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Est de l'Ukraine : un nouvel hiver de conflit

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Est de l'Ukraine : un nouvel hiver de conflit

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Plus de 10.000 morts et plus d’un million et demi de déplacés en près de quatre ans. C’est le bilan de la guerre dans l’est de l’Ukraine qui continue de faire des victimes aujourd’hui. Un nouvel hiver commence le long de la ligne de front. Des ONG appuyées par l’Union européenne viennent en aide aux populations sur place.

Commençons par quelques chiffres sur ce conflit gelé : depuis près de quatre ans, la guerre dans l’est de l’Ukraine a fait 10.000 morts dont près de 3000 civils selon la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies en Ukraine.

D’après le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et le Ministère de la politique sociale en Ukraine, plus d’un million et demi de personnes ont été forcées de partir de chez elles et plus d’un million ont fui à l‘étranger.

Aujourd’hui, estime le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, ils sont quatre millions d’Ukrainiens dans le pays à avoir besoin d’une aide humanitaire.

Cette année, dans l’est de l’Ukraine, 400 civils ont été tués ou blessés le long de la ligne de contact entre les zones contrôlées par les forces ukrainiennes et les régions tenues par les séparatistes pro-russes. Le bilan est plus lourd que l’an dernier.

Point of view

Parfois, notre village est mitraillé en pleine journée, on ne sait pas qui tire et d'où on tire.

Evdokia Habitante de Pervomaiske dans l'est de l'Ukraine

Réparation des maisons et chauffage

Malgré le cessez-le-feu, il ne se passe pas un jour sans un tir d’artillerie. Nous en avons entendu quand nous étions à Pervomaiske chez Evdokia, 80 ans. Sa maison située à trois kilomètres de la ligne de front a été touchée deux fois.

“Un jour, une bombe est tombée sur la route pendant la journée, raconte Evdokia. Ces trois fenêtres ont été arrachées avec le souffle ; à ce moment-là, j‘étais dans la maison,” explique-t-elle.

Evdokia vit depuis deux ans dans sa maison avec un toit endommagé. People in Need est venu changer les choses. Cette ONG tchèque financée par l’Union européenne a réparé quarante maisons à l’approche de cet hiver, principalement pour des travaux d’importance moyenne sur des toits et des fenêtres.

“Dans certains cas, on ne fait que fournir le matériel nécessaire, précise Sergey Saenko, manager du programme pour le logement au sein de l’association. On donne aussi des sommes d’argent pour que les habitants puissent acheter le matériel eux-mêmes, mais le plus souvent, comme il y a beaucoup de personnes vulnérables qui vivent sur la ligne de front, elles ne peuvent pas faire les rénovations elles-mêmes : donc on donne le matériel, on trouve des ouvriers locaux et on les paie,” indique-t-il.

Danger constant

Dans ce village, près d’un habitant sur deux est parti depuis 2014, mais ils sont de plus en plus nombreux à revenir. Aujourd’hui, 1500 personnes, essentiellement des personnes âgées ou sans emploi, reconstruisent au milieu des maisons abandonnées qu’il est dangereux d’approcher à cause de la présence possible de mines et munitions non explosées.

‘‘On est en temps de guerre, souligne Evdokia. Parfois, notre village est mitraillé en pleine journée et personne ne comprend rien : on ne sait pas qui tire et d’où on tire, poursuit-elle. Quand c’est la nuit, c’est encore plus effrayant,’‘ confie-t-elle.

Nous partons vers le sud vers Marinka, près de Donetsk. C’est l’un des points les plus exposés le long de la ligne de contact, sans cesse bombardés. L’hiver fragilise encore plus la population qui a déjà du mal à survivre. Des secteurs entiers de cette ville ne sont plus raccordés au gaz depuis 2014.

“Aujourd’hui, on a recensé 250 familles qui ont besoin d’une assistance immédiate, précise Andrew Meyer, directeur de programme au sein de People in Need. On a décidé que l’une des manières d’apporter une solution pérenne pour adapter leurs logements à l’hiver consiste à fournir des poêles à bois : on les installe, puis on apporte du bois pour que les personnes puissent les alimenter tout l’hiver,” dit-il.

Besoin en chauffage et en nourriture

L’organisation a réussi à aider la moitié des personnes en besoin d’assistance à Marinka. Chacune de ces familles comme celle de Vitaly a reçu assez de bois pour passer l’hiver. Un soutien bienvenu pour Vitaly Vladimirovich, ancien mineur qui déjà, l’hiver dernier, n’arrivait plus à trouver du charbon.

“Tout de suite après le début de la guerre, il n’y avait pas encore de frontière établie comme aujourd’hui ; donc c‘était beaucoup plus facile d’aller chercher du charbon d’un côté ou de l’autre et grâce aux gens que je connaissais à la mine, je pouvais aller chercher du charbon de temps en temps même si je n’y travaillais plus,” se souvient-il.

La situation humanitaire s’est globalement aggravée d’après les ONG. Des habitants reviennent chez eux, mais sans revenu stable. Les marchandises ne circulent pas librement et les prix augmentent. Nous avons demandé au représentant du service de l’Union européenne à l’aide humanitaire comment la mise en place de l’assistance a évolué ces dernières années.

“Depuis un an et demi, vu que la ligne de contact était stabilisée, nous ciblons spécifiquement ceux qui vivent dans les zones touchées par le conflit, insiste Mathias Eick. Le défi bien sûr, c’est qu’on peut entrer dans les zones contrôlées par le gouvernement, mais c’est beaucoup plus difficile pour nous d’avoir accès aux populations des zones non contrôlées par le gouvernement,” fait-il remarquer.

Pour les habitants comme Evdokia qui vivent le long de la ligne de front, le manque de nourriture pose aussi problème : selon People in Need, le niveau d’insécurité alimentaire a doublé sur un an.

Monica Pinna avec Stéphanie Lafourcatère

AID ZONE - UKRAINE