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Espagne : gauche et droite n'ont pas la vision de l'austérité

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Espagne : gauche et droite n'ont pas la vision de l'austérité

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Dans les rues, de la colère et de la frustration.

Les huit années de gouvernement socialiste, une crise financière et un véritable krach dans l’immobilier, valent à l’Espagne un taux de chômage de 21%. Il est de 45% chez les jeunes.

Bon nombre d’entre eux, les “Indignés”, ont marché jusqu‘à Bruxelles pour dénoncer leur sort.

Les quelques 35 millions d‘électeurs espagnols vont faire face à une période d’austérité avec la droite ou la gauche. Le Parti Populaire de Mariano Rajoy a donné peu de précisions sur son programme de coupes budgétaires. Mariano Rajoy et le leader socialiste Alfredo Pérez Rubalcaba promettent de ramener le déficit public de 6 à 3% du PIB d’ici 2013. Le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero a déjà augmenté les taxes sur les ventes, gelé les pensions, repoussé l‘âge de départ à la retraite et réduit les salaires des fonctionnaires, déclenchant des manifestations d’ampleur.

Autre dossier épineux pour le prochain gouvernement : comment traiter avec les militants basques qui ont annoncé la fin de leur combat sanglant pour l’indépendance ?

Dans cette édition, Chris Burns reçoit José Manuel García Margallo, député européen du Parti populaire et vice-président de la Commission des affaires économiques et monétaires ; Diego López Garrido, secrétaire d’Etat espagnol en charge de l’Union européenne et Xavier Sala i Martín, professeur d‘économie à l’Université de Columbia depuis 1996.

Chris Burns :

“Gauche et droite promettent plus d’austérité. Ne courons-nous pas le risque d’entrer en récession ? Mais nous y sommes peut être déjà ?”

José Manuel García Margallo :

“Ce que Alfredo Pérez Rubalcaba promet, c’est exactement le contraire. Il a surpris tout le monde quand il est arrivé en disant qu’il avait besoin de deux années de plus pour remplir les objectifs budgétaires fixés par le gouvernement dont il était le vice premier ministre.

Si Alfredo Pérez Rubalcaba devenait premier ministre, cela entraînerait une panique générale et la prime de risque espagnole atteindrait un montant astronomique.”

Diego López Garrido :

“Dans ces moments-là, l’Espagne doit faire face à la situation pas seulement avec des mesures d’austérité. Elle doit respecter le plan d’ajustement qu’elle a établi avec l’Union européenne. Il doit être pris en main et approuvé.

Mais le pays doit aussi mettre en oeuvre des mesures de relance. Certaines doivent être lancées au niveau de l’Union européenne, comme par exemple, réduire les taux d’intérêt de la BCE.

D’autres mesures doivent être prises en Espagne, comme augmenter les impôts des plus riches pour qu’ils contribuent davantage à l’effort collectif.”

Chris Burns :

“Xavier, cette austérité est-elle réaliste ?”

Xavier Sala i Martín :

“On n’a pas d’autre choix que l’austérité : elle doit être mise en place parce que si personne ne vous prête de l’argent, alors vous devez continuer à vivre sans argent.

Le problème, c’est qu’en face de la demande, en économie, il y a l’offre. Par conséquent, si la demande a tendance à diminuer du fait de l’austérité, elle doit en même temps être soutenue et rehaussée pour compenser cette baisse.”

Chris Burns :

“Comment maintenir les allocations chômage et le système des retraites si les candidats réduisent le déficit ?”

José Manuel García Margallo :

“Je reconnais que la seule façon de préserver les aides sociales consiste aujourd’hui à renouer avec la croissance et à créer des emplois. Exactement le contraire de ce qui s’est passé ces huit dernières années.

Pour atteindre ce but, nous devons débloquer le crédit. A l’heure actuelle, tout l’argent va aux administrations publiques et il n’y en a plus pour les entreprises, pour qu’elles puissent créer des emplois.”

Diego López Garrido :

“Il est impossible que le PP, s’il est au pouvoir, puisse préserver le système des retraites et les allocations chômage. S’ils ont l’intention de faire davantage de coupes, réduire les impôts des plus riches, réduire la fiscalité sur les revenus du capital et baisser l’impôt sur les sociétés, c’est absolument impossible.

C’est pourquoi ce qu’il faut faire, c’est exactement le contraire et ainsi, on pourra conserver les aides sociales et guérir l‘économie.”

Chris Burns :

“Est-il nécessaire d’augmenter la TVA ? A 18%, elle est en dessous de la moyenne européenne.”

Xavier Sala i Martín :

“Une chose est sûre : les services que nous avons eu jusqu‘à maintenant, ne peuvent pas être maintenus avec les taxes actuelles. Cela crée du déficit et ce déficit ne peut pas rester en l‘état parce que personne ne prête de l’argent dans cette situation. Je ne sais pas ce qui doit changer, mais je pense que tout doit changer, un peu.”

Chris Burns :

“Diego López Garrido, seriez-vous d’accord pour engager des discussions avec l’ETA ?”

Diego López Garrido :

“L’ETA a annoncé l’arrêt de ses activités terroristes. Ce processus doit s’achever par la disparition de l’ETA et la remise de ses armes. Ce sera fait dans le cadre de la loi et seulement dans le cadre de la loi. Il est certain que ça ne se fera pas par la négociation. Ce n’est jamais, jamais une façon d’agir avec un groupe terroriste.”

José Manuel García Margallo :

“Face à l’ETA, je réponds “loi” et “Etat de droit”.

L’ETA a été battue par les instruments de la loi et seulement par la loi, sans adopter de méthodes plus directes lorsque ses membres étaient recherchés par le passé et sans céder à la tentation de négocier pour que cela fasse les gros titres dans les journaux. La loi et l’Etat de droit.”