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Poutine, agent double : méchant en Occident, gentil en Russie, pourquoi ?

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Poutine, agent double : méchant en Occident, gentil en Russie, pourquoi ?

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Vladimir Poutine, réélu président de la Russie avant même l'élection de ce dimanche, est autant détesté en Occident qu'il est aimé dans son pays. Ces points de vue extrêmes sont d'ailleurs liés parce que plus il est accusé de tous les maux, notamment par les Etats-Unis, plus les Russes ont tendance à faire corps avec lui, c'est en tout cas ce que révèlent des sondages. Mais pour quelles raisons exactes y a-t-il un si grand écart entre la perception du maître du Kremlin par une majorité de pays occidentaux ou par ses concitoyens ?

Poutine est au pouvoir depuis 18 ans mais lors de cette campagne électorale, il a fait monter la tension diplomatique comme jamais. A tel point que nombre d'experts de politique internationale estiment qu'une nouvelle "Guerre froide" a démarré, et qu'elle n'est pas prête de se terminer.

Pourquoi est-il "le méchant" en Occident ?

A cause du conflit en Ukraine :

- L'Occident n'a toujours pas digéré l'intervention de la Russie en Ukraine. Début 2014, une révolte naît sur la place du Maïdan à Kiev, la capitale. Réprimée dans le sang par le pouvoir ukrainien, aidé en sous-main par Moscou, elle s'étend néanmoins à tout le pays, encouragée par les Américains et les Européens. Le président pro-russe Viktor Ianoukovitch doit prendre la fuite.

- Vladimir Poutine, qui n'a pas dit son dernier mot, envoie des combattants sans uniforme - alors qu'ils font bien partie de l'armée russe - soutenir des séparatistes dans la partie Est du pays, afin de tenir tête aux troupes ukrainiennes déstabilisées. Les violents combats vont faire au moins 10 000 morts.

- Et Moscou profite du chaos pour annexer carrément la péninsule ukrainienne de Crimée au nez et à la barbe des Occidentaux. L'affaire est bouclée grâce à un référendum, jugé parfaitement illégal par la communauté internationale. Les habitants de Crimée se sont toujours sentis un peu Russes; le 18 mars 2014, le territoire entre officiellement dans la Fédération.

A cause du conflit en Syrie :

- Début 2011, le "printemps" syrien fleurit à son tour. La rébellion, devenue armée, est menée par des groupes d'opposition soutenus par certains pays occidentaux. Dans le même temps, le groupe terroriste Etat islamique gagne de plus en plus de terrain en Syrie. Le tout menace très sérieusement le régime autoritaire de Bachar al-Assad.

- Vladimir Poutine tient à rester un allié solide du président syrien, et il le montre. A chaque résolution présentée au Conseil de sécurité de l'ONU pour dénoncer les crimes de guerre du pouvoir de Damas, la Russie oppose son veto : il y en aura pas moins de 11 au total.

- En 2015, la Russie entre de plein pied dans le conflit, en déployant de gros moyens militaires sur le terrain syrien. Là encore, le chef du Kremlin prend de court les dirigeants occidentaux. L'offensive écrase les jihadistes de Daech et les groupes rebelles, ce qui permet de libérer une grande partie du territoire et de sauver littéralement Bachar al-Assad.

A cause de l'ingérence de Moscou :

- En pleine campagne électorale aux Etats-Unis, en 2016, les services de renseignements américains détectent des cyberattaques massives menées par des hackers et des "trolls" russes. Poutine déteste Hillary Clinton, la candidate démocrate à la présidentielle... et réciproquement ! Le pouvoir russe est clairement accusé d'avoir favorisé l'élection de Donald Trump, qui a dit sa sympathie pour le maître du Kremlin.

- Fort de ce succès, une opération semblable est menée au cours de la campagne du scrutin présidentiel en France, en 2017, via les réseaux sociaux et les télévisions d'Etat russes. Cette fois, la préférence de Vladimir Poutine s'appelle Marine Le Pen, la dirigeante du parti d'extrême droite Front National, qu'il a même reçu en tête à tête au Kremlin. L'autre candidat, Emmanuel Macron, accuse la Russie d'avoir propagé de fausses informations pour le déstabiliser. Il termine grand vainqueur le 14 mai, Poutine a raté son coup !

Pourquoi reste-t-il "le gentil" en Russie ?

- La grande peur d'une majorité de Russes est de retomber dans la confusion politique et économique totale vécue au début des années 1990, après la chute du communisme. Et Vladimir Poutine les rassure, notamment dans les provinces où la vie quotidienne est incertaine. Les gens savent qui ils ont, ils ne veulent pas aller vers l'inconnu.

- Le président russe gouverne avec une main de fer mais il a redonné au pays sa fierté et sa grandeur. Finie l'humiliation, que lui infligeait justement une partie de l'Occident. La Russie pèse de nouveau sur la scène internationale. La cote de popularité de Poutine auprès de la population a notamment été dopée par l'annexion de la Crimée. Ce 18 mars, jour de la présidentielle, Moscou va d'ailleurs fêter les quatre ans de cet incroyable coup de force.

- L'armée a repris du galon et s'est illustrée - on l'a vu précédemment - sur plusieurs terrains militaires. Début mars, Poutine a fait un discours parmi les plus belliqueux qu'il ait prononcé en 18 ans de règne. Il a présenté de nouvelles armes qu'il a qualifié d' "invincibles". En cas d'attaque nucléaire contre Moscou, il menacé à mots couverts Washington de "réponse immédiate".

Voici, entre autres, pourquoi Vladimir Poutine va être réélu haut la main. Depuis des années, il bâillonne les médias russes ou les contrôle à 100%, et il s'est arrangé dans ce scrutin présidentiel pour que son principal opposant, Alexeï Navalny, soit hors de course, inéligible à cause d'une condamnation judiciaire jusqu'en 2024. A cette date, Poutine aura achevé son quatrième mandat, occupant le poste suprême du pouvoir russe pendant presque un quart de siècle.