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Appel au boycott du gouvernement autrichien

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Appel au boycott du gouvernement autrichien

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La nomination du nouveau gouvernement autrichien allié à l'extrême droite continue de faire des vagues en Europe. Plusieurs journaux ont publié ces derniers jours une tribune signée par de nombreuses personnalités (*) appelant au boycott du gouvernement alors que l'Autriche s'apprête à prendre la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne le 1er juillet prochain. 

"Ne détournons pas les yeux : ce sont bien les héritiers du nazisme qui sont entrés en position de force dans le nouveau gouvernement autrichien", écrivent les signataires de la tribune. Et de dénoncer le "silence et l'apathie coupables" des chancelleries qui n'ont guère protesté contrairement à ce qui s'était produit en l'an 2000 lorsque le chancelier autrichien de l'époque avait accepté de gouverner avec l'extrême droite. Sous l'impulsion de la France, les partenaires de l'Autriche avaient alors décidé de suspendre leurs relations bilatérales avec Vienne. Dix-sept ans plus tard, le ton a nettement changé. Entretien avec Benjamin Abtan, porte-parole du collectif, par ailleurs président du Mouvement antiraciste européen (EGAM).

Euronews : Depuis le mois de mai dernier, l'extrême droite participe déjà à une coalition gouvernementale en Bulgarie et cela n'a pas suscité un grand émoi...
Benjamin Abtan : Pour la Bulgarie, nous avions réagi comme nous l'avions fait en Grèce en 2012 lorsque l'extrême droite était entrée au parlement grec mais ce qui s'est passé en Autriche a une portée historique. Ici ce sont les héritiers du nazisme qui sont de retour au pouvoir.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s'est récemment refusé à "tout préjugé" contre le gouvernement autrichien...

L'Europe a peur d'un éclatement face à la montée des nationalismes. L'essentiel était d'éviter en Autriche un référendum sur l'appartenance à l'Europe. Mais cela ne saurait constituer une stratégie. Il faut un sursaut pour rappeler à chacun nos valeurs fondamentales européennes.

L'Europe vient de rappeler à l'ordre la Pologne...
C'est un signal très fort qui vient d'être envoyé et nous nous en réjouissons. Mais l'Europe aurait dû réagir plus tôt en Hongrie. Pour l'Autriche, nous pensons qu'il faut aussi prendre des mesures face à la situation actuelle. Le discours de l'extrême droite y est moins abrasif mais leur idéologie n'a pas été remise en cause.

Les chancelleries ont réagi avec beaucoup de prudence. Que leur demandez-vous ? Il faut mettre ce gouvernement au ban de l'Europe. Les chancelleries devraient s'abstenir de tout contact surtout dans la perspective de la présidence autrichienne de l'Union européenne. Imaginez le signal que cela enverra lorsqu'un ministre d'extrême droite présidera le conseil des ministres de l'Union européenne...

Propos recueillis par Christophe Garach

() Parmi les signataires, figure l'ancien ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner mais aussi des personnalités liées à la mémoire de la Shoah comme Serge et Beate Klarsfeld, mais aussi l'ancien président du Timor oriental et prix Nobel de la Paix José Ramos-Horta, l'ancien ministre des Affaires étrangères espagnol Miguel-Angel Moratinos, l'ancienne Première ministre du Canada Kim Campbell, ou encore l'écrivain et cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh.*