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A quoi sert encore l'ONU ?

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A quoi sert encore l'ONU ?

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67 ans après la création des Nations Unies, la même question lancinante ressurgit à chaque nouvelle assemblée générale, avec de plus en plus d’insistance ces dernières années : à quoi sert encore l’ONU ?

Ce que le général de Gaulle appellait “le machin”, a t-il une utilité ? Cette expression prendrait-elle tout son sens aujourd’hui ? Beaucoup de bruit, beaucoup d’agitation… mais pour quels résultats ?

Créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans le but de maintenir la paix entre les nations, l’ONU a souvent failli à sa mission.

Et le Conseil de Sécurité, son organe exécutif, est souvent resté muet face aux conflits qu’il était censé éviter ou résoudre.

Le Conseil de sécurité est composé de cinq membres permanents, les anciens vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, qui disposent d’un droit de véto.

Et dix membres non permanents qui tournent.

Il arrive que ce conclave à géométrie variable prenne des décisions.

La Libye en est l’exemple le plus récent. Le 18 mars 2011, par la résolution 1973, le Conseil de sécurité a autorisé “toutes les mesures nécessaires” pour la protection des civils libyens.

Pour la France et la Grande-Bretagne, l’expression “mesures nécessaires” s’est traduite par des frappes aériennes, qui ont précipité la chute du régime Kadhafi.

La Chine et la Russie ne l’ont pas entendu de cette oreille. D’où le veto que Pékin et Moscou opposent aujourd’hui à toute intervention militaire multilatérale en Syrie.

Multilatéralisme. Voilà le maître-mot auquel s’accrochent les pays qui demandent la réforme d’un Conseil de Sécurité devenu un colosse aux pieds d’argile. Ils sont quatre : l’Allemagne, le Japon, le Brésil et l’Inde. Ils forment ce qu’on appelle le G4.

A la tête d’un groupe plus large, ce quartet propose l‘élargissement du Conseil de Sécurité à dix nouveaux membres: six pays permanents, dont ils feraient bien sûr partie avec deux nations africaines, et quatre pays non permanents.

Ils proposent aussi d’abandonner le droit de véto
qui bloque la prise de décision, et de le remplacer par une majorité des deux tiers, plus souple.

Le veto, talon d’Achille de l’ONU. Frein pour les uns, instrument arbitraire pour les autres. Un veto que le président iranien ne se prive pas d‘éreinter lorsqu’il déclare : “ Ce privilège discriminatoire dont jouissent certains membres du Conseil de sécurité n’est pas très légitime. C’est pour cela, ajoute-t-il, que le Conseil de sécurité n’est pas parvenu à établir la justice et à s’assurer de la paix et de la sécurité à travers le monde.”

Charles Kupchan :

Adrian Lancashire, Euronews:
Charles Kupchan, vous êtes spécialiste en affaires internationales, merci d‘être avec nous. La charte des Nations-Unies parle de promouvoir la justice et de défendre la paix dans le monde. Est-ce toujours le cas ?

Charles Kupchan:
Je pense qu’il est important de garder à l’esprit que l’ONU mène beaucoup d’actions au quotidien qui restent dans l’ombre et sont extrêmement importantes : les missions de maintien de la paix dans le monde, l’aide aux réfugiés, les soins qui leur sont apportés, les questions de santé, les questions alimentaires, l’eau. Au delà ce qui se passe à New York cette semaine, l’ONU fait beaucoup. Quand il s’agit de gros enjeux tels que la guerre en Syrie, les relations israélo-palestiniennes, l’Iran, l’ONU est l’endroit ou tout le monde se rend, il s’agit d’un forum mondial. Mais sa taille, son ampleur, c’est aussi un frein.

Euronews:
Les pays qui souhaitent l‘élargissement du
Conseil de sécurité sont des acteurs mondiaux majeurs, le temps ou l’Allemagne et le Japon étaient exclus de l’ONU est bien loin : comment mesurez-vous leur capacité, et celle de l’Inde et du Brésil – à devenir membre permanent du Conseil de sécurité?

Charles Kupchan:
Je pense que le problème n’est pas le manque de consensus sur la nécessité de l‘élargissement, le problème est d’avoir un accord politique sur qui y rentre. Il y a beaucoup de jalousie, beaucoup de luttes intestines. Je suppose que nous aurons un élargissement au cours des cinq, six, sept, huit prochaines années. Mais ce sera une vraie bataille à cause des rivalités que suscitent à l’ONU ces sièges permanents très convoités.

Euronews:
L’Assemblée générale est considérée comme ayant une base démocratique, pas le Conseil de sécurité – l’exclusivité de ce club des cinq peut elle durer?

Charles Kupchan:
Eh bien, il y a opposition entre légitimité et efficacité. Dans une certaine mesure, le Conseil de sécurité de l’ONU n’est pas légitime parce qu’il donne plus de pouvoir aux pays qui y ont des sièges, et qu’il donne encore plus de pouvoir à ceux d’entre eux qui ont le droit de véto. Le problème, c’est que vous n’allez pas voir des grandes puissances cèder leur pouvoir à des puissances plus petites, c’est pourquoi ils sont là, et qu’ils ont le droit de véto. Je crois que ce problème va rester au cœur de l’ONU, et la façon dont on essaie de le résoudre – augmenter la légitimité sans
toucher à l’efficacité… – vise à limiter l‘élargissement : ne pas avoir tant de sièges à la table que tout consensus devienne impossible.

Euronews:
Des résolutions importantes concernant Israël n’ont jamais été appliquées, comme d’autres… Que dire d’un consensus international pour bloquer un bombardement de l’Iran dès lors que les craintes sur son programme d’armement nucléaire sont fondées? Les Nations Unies sont-elles impuissantes aujourd’hui?

Charles Kupchan:
Il est très peu probable que l’ONU parvienne à un consensus pour autoriser des opérations militaires contre l’Iran. Il y a une profonde division au sein du Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale sur le bon sens et la nécessité de recourir à la force militaire pour stopper l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran. Est-ce à dire que l’ONU est en panne? Non, cela a toujours été un problème. Nous avons eu le même problème pour le Kosovo, nous avons eu le même problème lors de l’intervention en Irak… A certains égards, ce sont des défauts inhérents aux Nations-Unies.