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Zuckerberg coincé : Facebook trahit ses abonnés depuis des années

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Zuckerberg coincé : Facebook trahit ses abonnés depuis des années

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Le patron de Facebook doit se faire tout petit ces mardi et mercredi face aux parlementaires américains. L'information a déjà fuité : Mark Zuckerberg reconnaît une erreur personnelle, expliquant que le réseau social qu'il a créé - le plus imposant dans le monde, utilisé par plus de deux milliards de personnes - "n'a pas fait assez" pour empêcher qu'il soit détourné "de façon malintentionnée". "C'était une grosse erreur, doit déclarer le PDG. C'était mon erreur et je suis désolé".

Des excuses qui viennent un peu tard, risquent de penser les membres du Congrès. Le détournement des données personnelles des abonnés de Facebook ne date pas d'aujourd'hui. Dès 2011, la Federal Trade Commission, l'agence fédérale américaine du commerce, avait mis en garde contre les applications extérieures auxquelles tout utilisateur peut se connecter via son compte, accusant Facebook de tromper ses abonnés. Mais comme souvent aux Etats-Unis, le différend avait été réglé par un accord financier à l'amiable.

Des années de dérives au dépend des abonnés

2013, une faille, dont les conséquences politiques seront sans précédent, apparaît plus clairement dans le système. Tout part d'une application intitulée "thisisyourdigitallife" ("C'est votre vie numérique") mise au point par un chercheur, Aleksandr Kogan, afin d'effectuer des tests psychologiques. Près de 320 000 personnes vont participer... et indirectement leurs fameux "amis", des milliers pour chaque participant, sans même le savoir et donc sans leur autorisation. Voilà comment des centaines de milliers de données privées vont partir dans la nature et être récupérées.

2014, Facebook se réveille et décide de réduire les possibilités pour les applications d'accéder aux données de ses abonnés et de leurs "amis". C'est déjà trop tard...

2015, très mauvaise surprise. Le chercheur a transmis toutes les infos qui ont été recueillies grâce à ses tests psychologiques à une entreprise britannique spécialisée dans l'analyse et la communication, et qui se retrouve au centre du scandale, Cambridge Analytica. Cette dernière va travailler au service de l'équipe de Donald Trump pendant la campagne de l'élection présidentielle américaine en 2016.

Cambridge Analytica affirme qu'elle n'était en possession que des données personnelles de 30 millions de gens, et que jamais, ô grand jamais, elle ne s'en est servi pour convaincre des électeurs de voter Trump. Facebook estime qu'elle ment sur les chiffres, qu'elle détenait en fait des informations normalement confidentielles sur pas moins de 87 millions de citoyens, principalement des Américains.

Portes ouvertes aux manipulations russes

Autre scandale parallèle, dans lequel Facebook n'est pas le seul réseau social à être impliqué, mais également Google et Twitter : les trois sont accusés d'avoir laissé se répandre des tas de fausses informations (des "fake news" pour utiliser l'expression plus branchée) qui ont servi à manipuler l'opinion publique, là encore en faveur de Donald Trump, selon les services secrets américains. Ces derniers ont remonté la filière jusqu'à la mystérieuse Internet Research Agency, une entreprise "d'élevage" de trolls financée par le pouvoir russe lui-même.

Ces fausses infos, par exemple sur des sujets sensibles comme la religion ou l'immigration, ont pris parfois la forme de messages publicitaires ou de reportages sponsorisés dont les cibles étaient judicieusement choisies. Le financement de contenus politiques est pourtant strictement interdit aux Etats-Unis.

Toutes ces dérives pèsent lourd sur Mark Zuckerberg. Alors, le fondateur de Facebook a-t-il les épaules assez larges pour encaisser le coup ? Ses deux jours d'audition devant le Congrès américain nous donneront de premières indications.