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Une lutte après l'autre : l'histoire de Meisam Amini, ancien lutteur de retour en Iran

Meisam Amini, coach sportif, lutteur
Meisam Amini, coach sportif, lutteur Tous droits réservés  Meisam Amini 2026
Tous droits réservés Meisam Amini 2026
Par Jean-Philippe Liabot
Publié le
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Ancien vice-champion du monde de lutte et figure emblématique du club de Saint-Priest, près de Lyon, cet Iranien, Français de cœur depuis 2010, vit aujourd’hui un exil inversé et douloureux. Parti en Iran en janvier pour aider sa famille, il est y est désormais coincé.

Meisam Amini est d'origine iranienne, il vit en France depuis 16 ans. Et comme d'autres Iraniens, il n'a pas hésité en janvier dernier à s'envoler pour Téhéran lorsque la rue grondait contre le régime.

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Il a donc rejoint ses proches installés à Sari, une ville située dans la province de Mazandéran au nord de la capitale iranienne, afin de leur apporter du soutien et sa protection. C'était à ce moment là "sa priorité."

Mais tout cela a eu un coût. Après avoir risqué sa vie en se rendant sur place et alors qu'il subit depuis plus d'un mois la guerre et les bombardements massifs de son pays, Meisam ne peut plus quitter l'Iran.

Malgré des réseaux sociaux capricieux, nous avons pu entrer en contact avec lui ces derniers jours, et échanger quelques mots.

La lutte, le sport de toute une vie

"Je suis né dans la ville de Sari, dans nord de l’Iran, près de Téhéran. Une ville qui fournit toujours environ 80 % des membres de l’équipe nationale de lutte. Tous les enfants, vers l’âge de 8 à 10 ans, rejoignent un club de lutte, et la concurrence est très forte, ce qui explique pourquoi tant de champions y sont formés. J’ai moi-même commencé la lutte à 8 ans et je m’entraînais tous les jours", explique-t-il

"En grandissant, je passais parfois à deux ou trois séances par jour. Grâce à cela, j’ai pu devenir vice-champion du monde, deux fois champion d’Asie et remporter plusieurs compétitions internationales prestigieuses."

"Aujourd’hui, je suis entraîneur international, coach dans des clubs, instructeur technique pour la Côte d’Ivoire", ajoute-t-il.

"En 2010, je suis arrivé en France et j’ai d’abord vécu à Bourg-en-Bresse, où je pratiquais la lutte et faisais de la formation. "

Meisam Amini, au centre, coach sportif dans le club de lutte de St Priest
Meisam Amini, au centre, coach sportif dans le club de lutte de St Priest Photo : Meisam Amini

"Quelques années plus tard, j’ai déménagé à Lyon, où j’ai poursuivi mes activités, et ces dernières années, j’ai eu une excellente collaboration avec le président du club de lutte de Saint-Priest. L’année dernière, nous avons lancé un projet pour organiser un stage commun dans le Mazandéran avec des champions iraniens, afin d’améliorer le niveau et la préparation des lutteurs français et lyonnais."

"Nous avons beaucoup travaillé et j’ai signé des accords de coopération avec des lutteurs iraniens, réservé des lieux d’hébergement et coordonné avec les salles de lutte, en investissant des frais personnels importants, mais en raison de la situation en Iran et pour la sécurité des athlètes, le projet n’a pas abouti", déplore-t-il

Meisam espère que dès son retour en France, des responsables sportifs français le soutiendront pour organiser un autre programme pour les lutteurs français.

Janvier 2026, l'Iran bascule dans l'horreur

"Au début de l’année, voyant que la situation en Iran devenait instable, je suis revenu pour être aux côtés de ma famille et de mes proches, afin de pouvoir les aider. Dans de telles circonstances, la présence d’une personne peut vraiment apporter du courage et de l’énergie, et j’étais très inquiet pour ce qui se passait dans mon pays", dit-il.

"En janvier, quelques jours après mon arrivée, des événements tragiques se sont produits. Je prie Dieu d’apporter la paix aux familles des victimes. Mon père, en voyant ces événements et en raison du stress intense, a eu une crise cardiaque et a dû subir une chirurgie cardiaque à cœur ouvert. Je m’occupe de lui à la maison et sa santé n’est pas encore rétablie."

