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Hélène Grimaud: une pianiste unique

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Hélène Grimaud: une pianiste unique

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“Je ne veux pas que tu sois la meilleure, je veux que tu sois unique.” Cette phrase, Hélène Grimaud l’a entendue de la bouche de celui qu’elle considère comme son maître Pierre Barbizet. Unique, acclamée, Hélène Grimaud l’est toujours sur la scène musicale internationale. Récemment, elle interprétait à Berlin le Concerto numéro 5 pour piano et orchestre de Beethoven.

“Je pense que les moyens dont Beethoven disposait pour écrire sa musique ne lui suffisaient pas. C’est-à-dire c’est quelqu’un qui compose très souvent au-delà, au-delà de l’instrument qu’il avait à l‘époque, et même au-delà de cette enveloppe de la matière. Et quand on se retrouve confronté avec cet élan, il y a quelque chose d’irrépressible; mais on est quand même obligé de faire avec quelque chose de tactile, quelque chose qui a aussi ses limites; trouver ce juste milieu entre l’expression de ce jusqu’au-boutisme fou, en même temps en gardant les rênes – là c’est ce que je trouve toujours le plus ardu dans le concert.”

Hélène Grimaud travaille le Concerto depuis 5 ans maintenant.
“Pendant longtemps je n’arrivais pas à me détacher de cette couleur un peu martiale, et par contre, en m’approchant de l‘œuvre, j’ai réalisé aussi que c’est autre chose, en fait; c’est plutôt une joie, quelque chose qui déborde, il y a une énergie vitale, une force tellurique qui déborde de cette œuvre, qui en fait n’a rien a voir avec cette couleur un peu militaire que moi je ressentais quand j‘étais plus jeune.”

Au fil du temps, la magie du Concerto a agi sur Hélène Grimaud elle-même.
“Même sur un laps de temps assez court, de cinq ans, ça change sans arrêt, c’est ça aussi le mystère, le miracle, de cette musique c’est que ça change à l’intérieur de vous, malgré vous, en dépit de vous. Et une fois que vous avez absorbé l‘œuvre, la matière, la fibre de l‘œuvre, même quand on la joue pas, d’ailleurs, même quand on la travaille pas, quand on y revient, on se rend compte que ça a fait son chemin, finalement.”

Perfectionniste, Hélène Grimaud l’est incontestablement, mais sans faire de la perfection une fin en soi.
“Les plus beaux moments ne sont pas les moments qui sont parfaits plastiquement. Ce sont des moments où au contraire, on sent la fragilité, l’abîme, où on sent que tout est en jeu, tout est risqué. Et ce sont ces moments là qui, enfin, en tout cas moi, qui me touchent le plus, qui m’enthousiasment le plus, qui me prennent. Je trouve que l’art s’exprime dans le risque, pas dans le confort.”

Hélène Grimaud interprète le Concerto pour piano et orchestre n°5 en mi bémol majeur op.73 de Ludwig van Beethoven, L’Empereur, premier et deuxième mouvement.