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Processus de paix : deux Colombies se font face

En Colombie, le pape arrive dans un pays profondément divisé sur la question du processus de paix

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Processus de paix : deux Colombies se font face

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Le pape François est arrivé en Colombie pour une visite de cinq jours. Et c’est un pays profondément divisé qui accueille le premier pape issu d’Amérique latine. D’un côté, ceux qui approuvent l’accord de paix avec les Farc signé en novembre sous l’impulsion du président Juan Manuel Santos. De l’autre, ceux qui refusent toute légitimité aux Farc, convertis en parti politique. Le père Dario Echeverri a pris part aux négociations avec l’ancienne guérilla et souligne à quel point cette visite était attendue.

“Le gouvernement veut que le pape, avec toute son autorité morale, approuve ce que le gouvernement a accompli et ce pour quoi il a tout risqué, explique-t-il. Je le comprends. Et moi, en tant que prêtre, je souhaiterais que la visite du pape ne reste pas enlisée, ne se résume pas seulement à ce débat.”

Consuelo Gonzalez a été l’otage des Farc pendant sept ans. Elle dit avoir pardonné, le seul moyen selon elle pour que le pays puisse tourner la page d’un demi-siècle de guerre.

“Il y a eu beaucoup de dégâts au sein des familles et entre amis, raconte-t-elle. Des amitiés précieuses sont aujourd’hui affectées par des positions opposées sur le processus de paix. Nous ne pouvons pas contribuer à ce que la Colombie continue à vivre une époque de haine.”

Angela Giraldo a perdu son frère, tué par la guérilla. Elle regrette que les proches des victimes n’aient pas de représentation politique.

“Les Farc vont avoir des sièges au Congrès pour défendre certains points de vue de l’accord de paix. Mais nous, les victimes, nous n’aurons aucune représentation au Congrès”, nous dit-elle.

Pour autant, elle déplore la contestation du processus de paix qui fait obstacle à la réconciliation nationale.

“Les victimes qui s’opposent au processus de paix le font à cause de ce processus de confrontation que nous vivons en Colombie. Il y en a qui l’abordent de manière politique et qui pensent que soutenir le processus de paix, c’est soutenir le président Santos et qu‘être opposé au processus de paix, c’est être en faveur de l’ancien président Alvaro Uribe.”

La guerre civile en Colombie aura fait 260.000 morts et plus de 60.000 disparus. Cette polarisation de la Colombie pourrait s’intensifier avec l‘élection présidentielle de 2018. Les opposants à l’accord de paix ont annoncé leur intention de le réduire à néant s’ils remportent l‘élection. Et il est peu probable que la visite du pape suffise à apaiser les deux fronts.