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"Tôt ou tard, il y aura un nouveau référendum en Catalogne"

Comment sortir de l'impasse en Catalogne ? Organiser un nouveau référendum avec toutes les garanties démocratiques d'après un journaliste catalan.

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"Tôt ou tard, il y aura un nouveau référendum en Catalogne"

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Après les manifestations anti-indépendantistes du week-end et le refus persistant de Madrid d’ouvrir le dialogue, la pression monte sur le gouvernement séparatiste de Catalogne, estime le journaliste catalan Josep Carles Rius. Pour lui, la seule solution à cette crise politique sans précédent en Espagne depuis 1977 consiste à organiser un “nouveau référendum où les garanties démocratiques seraient totales.”

Josep Carles Rius suit la vie politique de Catalogne depuis quatre décennies. Ancien directeur-adjoint du journal catalan La Vanguardia, il est doyen du Collège des Journalistes de Catalogne et professeur de journalisme à l’Université autonome de Barcelone (UAB). ll répond à euronews sur les origines de la crise actuelle, ses conséquences et les solutions à envisager, en particulier après les manifestations du week end à Barcelone et dans les principales villes d’Espagne.

“Tout ce processus que vit la Catalogne depuis de nombreuses années, dit-il, finit par ressembler à une partie d‘échecs. Chaque joueur a bougé ses pièces, en anticipant les conséquences de chaque déplacement, en évitant de faire des erreurs. Il y a quelques mois, quand on s’est rendu compte que le processus d’indépendance entrait dans sa phase finale, le jeu est totalement passé dans un mode action-réaction.”

“Je crois que d’autres types d’accords doivent être envisagés, d’autres réformes constitutionnelles qui refléteraient davantage cette pluralité, poursuit le journaliste. Si on ne le fait pas, une société quelle qu’elle soit se divise toujours entre le “oui” et le “non”. Une société peut décider de tenir un référendum, mais dans ce cas, il faut avoir conscience que cela crée une fracture et on commence à en voir les effets dans la société catalane. La manifestation anti-indépendantiste de ce dimanche peut être vue comme une illustration de cette division.”

Un dilemme pour le gouvernement catalan

A présent, le gouvernement séparatiste doit contenter son camp et faire face à Madrid qui menace de suspendre l’autonomie de la région en cas de déclaration d’indépendance unilatérale.

“Beaucoup de gens ont voté, manifesté : beaucoup ne sont pas à proprement parler, favorables à l’indépendance, ajoute Josep Carles Ruis. C’est un acquis dont dispose le mouvement indépendantiste actuellement. Toute la question maintenant, c’est de savoir quelle sera la prochaine étape pour les indépendantistes : vont-ils s’appuyer sur cet acquis et lui donner une dimension internationale ? Ou alors commettront-ils des erreurs qui leur feraient perdre cet acquis ?”

“Si l’autonomie de la Catalogne est suspendue, le plus logique, ce serait qu’il y ait une réaction de la part d’une majorité au sein de la société : une majorité qui réunirait les indépendantistes et ceux qui défendent les institutions catalanes sans être indépendantistes,” affirme-t-il.

La tentation de la mise en échec

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy assure que le dialogue avec les autorités catalanes est impossible parce qu’elles ne respectent pas la Constitution et que le processus qu’elles ont initié est illégal.

“Le problème, c’est qu’il y a en face, un interlocuteur – l’Etat espagnol – qui ne veut pas discuter et qui est tenté par la mise en échec, estime Josep Carles Ruis. Et c’est une tentation historique que l’on trouve dans le nationalisme espagnol. Cela consiste à dire : “On ne veut pas dialoguer ; tout ce qu’on veut, c’est mettre en échec les aspirations souveraines pour plusieurs générations. C’est une tentation forte que l’on observe dans des pans de la politique et de la société qui correspondent à l’aile droite la plus dure de l’Etat espagnol.”

“Le PSOE ne sait pas comment se positionner”

À Madrid, l’opposition – en particulier le parti socialiste – pourrait avoir un rôle à jouer : son leader Pedro Sánchez milite pour le dialogue tout en étant contre l’indépendance de la Catalogne.

“Il y a un autre facteur – et je crois qu’il est très important – : c’est le fait que le Parti socialiste espagnol (PSOE) ne sache pas comment se positionner, explique le journaliste catalan. Je crois qu’il aurait un grand rôle à jouer en faisant le lien entre les partis indépendantistes et le bloc unioniste du Parti populaire et de Ciudadanos (centre), mais il ne le fait pas. Pedro Sánchez ne joue pas son rôle, c’est un échec pour lui et pour moi, il en va de la responsabilité historique du Parti socialiste.”

“Si le problème vient des urnes, il doit être réglé par les urnes”

Après les dernières manifestations et la panique qui a saisi le secteur des entreprises en Catalogne, le président catalan Carles Puigdemont est davantage sous pression. Il ne semble plus envisager une déclaration unilatérale d’indépendance.

“Le mouvement séparatiste a beaucoup de force, poursuit Josep Carles Ruis, il a mobilisé deux millions de personnes, mais il n’a pas la force suffisante pour affronter un Etat comme l’Etat espagnol.”

“Nous avons deux parties en présence : l’une veut la reddition de l’autre qui ne veut évidemment pas l’accepter, décrit-il. La seule issue, c’est une médiation – ou des négociations – pour trouver des points d’accord.
Cette crise trouve son origine dans une décision de la Cour constitutionnelle qui a annulé [ndlr : en juin 2010] une partie du statut d’autonomie élargie de la Catalogne qui avait été approuvé par référendum [en juin 2006].
Donc si le problème vient des urnes – dans le sens où l’on n’a pas respecté d’un point de vue juridique, une décision que les Catalans avaient approuvée, il doit être réglé par les urnes. Tôt ou tard, la seule solution, c’est qu’il y ait un référendum, mais pas un vote réprimé comme le 1er octobre, mais un référendum que tout le monde accepte et où les garanties démocratiques soient totales.”