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Au Nicaragua, le dialogue ne tient plus qu'à un fil

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Au Nicaragua, le dialogue ne tient plus qu'à un fil

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Le dialogue entre le gouvernement et l'opposition ne tenait plus qu'à un fil au Nicaragua, secoué par des manifestations depuis trois mois, après la charge du président Daniel Ortega contre les évêques médiateurs accusés d'être des "putschistes".

"Cela m'a fait mal que mes évêques se soient comportés comme des putschistes, (...) ils se sont disqualifiés comme médiateurs, comme témoins (dans le dialogue), parce que leur message était le coup d'Etat", a déclaré, jeudi après-midi à Managua, le chef de l'Etat de 72 ans devant des milliers de partisans agitant des drapeaux rouge et noir du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche).

La Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), présidée par le cardinal Leopoldo Brenes, fait office de médiatrice dans la crise politique qui, depuis le 18 avril, a fait plus de 280 morts et quelque 2.000 blessées. Elle a proposé l'organisation d'élections générales anticipées en 2019 au lieu de 2021, date de la fin du mandat de M. Ortega. Ce dernier a rejeté ces propositions.

"Ortega a disqualifié les évêques pour créer son propre dialogue, un qu'il puisse contrôler, dont il puisse influencer la stratégie et ceux qui y participent", a déclaré à l'AFP Azahalea Solis, une des représentantes de l'opposition qui participe aux négociations.

Le président "ne souhaite plus aborder le thème de la démocratisation", fait valoir le politologue José Antonio Peraza.

L'opposition, elle, veut croire que les pourparlers, dont la dernière session plénière remonte au 15 juin, vont se poursuivre. D'autant que le dialogue est "soutenu par la communauté internationale", rappelle le sociologue Oscar René Vargas.

Côté gouvernement, on estime que l'opération contre la ville de Masaya, bastion de l'opposition, représente un tournant dans la crise.

"La bonne nouvelle en provenance du Nicaragua est que le coup d'État a échoué, c'est-à-dire que la tentative de coup d'Etat au Nicaragua est déjà vaincue", a ainsi affirmé mardi à Bruxelles Paul Oquist, le ministre nicaraguayen chargé des politiques nationales, dans un entretien à l'AFP.

- "Délinquants" -

Le gouvernement qualifie les manifestants de "putschistes" et de "délinquants".

Le Secrétaire général de l’Organisation des états américains (OEA), Luis Almagro, s'est prononcé en faveur d'un dialogue "facilité" par la CEN en tant qu'"instance chargée de résoudre les aspects politiques et électoraux de la crise" au Nicaragua.

Mais l'ex-guérillero de 72 ans, en signe de défi, a souligné que "nos décisions ne se prenaient pas à Washington".

Pourtant, le dialogue reste la meilleure option "de sortir par le haut" pour Daniel Ortega, "vu les difficultés qu'il rencontre", veut croire José Antonio Peraza, en référence à la situation économique de ce petit pays d'Amérique centrale fragilisée par la crise, avec des fermetures de commerces et une défection des touristes.

La Banque centrale a revu en forte baisse sa prévision de croissance pour 2018, de 4,9 à 1%.

"Le problème est que la crise économique se renforce et il ne va pas pouvoir gouverner ainsi. C'est impossible qu'Ortega arrive en 2021", prévient Oscar René Vargas.

Selon la Fondation nicaraguayenne pour le développement économique et social (Funides), les secteurs les plus touchés cette année seront le commerce, avec une perte évaluée à 673 millions de dollars, suivi du tourisme avec 159 millions.

Vendredi, l'opposition a annoncé de nouvelles actions. Elle a appelé à manifester samedi à Managua en solidarité avec la ville de Masaya et lundi pour demander la libération des manifestants arrêtés.

"La lutte du peuple nicaraguayen va se poursuivre avec une insurrection civile contre la dictature d'Ortega", promet Azahalea Solis, membre de l'Alliance civique pour la justice et la démocratie, qui regroupe étudiants, entrepreneurs, paysans et membres de la société civile.

Les revers de l'opposition ces derniers jours "font partie des hauts et des bas d'un processus politique", mais la demande principale du pays, qui est le départ d'Ortega, demeure, juge Oscar René Vargas.

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