DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

Des Indiana Jones thaïlandais sondent le fleuve de Bangkok

Vous lisez:

Des Indiana Jones thaïlandais sondent le fleuve de Bangkok

Des Indiana Jones thaïlandais sondent le fleuve de Bangkok
Taille du texte Aa Aa

Agenouillé devant son casque de plongée en métal fait maison, Bhoomin Samang prie avant le grand plongeon dans les eaux troubles de la Chao Phraya, le fleuve de Bangkok, à la recherche de trésors enfouis.

L'homme de 62 ans fait partie d'une petite communauté connue sous le nom des "Indiana Jones" de Thaïlande: ils plongent de plusieurs mètres pour remonter pièces de monnaie, de porcelaine, de bijoux et de ferraille.

"Nous cherchons de vieilles pièces de monnaie et parfois on nous embauche pour retrouver des objets perdus dans la rivière", explique-t-il. Il plonge depuis plus de 30 ans dans ce fleuve qui est l'axe principal du commerce du royaume depuis des siècles, avec des navires chargés de biens venant de Chine notamment, remontant du Golfe de Thaïlande vers Bangkok.

Les plongeurs font toutes leurs prises au toucher car la rivière est si boueuse et opaque que dès les premiers mètres, les plongeurs n'y voient goutte. Ils font aussi de macabres découvertes et il leur est arrivé de tomber sur des squelettes.

"Si vous avez peur des fantômes, vous ne pouvez pas plonger car on ne voit rien, mais nous, nous sommes habitués", explique-t-il.

En Thaïlande, la croyance dans les fantômes est forte. Et les familles de Bangkokiens endeuillés qui louent les services de bateliers pour déverser les cendres de leurs proches dans le fleuve, après leur crémation, prennent soin de descendre vers l'embouchure du fleuve, afin que l'âme des défunts ne viennent pas hanter les habitants ayant construit leur maison au bord de l'eau.

Mais vêtu d'un simple short et d'un vieux T-shirt, Bhoomin ne s'en soucie pas quand il saute de la petite embarcation à moteur dans la rivière marron, charriant déchets et eaux usées. On est loin de la saga des douze enfants et de leur entraîneur de football coincés pendant deux semaines en juillet dans une grotte inondée du nord de la Thaïlande, qui avait nécessité une périlleuse évacuation en plongée - là aussi dans une eau boueuse.

- Relié par un simple tube -

Mais dans cette communauté de plongeurs du fleuve Chao Phraya, pas de matériel de plongée dernier cri: un casque de scaphandre artisanal qui pèse 20 kilos permet à Bhoomin de respirer par un simple tube de caoutchouc relié à un réservoir d'air à bord du bateau.

Les pêcheurs les plus expérimentés peuvent descendre jusqu'à 30 mètres de profondeur.

Après 15 minutes sous l'eau, Bhoomin refait surface avec un sac en coton rempli de boue. Mais au fond, il découvre plusieurs pièces anciennes arborant les têtes des rois Rama IV et V, souverains du royaume au tournant des XIXème et XXème siècles.

"Autrefois, nous vivions sur des radeaux et nous avions des marchés flottants, les villageois perdaient leurs bijoux et leur argent dans la rivière", raconte-t-il.

En sondant le fond de la rivière, ces Indiana Jones parviennent à gagner décemment leur vie. Ce jour-là, Bhoomin pourra empocher environ 500 bahts (13 euros), soit près du double du salaire minimum journalier en Thaïlande.

Et les jours de chance, un bijou ou une pièce rare en bon état peut être revendu jusqu'à 250 euros sur les marchés d'antiquités de Bangkok. Mais l'activité de ces plongeurs est menacée par le développement urbain, qui va bientôt les pousser hors de la ville.

Leur quartier de maisons sur pilotis au bord du fleuve doit en effet être détruit pour faire place à des immeubles de luxe et à une immense promenade le long de la rivière.

Pourtant même les plus jeunes, comme Somsak Ongsaard, restent attachés à ce mode de vie: "C'est comme une aventure... On pourrait continuer indéfiniment. On ne sait jamais ce qu'on va trouver".

Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2018 - Agence France-Presse.
+Voir plus
Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© 2018 - Agence France-Presse. Toutes les informations (texte, photo, vidéo, infographie fixe ou animée, contenu sonore ou multimédia) reproduites dans cette rubrique (ou sur cette page selon le cas) sont protégées par la législation en vigueur sur les droits de propriété intellectuelle. Par conséquent, toute reproduction, représentation, modification, traduction, exploitation commerciale ou réutilisation de quelque manière que ce soit est interdite sans l’accord préalable écrit de l’AFP, à l’exception de l’usage non commercial personnel. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des retards, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus dans le domaine des informations de presse, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations. AFP et son logo sont des marques déposées.