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Le Kazakhstan face à l'héritage nucléaire soviétique

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Le Kazakhstan face à l'héritage nucléaire soviétique

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Notre équipe s’est rendue dans une résidence pour personnes âgées à Semipalatinsk. Cette ville du Kazakhstan se trouve à 150 kilomètres du site principal où l’Union soviétique a expérimenté des armes nucléaires jusqu’en 1991.

Dans les années 50 et 60, la population locale a assisté aux tests réalisés à l’air libre en ignorant de quoi il s’agissait. Il y a cinquante ans, Praskovya travaillait dans une petite ville qui se trouvait à la limite de la zone interdite au public. “On était curieux, raconte-t-elle, on est sortis pour voir ce qui se passait. Quand l’explosion s’est produite, il y a eu dans le ciel, comme un grand disque de fumée très sombre, de fumée noire et des flammes sortaient du disque. Il s’est transformé en une boule et une colonne de fumée en est sortie. Et au sommet, un champignon est apparu.” Et elle poursuit : “Puis les soldats sont arrivés et nous ont dit de rentrer chez nous : ils disaient : “c’est interdit, c’est interdit de rester dans la rue”. Mais on a pu voir tout ce qui était intéressant.
Par la suite, témoigne-t-elle, chacun de nous a eu des problèmes de santé. Moi, j’ai eu des maux de tête toute ma vie.”

Après 456 tests nucléaires menés en secret, le site du Polygone de Semipalatinsk a été fermé en 1991 sur fond de protestations au sein de la population.

D’après le président kazakh Nursultan Nazarbayev, “même les dirigeants les plus haut placés du Kazakhstan n‘étaient pas autorisés à savoir quels étaient ces tests, jusqu’en 1990, jusqu‘à la Glasnost de Gorbatchev et que se présente l’opportunité de se parler. Pour répondre aux demandes exprimées par la population qui mesurait déjà la complexité et la gravité de la situation, j’ai décidé de faire fermer le site, dit-il. C‘était la seule décision qui s’imposait, affirme-t-il, même si elle était difficile à prendre parce que le secteur militaro-industriel de l’Union soviétique et les dirigeants soviétiques eux-même s’y opposaient.”

Mais la fermeture du site n’a pas fait disparaître les dégâts causés par ces tests sur l’environnement. Les retombées radioactives des explosions nucléaires n’ont pas épargné cette région rurale de plus d’un million d’habitants. Au sein de la population, ont été constatés des taux de cancer et de malformations à la naissance anormalement élevés.

Les hôpitaux de la région reçoivent des dizaines de milliers de patients pour tenter de détecter et de traiter les tumeurs à un stade précoce. D’après les scientifiques, les études manquent pour pouvoir établir un lien certain entre les irradiations et chaque cas individuel. Mais la population présente bien des prédispositions au cancer du sein et du poumon.

Tleugaysha Makenova, une patiente atteinte de cancer, raconte : “Je vis dans un secteur qui est proche de la zone de test. L’an dernier, on m’a diagnostiqué un cancer du sein, j’ai du être opérée et subir une radio-thérapie. Pour ma part, je n’ai jamais vu d’explosions, mais mes parents m’ont parlé des effets causés par le Polygone sur les habitants. Mon mari a eu un cancer lui aussi, il est décédé.”

Le passé nucléaire du site pèse aussi sur les jeunes générations. Ici, la mortalité infantile est très élevée : elle est cinq fois supérieure à la moyenne des pays développés. Les malformations foetales sont très fréquentes et le cancer frappe les adolescents comme les adultes.

Natalya Karnakova qui dirige le département d’oncologie à l’hôpital N2 de Semipalatinsk raconte qu’elle “a des patients qui ont 15 ou 16 ans ou qui sont même plus jeunes, et malheureusement, beaucoup meurent très rapidement. Leurs parents ont vécu dans les régions proches du Polygone et évidemment, poursuit-elle, ils sont très en colère parce qu’ils ne sont pas tombés malades, mais leurs enfants, si.”

Des dizaines d’enfants abandonnés par leurs parents se retrouvent à l’orphelinat. Ils sont un sur cinq à souffrir de malformations physiques ou mentales. Un chiffre en augmentation constante depuis plusieurs années. Pour le personnel soignant, c’est une conséquence probable des irradiations.

La neurologue Ymbat Abdikarimova dit “accueillir de plus en plus d’enfants handicapés.”
Et elle ajoute : “Les facteurs environnementaux agissent sur une période longue : on peut voir leurs effets sur 10 ou 20 ans, sur la première, la deuxième, la troisième ou la quatrième génération.”

Vingt ans après la dernière explosion, il semble que le passé nucléaire soviétique continue d’empoisonner la vie de toute une région.