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Davos : l'avis des experts sur les menaces géopolitiques

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Davos : l'avis des experts sur les menaces géopolitiques

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Le monde entre dans une ère critique de risques selon les experts du Forum économique mondial. Le rapport sur les risques mondiaux a été publié juste avant Davos et, comme en 2017, il est questions de craintes de catastrophes écologiques et de menaces géopolitiques.

“La paix est contagieuse mais la guerre l’est aussi. Les divisions engendrent de nouvelles divisions, la paix alimente davantage de paix. Aujourd’hui le dynamisme de notre monde est centré, selon moi, sur les divisions. Je crois qu’en réaction à la mondialisation on s’est replié sur certains groupes dans lesquels on se sentait plus en sécurité, je les appelle des “tribus”. Je crois que nous avons plus évolué vers un monde tribal, les gens se replient sur eux-mêmes, s’orientent vers le nationalisme. C’est comme un balancier qui oscillent entre les deux mais aujourd’hui c’est notré défi”, explique Daniel Shapiro, spécialiste de la négociation et du management des conflits, fondateur et directeur du Programme de négociation international de Harvard.

Le thème du Forum cette année est : “Construire un avenir commun dans un monde fracturé” ou comment développer un projet commun pour améliorer l‘état du monde. Pour parler des menaces sécuritaires qui planent sur le monde, notre journaliste, Isabelle Kumar, a rencontré Peter Maurer, le président du comité international de la Croix-Rouge.

Point of view

La paix est contagieuse mais la guerre l'est aussi

Daniel Shapiro Spécialiste de la négociation et du management des conflits

Isabelle Kumar, euronews : Peter Maurer merci beaucoup d‘être avec nous. 2018 ne fait que commencer mais de quelles zones vous occupez vous en particulier ?

Peter Maurer : 2018 sera sûrement le prolongement de 2017 ce qui signifie que les grandes zones de conflits et de violences seront au coeur de nos préoccupations ainsi que les mouvements de populations qui en résultent. 42% de notre activité se concentre en Afrique. 33% au Moyen-Orient et ensuite nous nous occupons d’une grande zone de fracture qui va du Sud des Philippines à la Birmanie à l’Afghanistan et l’Afrique de l’Ouest. Je crois que c’est ça le coeur de nos préoccupations”.

Isabelle Kumar : S’il l’on regarde les nouvelles menaces, il y a bien sur les tensions grandissantes avec la Corée du Nord et en particulier avec les Etats-Unis. Comment analysez-vous cette situation et comment peut-elle vous concerner ?

Peter Maurer : Le CICR (Comité internatonal de la Crois-Rouge) fut la seule organisation humanitaire présente à Hiroshima. Depuis le début de l’utilisation des armes nucléaires nous attirons l’attention de la communauté internationale sur l’importance de politiques qui préviennent de la menace de ces armes. Parce qu’on ne peut pas faire face à l’impact humanitaire d’une guerre nucléaire. Nous avons été encouragés bien sûr par les derniers progrès dans la péninsule coréenne grâce au dialogue entre le deux Corées.

Isabelle Kumar : C’est un problème que vous allez soulever ici à Davos avec tous les dirigeants présents. Sont-ils réceptifs à la menace d’une guerre nucléaire en 2018 ou après ?

Peter Maurer : Je crois que c’est vraiment le rôle d’une grande organisation humanitaire de soulever le problème et d’attirer l’attention des dirigeants politiques sur le prix de la violence et de la guerre sur les populations civiles, sur les sociétés, les économies… et de les encourager à trouver des solutions politiques parce qu’on ne résoud les grands problèmes simplement avec l’humanitaire.

Isabelle Kumar : Comment jauger vous la réponse des Etats-Unis ?Certains disent qu’ils sont en partie responsable de cette escalade et des tensions à propos de la menace nucélaire.

Peter Maurer : Cela fait partie de tactiques politiques et il faut considérer exactement ce qu’est la politique américaine. Après une accentuation des tensions et des difficultés on a vu émerger aussi le dialogue. Ce qui compte c’est le résultat et en ce moment, il est positif.

Isabelle Kumar : Parlons maintenant de la Russie. On l’a vu plus volontariste sur la scène internationale. Comment voyez-vous la guerre en Ukraine et aussi l’engagement de la Russie dans des pays comme la Syrie ? Une fois encore avec votre regard d’ humanitaire.

Peter Maurer : Si je prends nos relations avec la Russie ces dernières années en Syrie et en Ukraine, nous avons eu des relations positives pour ce qui est de l’humanitaire parce que la Russie a soutenu le travail neutre et impartial du CICR en Syrie. Ils ont eu un rôle très important de facilitateur, en nous aidant à avoir accès aux informations…

Isabelle Kumar : Tout le monde n’aurait pas réagi comme ça dans cette situation…

Peter Maurer : Bien sûr et cela dépend aussi du comportement et du statut des organisations humanitaires et de leur capacité à ne pas se mêler des problèmes politiques, ce qui engendrerait des relations plus conflictuelles avec la Russie. Mais en tant qu’acteur humanitaire principal sur le terrain, le fait est que le CICR est la seule grande organisation internationale qui travaille à l’est de l’ Ukraine et à avoir accès à de nombreux endroits de Syrie puisqu’elle travaille avec d’importants soutiens russes.

Isabelle Kumar : Au début de cet entretien nous avons parlé de l’Afrique où le CICR est aussi extrêment mobilisé. Parlons maintenant des situations conflictuelles en Afrique et des pays où vous avez le plus redouté un embrasement en 2018.

Peter Maurer : Ce qui m’a le plus inquiété c’est le Sahel. Quand on regarde le Sahel, du Sahel à la corne de l’Afrique il y a de grandes fractures dans de nombreux pays. Et ce qui est inquiétant c’est la durée de ces conflits. Les changements climatiques éloignent les gens des opportunités et des activités économiques. Le conflit entre les éleveurs et les agriculteurs est un problème sur le long-terme qui a des conséquences à court terme dans la spirale des violences et des guerres. Au-delà des divisions idéologiques qui évidemment sont nombreuses, la difficulté à résoudre certaines problématiques à long terme est un vrai problème pour les humanitaires. On voit de plus en plus qu’on est capable d’agir à court terme or la guerre marque sur la durée et l’on doit aussi résoudre certains problèmes à long terme.

Isabelle Kumar : En un mot, il y a tellement de mauvaises nouvelles, y en a t il quand même de bonnes ?

Peter Maurer : Il y a beaucoup de bonnes nouvelles. Quand je voyage dans des zones de conflits, je susi surpris par le dynamisme, l’inventivité des gens qui ont souffert de la guerre et des violences et leurs capacités à s’en sortir. Je reviens de République centrafricaine, j’ai vu du commerce dans des camps de réfugiés. J’ai vue des femmes diriger des sociétés, réunir d’autres femmes, s’entraider… tout cela encourage beaucoup les organisations humanitaires.