"Moi-même, j’ai été très attristé par les récents événements, mais la lutte m’a appris à endurer les difficultés et à rester fort pour donner du courage à mon père et à mon entourage, car beaucoup comptent sur moi", déclare-t-il.

Meisam Amini
Meisam Amini Photo : Meisam Amini

Nous lui demandons comment se déroule la vie quotidienne en ce moment, à Sari, sa ville natale, ce qu'il y voit, ce qu'il y entend. Évidemment, rien n'est facile depuis les émeutes de janvier, et encore moins depuis le début des bombardements d'Israël et des États-Unis.

"Dans un pays en guerre, rien n’est normal. Tout le monde est désorienté et personne ne sait ce qui va se passer. Le pays est presque à l’arrêt, les commerces sont souvent fermés, et on entend constamment les avions de chasse, les missiles et les bombardements dans plusieurs villes", décrit-il.

" Les gens sortent rarement, sauf pour les besoins essentiels. Pour l’instant, il n’y a pas de pénurie alimentaire, mais les prix ont fortement augmenté et se procurer des produits de première nécessité est difficile pour certaines familles", ajoute-t-il.

Selon Meisam, si la guerre continue, "il est probable que des pénuries apparaissent et les conditions pourraient devenir encore plus difficiles."

Le futur de l'Iran

"Rien n’est prévisible", dit Meisam. "Avec la tristesse dans le cœur de beaucoup de gens ces deux derniers mois, tout peut arriver."

Il espère que la situation évoluera dans le bon sens, "et qu'une paix durable régnera au Moyen-Orient et dans le monde, qu’aucun enfant ou innocent ne sera plus tué dans une guerre ou une manifestation, et que personne ne sera tué à cause de ses idées."

J'invite tous les êtres humains, dans ces temps difficiles, à faire preuve de bienveillance et à prendre soin les uns des autres.
Meisam Amini
Lutteur et coach

À quand un retour en France ?

Il existe bien des moyens de sortir d'Iran. Pas par les airs, car la plupart des aéroports majeurs ont été bombardés dès les premiers jours par l'aviation américaine et israélienne et l'Iran a fermé son espace aérien.

Désormais, la seule solution est la route. La Turquie et l'Arménie ont accueilli beaucoup d'Iraniens après les émeutes et la guerre qui a suivie, l'Azerbaïdjan également.

Mais pour Meisam, pas question de partir pour l'instant. Il explique qu'il ne peut pas laisser sa famille seule face à ce chaos, "car à tout moment, quelque chose peut se produire et ma famille et mes proches ont besoin de moi, et je ne peux pas les laisser seuls. Ma famille n’a pas non plus l’intention de quitter l’Iran, car toute leur vie s’y est déroulée et ils veulent rester", confie-t-il.

Loin de la France et de son club de lutte, Meisam a un mot pour tous ceux qui le soutiennent. "Je remercie tous mes amis, et toutes les personnes de cœur et de dignité qui m’ont envoyé des messages de soutien et d’affection depuis la France et le monde entier. Ces messages m’aident énormément à traverser ces moments difficiles", conclut-il.

Meisam Amini, coach sportif
Meisam Amini, coach sportif Photo : Meisam amini

Pour cet athlète dont l’existence s’est forgée sur le tapis, l’exil forcé en Iran ressemble à un combat sans fin, où les règles de l'arbitrage ont été remplacées par l'arbitraire politique et la guerre. Sa situation actuelle fait tragiquement écho aux vertus de sa discipline.

D’abord, sa résilience est mise à l’épreuve : habitué à se relever après chaque chute, il encaisse aujourd'hui le poids d'un horizon fermé sans laisser son esprit s'immobiliser. Sa grandeur apparaît aussi dans son refus de céder à l’amertume. Là où d’autres auraient pu laisser parler la colère ou le ressentiment, lui choisit la dignité. Ce n’est pas la force qu’il met en avant, mais une forme rare d’humanité.

Et même si son corps est aujourd’hui "cloué au sol", sa parole continue de porter bien au-delà du sport. À travers elle, il laisse un message universel : "J'invite tous les êtres humains, dans ces temps difficiles, à faire preuve de bienveillance et à prendre soin les uns des autres."

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