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Leoluca Orlando : "Palerme nous appartient à nous, pas à la mafia"

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Leoluca Orlando : "Palerme nous appartient à nous, pas à la mafia"

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Leoluca Orlando est de retour à Palerme. En tant que maire de cette ville sicilienne. Candidat de ‘l’Italie des valeurs’, parti de gauche, il a remporté les élections municipales du 21 mai avec 72% des voix. Déjà maire de Palerme à trois reprises dans les années 80 et 90, il retrouve une ville profondément enfoncée dans la crise. Leoluca Orlando compte sur les citoyens pour relancer la machine.

Leoluca Orlando, maire de Palerme :
“J’ai une énergie débordante. Je voudrais écrire une page d’histoire pour ma ville. C’est pour cela que je quitte Rome.”

Cecilia Cacciotto, euronews :
“Comment expliquez-vous votre succès ?”

Leoluca Orlando :
“Je pense que ma candidature est considérée comme une candidature anti-castes. Je pense que les gens apprécient que je me rende disponible pour revenir à Palerme. J’ai la conviction profonde qu’en cette période il est plus important d‘être ici que de rester à l’abri avec des privilèges.”

euronews :
“Aux dernières élections locales les grands partis se sont effondrés : quelles sont les conséquences pour l’Italie ?”

Leoluca Orlando :
“Ca a été l’effondrement de tous les partis, pas uniquement des grands partis. L’Italie des valeurs, ma formation, n’a obtenu que 11% des voix, le PD et le PDL ont fait 8 à 9%. Les partis politiques traversent une crise profonde, ils n’arrivent pas à comprendre les besoins de la population.”

euronews :
“Palerme est une ville d’espoir et une ville de mafia. Il y a vingt ans, après l’attaque de Capaci dans lequel le juge Falcone est mort, l’Etat et la mafia ont commencé à négocier. C’est toujours le cas ?”

Leoluca Orlando :
“Heureusement qu’il y a des négociations. Parce qu’avant le printemps de Palerme, juste après la mort de Falcone, il n’y avait pas de négociation. C’est un maire comme Vito Ciancimino qui avait l’habitude de s’asseoir sur cette chaise derrière moi. Il ne négociait pas avec la mafia, parce que la mafia c‘était lui. Il incarnait l’Etat et la mafia. Quand la société, ce bâtiment, le palais de justice, l‘église, Palerme ont commencé à résister et à réagir, Cosa Nostra a été contrainte d’ouvrir un dialogue. C’est pour cela que je dis que l’existence de négociations ou de tentatives de négociation entre l’Etat et la mafia prouvent que l’Etat combat la mafia.”

euronews :
“Par le passé le mafieux avait un rôle légitime aux yeux de la société. Ce n’est plus le cas, mais la mafia existe toujours, il y a toujours une culture mafieuse, et pas seulement en Sicile. Que faut-il faire aujourd’hui pour vaincre la mafia ?”

Leoluca Orlando :
“Aujourd’hui combattre la mafia est moins dangereux, physiquement, mais c’est plus difficile, c’est plus difficile. Parce qu’aujourd’hui la mafia ne cherche plus le contrôle physique du territoire, mais elle veut le contrôle immatériel, c’est à dire financier et médiatique. Si les banques, les hommes d’affaires dans la finance, les Etats, ne comprennent pas que l’argent a une odeur, alors une idée, une certitude va se répandre dans toutes les branches de la société au niveau d’un pays et d’un continent comme l’Europe : l’idée que si même les grandes banques, qui me prêtent de l’argent pour créer mon entreprise, pour acheter ma maison, ne sont pas regardantes, ne font pas attention à la provenance de l’argent. Alors pourquoi moi le devrais-je ?”

euronews :
“En Italie, un homme politique mis en examen pour des infractions par exemple d‘échange de votes politico-mafieux ne démissione pas alors qu’ailleurs en Europe de simples soupçons de plagiat entraînent sa démission. Pourquoi ?”

Leoluca Orlando :
“C’est pour cela que l’Italie n’est pas en harmonie avec le reste de l’Europe. Je pense que l’Italie n’est pas totalement civilisée, parce que si un homme politique fait l’objet d’une enquête de la justice sur un éventuel délit dans le cadre de ses fréquentations mafieuses, quelle est sa première réaction ? Il va devant les caméras et déclare “C’est vrai, j’ai fréquenté un membre de la mafia, mais je n’ai pas commis de délit. Je fais confiance à la justice.” Mais qu’est-ce que ça veut dire ! Il doit s’en aller ! Parce que la Constitution impose de respecter la loi, c’est-à-dire de ne pas commettre de délit, elle impose discipline et honneur. Ce qui manque en Italie c’est un code éthique pour les partis politiques. J’ai honte. J’ai honte. Député, j’avais proposé une loi pour exclure du Parlement quelqu’un qui a été condamné pour un délit grave. Mais faut-il vraiment qu’il y ait une loi pour que ça se passe ?”

euronews :
“En 1996, vous avez fait l’objet d’une enquête pour corruption après qu’un repenti, Tullion Cannella, vous a accusé d’avoir reçu de l’argent de la mafia.”

Leoluca Orlando :
“Pas du tout.”

euronews :
“Au final il n’y a pas eu de suites judiciaires. Avez-vous déjà eu des contacts personnels avec la mafia ?”

Leoluca Orlando :
“Premièrement je n’ai jamais eu de contact avec la mafia. Deuxièmement, depuis le début de ma carrière politique, je dis que je n’ai rien à partager avec la mafia, et c’est pour cela que la mafia n’essaie même pas de s’approcher de moi. En 1985, quand j’ai été élu maire de Palerme pour la première fois, j’ai fais construire le tribunal-bunker pour le gigantesque procès contre la mafia et je me suis porté partie civile pour que les condamnations soient confirmées par la justice. Toute mon histoire fait que la mafia ne cherche pas à m’approcher, je ne dis pas qu’elle n’essaie pas de se placer près de là où je suis. Il est évident que les mafieux n’essaient pas de m’approcher mais je ne peux pas exclure qu’ils essaient d’entrer dans ce bâtiment.”

euronews :
“Y sont-ils déjà parvenus ?”

Leoluca Orlando :
“Oui, plusieurs fois, mais ma réaction a été très simple, j’ai coupé les liens, j’ai annulé tous les contrats avec les entreprises qui sentaient la mafia.”

euronews :
“Palerme, ville d’espoir et ville de mafia. Quel avenir souhaitez-vous à Palerme ?”

Leoluca Orlando :
“Je veux dire que Palerme nous appartient à nous, pas à la mafia. Pour ma part, j’ai décidé de me mettre au service de ma ville, et seulement de ma ville, et aider à lui donner plus de visibilité avec mes contacts nationaux et internationaux, dans le monde de la culture, dans le monde politico-économique et financier. Parce que ces dernières années Palerme était invisible, même pour ce qui est de sa mafia. Les activités criminelles se sont poursuivies, mais aucune décision importante n’a été prise pour donner à Palerme une visibilité. Je veux que Palerme redevienne visible pour de grandes choses et pas pour sa mafia.”