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Détentions, privations, tortures : l'ONU éreinte la Turquie

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Détentions, privations, tortures : l'ONU éreinte la Turquie

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Le rapport ne comporte que 29 pages mais il est cinglant pour le pouvoir turc. La prolongation infinie de l'état d'urgence par le président Recep Tayyip Erdogan, dénonce l'ONU dans un document publié le 20 mars, entraîne toute une série de "graves violations des droits de l'Homme de centaines de milliers de personnes". Et les Nations unies d'en dresser la longue liste noire : des détentions arbitraires, des actes de torture en prison, la privation du droit au travail, de la liberté de mouvement, de la liberté d'expression...

Les nombreuses accusations portées par le Haut-Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU sont toutes appuyées par des documents et des témoignages recueillis au cours de l'année 2017. Ces derniers font notamment état de tortures par chocs électriques ou grâce au terrible simulacre de la noyade à l'encontre de certains détenus qualifiés de "terroristes", ainsi que de passages à tabac et d'agressions sexuelles. La police, la gendarmerie, l'armée turque seraient toutes impliquées, affirme l'ONU.

Des femmes emprisonnées avec leurs enfants

Le Haut-Commissariat donne un autre exemple particulièrement inquiétant de ces violations des droits de l'Homme. Les autorités turques auraient mis en détention une centaine de femmes, soit enceintes, soit accompagnées d'un petit enfant, simplement parce qu'elles étaient les épouses de prisonniers, soupçonnés d'être proches d'organisations jugées comme terroristes. L'ONU parle de cruauté, ajoutant que certaines de ces femmes "ont été détenues avec leurs enfants (...) d'autres ont été violemment séparées d'eux".

L'état d'urgence a été décrété par le président turc juste après une tentative de coup d'Etat le 15 juillet 2016; le prédicateur turc Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, a aussitôt été accusé et la grande purge a commencé. Depuis, "l'urgence" est permanente... Zeid Ra'ad Al Hussein, le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme, a dressé un bilan, malheureusement provisoire : "Près de 160 000 personnes arrêtées, 152 000 fonctionnaires renvoyés, dont beaucoup de manière totalement arbitraire, des enseignants, juges et avocats renvoyés ou poursuivis, des journalistes arrêtés (environ 300), des médias fermés et des sites web bloqués (environ 100 000)".

Bref, il dénonce "une utilisation des pouvoirs d'urgence pour étouffer toute forme de critique ou de dissidence à l'égard du gouvernement". Le ministère turc des Affaires étrangères s'est contenté de rétorquer que le rapport "contient des informations déformées, biaisées et fausses. Il est inacceptable pour la Turquie".