Cet article n'est pas disponible depuis votre région

Covid-19 : Omicron, le pire variant depuis le début de la pandémie ?

Access to the comments Discussion
Par Maxime Bayce  avec AFP
Un cercueil scellé contenant les restes d'une victime du COVID-19 est entreposé dans un conteneur réfrigéré à Johannesburg, mardi 2 février 2021
Un cercueil scellé contenant les restes d'une victime du COVID-19 est entreposé dans un conteneur réfrigéré à Johannesburg, mardi 2 février 2021   -   Tous droits réservés  Jerome Delay/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.   -  

Des scientifiques sud-africains ont annoncé jeudi avoir découvert un nouveau variant du Covid-19 baptisé B.1.1.529 ou variant Omicron selon l'OMS (du nom de la lettre grecque O). Il semble être très contagieux et certains scientifiques en parlent déjà comme du pire variant observé depuis le début de la pandémie. Qu'en sait-on à l’heure qu’il est ? Euronews vous répond.

Pourquoi est-il inquiétant ?

Le variant B.1.1.529 a subi de nombreuses mutations. En tout, on en dénombrerait au moins une trentaine situées sur le spicule, cette protéine en forme de pointe qui donne au virus cette apparence de couronne.

C’est aussi la clé qui permet au Covid-19 de pénétrer dans nos cellules et de les infecter.

"Ce qui nous préoccupe, c'est que ce variant pourrait non seulement avoir une capacité de transmission accrue, mais aussi être capable de contourner certaines parties de notre système immunitaire", a déclaré le professeur Richard Lessells, l’un des chercheurs à l’origine de la découverte.

Sur Twitter, Jeffrey Barrett, du Sanger Institute, centre de recherches génomiques de référence, explique avoir identifié les mutations en cause.

Il les classe par couleurs. En rouge, celles déjà observées dans les variants Delta et Alpha qui ont été en quelque sorte recombinées par le B.1.1.529. Puis dans les autres couleurs, des évolutions encore inconnues pour la plupart.

Pour Jeffrey Barrett, le profil des mutations est donc particulièrement "mauvais". "Nous ne savons pas encore comment elles agissent ensemble, ni comment un virus avec autant de changements se comportera", concède-t-il.

Il faudra "plusieurs semaines" pour mieux comprendre le nouveau variant et savoir s'il est plus transmissible, plus dangereux et plus résistant aux vaccins, a souligné l'OMS vendredi. L'organisation s'est réunie en urgence ce vendredi pour évaluer la dangerosité du variant. A l'issue de cette réunion, ce nouveau variant a été classé "préoccupant" et été baptisé "Omicron".

Le variant Omicron du Covid-19 présente beaucoup plus de mutations que le variant Delta, selon une première "image" de ce nouveau variant initialement détecté en Afrique du Sud, réalisée et publiée par le prestigieux hôpital Bambino Gesù de Rome.

Sur cette "image" tridimensionnelle, qui ressemble à une cartographie, "on voit bien que le variant Omicron présente beaucoup plus de mutations que le variant Delta (qui présente déjà en lui-même un grand nombre de mutations), concentrées avant tout dans une zone de la protéine qui interagit avec les cellules humaines", a expliqué l'équipe de chercheurs dans un communiqué paru dimanche

Où en est on de sa propagation ?

C'est aujourd'hui en Afrique du Sud que la diffusion du variant semble prendre de la vitesse. Le nombre de cas et la part attribuée à ce variant augmentent très rapidement dans la province sud-africaine du Gauteng (qui comprend Pretoria et Johannesburg), où il a d'abord été décrit.

Tulio de Oliveira, l'un des scientifiques à l'origine de l'observation, estime que dans cette province 90% des cas sont déjà aujourd'hui infectés par le variant Omicron.

Selon ses recherches, le variant représente l'intégralité des 77 échantillons de virus analysés dans cette région, collectés entre le 12 et le 20 novembre. L'analyse de centaines d'autres échantillons est en cours.

Le taux de reproduction dans le province de Gauteng a également explosé. Il est aujourd'hui de 2, ce qui signifie qu'une personne malade infecte 2 autres personnes en moyenne. Par comparaison, il est de 1,48 en France actuellement.

Omicron"a déjà été détecté dans plusieurs pays à travers le monde. Tout d'abord au Bostwana et à Hong Kong. Deux personnes ont pour l'instant été contaminées dans l'ancienne colonie britannique. Selon les autorités sanitaires, il s'agissait de voyageurs en quarantaine dans un hôtel de la ville, ce qui expliquerait que le variant ne s'y soit pas encore propagé de manière exponentielle.

Israël affirme également avoir isolé un cas positif, un homme de retour d'un voyage au Malawi. Ce vendredi après-midi, le premier cas a été confirmé en Europe, une jeune femme de retour en Belgique après un séjour en Egypte.

Depuis des cas liés à la nouvelle souche ont été détectés dans toute l'Europe, de l'Italie, en passant par le Royaume-Uni, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark et l'Autriche.

En France, huit "cas possibles" ont été repérés sur le territoire. Ils concernent des personnes qui s’étaient rendues en Afrique australe dans les 14 derniers jours. Des tests sont actuellement menés afin "de disposer d’une confirmation diagnostique dans les meilleurs délais", a indiqué la Direction générale de la Santé (DGS).

Les ministres de la Santé du G7 se réunissent en urgence à Londres lundi face à l'inquiétude suscitée par le nouveau variant Omicron du coronavirus, qui continue à se propager à travers le monde malgré les fermetures de frontières.

Quel impact sur les vaccins?

Là encore, il est trop tôt pour dire si ce nouveau variant réduira l'efficacité des vaccins, même si on peut le craindre.

"Il faut vérifier si les anticorps produits par nos vaccins actuels fonctionnent toujours, à quel niveau ils fonctionnent et si cela empêche toujours les cas graves", explique Vincent Enouf, du Centre national de référence des virus respiratoires de l'Institut Pasteur à Paris.

Pour cela, on se base sur des tests en laboratoire et sur des données en vie réelle dans les pays concernés.

Le laboratoire allemand BioNTech, allié à Pfizer, attend de premiers résultats "au plus tard dans deux semaines", a indiqué une porte-parole à l'AFP.

Côté Oxford/AstraZeneca, le scientifique britannique qui a dirigé les recherches sur le vaccin a, lui, affirmé ce samedi qu'un nouveau sérum pourrait être développé "très rapidement" contre le variant Omicron.

Le professeur Andrew Pollard, directeur de l'Oxford Vaccine Group, a estimé "extrêmement improbable" que ce nouveau variant se propage fortement au sein de la population vaccinée, "comme nous l'avons vu l'année dernière" avec le variant Delta.

Mais si c'était le cas, "il serait possible d'agir très rapidement", a-t-il affirmé sur la BBC, car "les processus de mise au point d'un nouveau vaccin sont de mieux en mieux huilés"

"Nous devons être unis dans cette lutte car les virus ne connaissent pas de frontières", a twitté le virologue français Etienne Decroly.

La vaccination reste primordiale, de même que l'accès des pays pauvres aux vaccins, insistent les scientifiques. Car "plus le virus circule, plus il a d'occasions d'évoluer et plus on verra de mutations", a prévenu l'une des responsables de l'OMS, Maria Van Kerkhove.