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Le film de la semaine : Le Redoutable

Le Redoutable de Michel Hazavanicius (1h47)

Il fallait oser s’attaquer au mythe Jean-Luc Godard, statue du commandeur et pape de la Nouvelle Vague. Michel Hazavanicius, l’auteur du multi-oscarisé The Artist et des désopilants et cultissimes OSS 117 s’en sort avec brio, sans jamais tomber dans l’ironie ou la gaudriole. Enfin du cinéma d’auteur divertissant !

Le Redoutable … Le titre sonne comme un film de Belmondo grande époque. Le Magnifique, Le Marginal, L’Incorrigible. Sauf qu’ici le « redoutable », c’est Jean-Luc Godard, un personnage bien réel et sérieux mais qui se prête aussi à l’humour et à la fantaisie. Et c’est la grande réussite du film : ne pas avoir eu peur de désacraliser Godard, et lui rendre une touche éminemment humaine, et donc faillible, où le cinéaste apparaît tour à tour génial, odieux, amoureux, méprisable, charmant, manipulateur… Bref, paradoxal et attachant. Michel Hazavanicius est parti du très beau livre d’Anne Wiazemsky, Un an après, écrit par celle qui fut la femme de Godard à la fin des années 60, et qui raconte leur histoire d’amour et sa lente désagrégation, notamment pendant Mai 68, où toutes ses lubies révolutionnaires prolétariennes et son entêtement à radicaliser son cinéma vont se démultiplier.

Pour incarner Godard, Hazavanicius a eu l’idée géniale de confier le rôle à Louis Garrel, le beau gosse ombrageux du cinéma français, assimilé un peu rapidement au parisien intello et torturé de la rive gauche. L’acteur étonne son monde en se transformant littéralement (accent suisse pâteux et zozotant) en Jean-Luc Godard, début de calvitie et lunettes branlantes compris, c’est la magie du cinéma. A ses côtés, la jeune Stacy Martin joue le rôle de Anne, de 20 ans sa cadette et qui, une fois l’admiration aveugle passée, va être celle qui servira de révélatrice et de catalyseur des failles et des névroses de l’homme.

La forme a toujours été importante chez Hazavanicius, et c’est assez rare dans le cinéma français pour être remarqué. Du cinéma exigeant et populaire en somme. Ici, comme dans OSS 117 avec le film d’espion, il détourne les codes du cinéma de Godard et en reprend l’esthétique, et parfois même la construction. Les décors, les costumes et les accessoires renvoient la plupart du temps aux couleurs primaires (bleu / jaune / rouge) utilisées par le maître, entre pop art et ligne claire. On prend donc du plaisir à regarder ce Redoutable qui nous replonge dans les années 60 avec délice mais sans jamais tomber dans la reconstitution pastiche. La période de mai 68 est particulièrement savoureuse avec Godard, caméra au poing, défilant avec les manifestants dont l’un d’eux lui conseille de refaire un film avec… Jean-Paul Belmondo avec qui il a tourné au début des années 60 (A Bout de souffle et Pierrot le fou), mais devenu depuis, le symbole d’un cinéma populaire et divertissant, ce que le cinéaste est en train de vomir et de vouloir mettre à bas.

Il y a aussi ces très belles séquences filmées au bord de la Méditerranée où, loin du tumulte de Paris, Godard tourne en rond, ne supportant pas de vivre quelques jours de vacances dans une villa de rêve, conchiant la bourgeoisie et l’oisiveté, et délaissant du coup sa femme. On ne peut s’empêcher de penser au Mépris, peut-être le chef d’œuvre de Godard (1963) qui raconte la lente dislocation d’un couple (Brigitte Bardot et Michel Piccoli). Le Redoutable, finalement, ne raconte pas autre chose, mais avec tendresse et humour, là où Godard y avait mis drame et tragédie.

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