bien intégré, a-t-il pu devenir le tueur des Ramblas ?


Dans la petite ville catalane, dont 5% de la population est d’origine marocaine, un ouvrier donne un début de réponse : “Il fallait en finir avec tout ça parce qu’on vit comme en guerre mais (…) ce garçon si jeune, quelqu’un lui a lavé le cerveau”. Les enquêteurs pensent avoir identifié ce “quelqu’un”, l’imam de Ripoll, Abdelbaki Es Satty, dont les restes ont été identifiés dans la maison détruite d’Alcanar, qui servait de repaire à la cellule jihadiste.


Radicalisé depuis deux ans, dit son grand-père

Younès Abouyaaqoub est originaire de M’rirt, une ville perchée dans la montagne du Moyen Atlas, au centre du Maroc. Il est né dans une maison très modeste où résident encore ses grands-parents, mais encore enfant, il a suivi ses parents qui ont émigré en Espagne.

Son grand-père, Qedouch (en photo ci-dessous), à qui il rendait visite tous les ans, avait déjà compris : “Cela fait deux ans que Younès et Houssaine (son frère de 17 ans qui aurait été tué par la police à Cambrils) ont commencé à se radicaliser sous l’influence de l’imam”.

Et pourtant, les jeunes Marocains n’avaient jamais fait parler d’eux, à Ripoll comme ailleurs, ils n’avaient aucun antécédent judiciaire. Celui qui a tué froidement 14 des 15 victimes des attaques terroristes de Barcelone et Cambrils vivait comme un employé “normal”, il travaillait dans une usine.

“Malgré l’horreur”, a témoigné une éducatrice catalane qui aidait Younès Abouyaaqoub à faire ses devoirs d‘école, “Je n’ai que de bons souvenirs de ce garçon totalement intégré”.

Fin du parcours sanglant


L’agneau transformé en loup paraît avoir été entraîné au Jihad. Sinon, comment expliquer son “professionnalisme” du début à la fin de son parcours sanglant.

-16H50 jeudi 17 août : Younès Abouyaaqoub fauche la vie de 13 piétons, dont deux enfants, et en blesse 120 qui se promènent sur la célèbre avenue des Ramblas à Barcelone. Au volant d’une camionnette, il parcourt 500 mètres avant de s’encastrer sur un kiosque.
Il sort tranquillement du véhicule au milieu des gens terrorisés, traverse le marché de la Boqueria et parcourt à pied six kilomètres en direction du sud.

-18H10 jeudi : il aborde un automobiliste, le poignarde à mort, dépose le corps sur la banquette arrière et démarre avec la voiture volée. C’est sa quatorzième victime.

-19H45 jeudi : il fonce sur un barrage routier à une sortie de la capitale catalane avenue Diagonal, des policiers lui tirent dessus mais le ratent. Il abandonne le véhicule un peu plus loin à Sant Just Desvern.


-16H10 lundi 21 août : la police catalane a localisé le jeune terroriste islamiste à Subirats, grâce à deux témoignages concordants. Elle lance une opération.

-Un peu avant 17H00 lundi : des policiers aperçoivent un homme accroupi dans les vignes. Ils s’approchent. Younès Abouyaaqoub ouvre sa veste, montrant une ceinture d’explosifs qui se révèlera fausse, et crie “Allah est grand !”. Les agents font feu. Le jihadiste est tué sur le coup.


Younès Abouyaaqoub a assassiné 5 Espagnols, dont un enfant, 3 Italiens, 2 Portugaises, une Belge, un Canadien, un Américain et un enfant australo-britannique.